LA LITTÉRATURE VÉDIQUE CA
Quand un homme lettré, aux Indes, parle des Védas (1), il entend par là :
a) Les livres que nous connaissons communément comme étant les quatre Védas.
b) Les Brahmanas, écrits postérieurs qu’expliquent, développent et règlent l’emploi dans le rituel des vieux textes ou hymnes des Védas.
c) Les Upanishads, qui servent d’appendice aux Brahmanas, et qui mettent plus en évidence et dans un ordre plus systématique les références dans les écrits plus anciens aux grands problèmes de l’univers.
En termes généraux, ces trois divisions des Védas sont écrits respectivement par des poètes, des prêtres et des philosophes, à des dates très
(*) Sanserit — Véda, de Vid-= savoir. Les quatre Védas sont : le Rig, prières et hymnes en vers; le Sama, prières chantées (Manlas) ; le Yajur, prières en prose et l’Aftharva, formules de consécration, d'expiation et d'imprécation, Ge sontles Brahmanes (sanscrit brahman), qui sont à la tête des quatre grandes classes aux Indes. Les seuls qui connaissent le sanserit, ils interprètent les Védas en cette vieille langue. Plusieurs de ces ordres
brahmaniques sont corrompus, d’autres sont séquestrés du monde. (Trad.)
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espacées. Elles portent toutes le nom de Wédas, c'est-à-dire de science divine, ou de S’ruti, c’est-à-dire ce qui a été directement entendu ou révélé.
La plus ancienne littérature védique comprend 1028 hymnes du Rig Véda, composés probablement entre le quinzième et le dixième siècle avant Christ (1). Ce sont les premières compositions des tribus qu'on suppose descendues comme des vagues des hauts plateaux de l’Asie centrale dans le Punjab. Quelques-uns des chefs de ces émigrants étaient des hommes doués d’une verve poétique et spirituelle. Au contact des nouvelles et belles formes de la nature aux Indes, ils éclatèrent en chants fragmentaires (comme ceux renfermés dans le Pentateuque, entre autres Nomb. XXI, 14-30) ou hymnes d’adoration et de louanges, à des forces élémeniaires ou à des puissances suprêmes qu’ils sentaient au-dessus de toutes les choses visibles. Ces chants descendirent de génération en généralion; finalement on crut qu’ils avaient été révélés d’une manière surnaturelle et, jusqu’à ce jour, les anciens sages ou rishis qui les écrivaient, sont révérés par tous les Hindous. Ces chants ne renferment aucun système arrêlé de foi. Les dieux ne sont pas distincts les uns des autres d’une manière tranchée. Dans un hymne, Agni qui représente le
(1) Quant aux dates, rappelons-nous que les savants ne peuvent fournir que des conjectures d'après l'évidence interne et qu'elles
n'ont ni l'appui ni le contrôle définitif de faits historiques, toujours nécessaires pour rendre cette évidence digne de foi.
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feu, passe pour le dieu suprême, un autre, Indra, représente la pluie, un autre, Surya, représente le soleil. Max Müller appelle cette physiolatrie ou culte de la nature, hénothéisme ou culte d’un seul dieu à la fois, mais c’est une phase de la religion tellement fluide que le monothéisme, le trithéisme, le polythéisme et le panthéisme sont tous sortis des Védas. Point d’allusion au culte des idoles, à la caste, au suiti, au veuvage forcé, aux mutilations de soi-même, à la transmigration des âmes ou à aucun des abu qui s’attachèrent plus tard à l’Hindouisme. 1: peuple mangeait du bœuf, bien que maintenant tuer une vache ou être infidèle soit la même chose pour la masse des Hindous. Le sacrifice indiquait simplement l’offrande à un dieu (ou à des dieux) d’un don ou de nourriture, comme expression de gratitude pour des bénédictions reçues; il impliquait que les adorateurs jouissaient d’une vie commune avec la divinité. Le chef de la famille en était le prêtre. Les dieux étaient les éléments, les procédés de la nature, graduellement convertis en symboles religieux ou en objets de culte. Les phénomènes de la nature frappèrent les Hindous d’une manière très puissante, de là vient qu’ils donnèrent le nom générique de Déva ou Dyaus « l'être éclatant », à chaque force ou forme naturelle d’un caractère frappant. Tous furent appelés des Dévas. et nous rencontrons les noms de Dyaus-Pitar, Bright, Dieu du Ciel; c’est le Diespiter, Jupiter
ndra, des Romains, le Zeus pater des Grecs et, nous \L
nte le pouvons ajouter, le germe du Pater noster qui A |
ie ou nous a élé révélé en Jésus-Christ. \
1 seul Avec un tel commencement et chez un tel peu-
ligion ple, on aurait pu espérer qu’un pur monothéisme \
isme, et une religion spirituelle en seraient sortis bien \: sortis plutôt que d’Israël, cette tribu dont la disposi- je les, à tion naturelle inclinait vers le culte grossier, san- \\
\utila- glant et licentieux des tribus voisines auxquelles ;
âmes il était apparenté. Au lieu de cela, qu'avons-nous? (4
s tard Après des oscillations sans nombre et de sérieux ‘
bœuf, et douloureux soupirs après Dieu, nous n’avons \:
| être que les sectes de l’Hindouisme moderne avec des |
se des Puranas et des Tantras pour Bibles et une idolâtrie À
it l’of- tellement universelle qu’il est plus aisé de trouver À
ou de un dieu aux Indes qu’un homme! \
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prêtre. nant les dieux éclatants de leurs pères, puis l’in- (
s de la crédulité, prirent la place de la simple foi. Mais le À boles scepticisme et l’incrédulité ne sont que des étapes | ènes de l’esprit humain à la recherche de Dieu, tandis V
ma- que se préparent des formes nouvelles plus larges \ èrent en fait de religion. | l’être ; Quelle nouvelle forme revêtit la religion de À
8 d’un l’Inde ? Comme on pouvait s’y attendre, celle qui \
Dévas. plonge ses germes dans l’ancienne religion et qui | Pitar, la complétait. Dans les anciens hymnes nous ie piter remarquons une aspiration perpétuelle après un \ à
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être, ou esprit suprême que l’on sentait pénétrant tout. En adorant la lumière, le feu, la pluie, les nuages et le soleil, les rishis soupiraient après Dieu. C’est Lui qu'ils adoraient, sans le savoir, comme le faisaient les Athéniens à leur manière avant que Paul leur prêchàt «Jésus et la résurrection ». L'ordre et l’unité de la nature les saisissaient de plus en plus et, à la fin, éclata la note à la base de toute pensée subséquente de l’Hindouisme : « Il n’y a qu’un seul Etre. Il n’y en a pas un second ! » Les sages donnèrent aussi un nom à cet esprit mystérieux, qui règne en souve-: rain sur tout. Ils l’appelèrent Brahma (Bruhm), ou ce qui se répand à travers tous les espaces, croit en tout, et est avant tout. Toutes choses sont par lui et toutes choses sont consubstantiellement avec lui. « C’est l’Etre suprème existant par luimême, seule essence réelle, germe unique, éternel de toutes choses, se délectant dans une expansion sans bornes, dans une manifestation infinie de luimême, dans une création, une dissolution et une recréation illimitée, à travers des variélés et des diversités infinies d'opérations » (1).
Comment l’univers est-il sorti de cet esprit éternel et impersonnel ? Par émanalion, non par création. Brahma était expressément une intelligence sereine, une pensée plutôt qu’une volonté, un repos plutôt qu’un gouvernement, un être de la mé-
4) Sir M. Williams, Hinduism, pp. 86 et 26.
étrant ie, les après sa voir, anière surrecsaisisla note l’'Hinn’y en 1ssi un souve* im), ou s, croit ont par lement par luiéternel bansiorni de luiet une
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ditation duquel sortirent tous les mondes, non un être dont la volonté les créa. En méditant Brahma donna l’existence aux eaux et à une semence fertile qui se développa en un œuf d’or; de cet œuf il naquit, comme Brahma, le Créateur de toutes choses. Cette théorie de l’œuf-monde devint le point de départ d’une cosmogonie élaborée qui se trouve dans le premier chapitre des lois de Manou et dans les Puranas,
Une divinité incolore comme Brahma, qui avait jadis joué ie rôle de créateur, était trop éloignée pour sat:sfa re le peuple, aussi deux autres divinités, également nommées dans les Védas, lui furent graduellewent adjointes : Vishnu, le conservateur, et Siva (ou Maha-deva, le grand dieu), le destructeur de l’univers.
Telle est l’origine de la célèbre triade hindoue ou Trimurti. Chacune de ses trois personnes était unie à une compagne, pour montrer que les éléments mâle et femelle sont indissolublement unis. La conception de ces trois dieux, comme créateur, conservateur et destructeur, donne une idée bien incomplète de leur caractère complexe, ainsi que de leurs relations. Leur unité est symbolisée par les trois lettres qui composent la syllabe mystique Aum ou Om.
Les personnes sont coégales el leurs fonctions s’échangent constamment. Leurs symboles sont le triangle ou trois .êtes majestueuses, sortant d’un seul corps. Kalidasà, le Shakespeare indien,
DS RE RAS LR TE RE ÉSRORTEERUTFE SRRPNINE TEEN TEINTE RON SION
comme on l’appelle, parce qu’il est le plus grand poète que l’Inde ail produit, a dit :
« Dans ces trois personnes on vit le Dieu un,
Chaque dieu fut le premier, chaque dieu le dernier, jamais un [seul :
Siva, Vishnu, Brahma, chacun peut être
Premier, second, troisième, parmi les bicnheureux Trois. »
En même temps que ce passage théologique du Védisme au Brahmanisme, surgit le grand développement social en castes qui depuis lors a toujours eu sa place dans la religion de l’Inde. Dans les hymnes védiques, deux classes : la classe royale ou militaire et la classe lettrée ou sacerdotale, planent au-dessus du Vis ou ensemble de la communauté. À la fin, et après de longues luttes entre les deux premières classes, on en vint à distinguer trois les unes des autres, les Brahmanes, les Kshatriyas et les Vaïsyas, et ces trois furent séparées encore plus rigoureusement d’une quatrième, les Sudras, qui se composait surtout de races conquises et différentes des autres par la couleur, les habitudes et ie langage. En dépit de lois sévères s’opposant aux mariages mixtes, ils eurent lieu, produisant certaines nuances de teint et différentes castes, au point que maintenant il existe des centaines de castes, mais quelles que soient les modifications qu’ait subies le système, la distinction fondamentale demeure entre les hommes « deux fois nés », et les autres hommes. Les jeunes hommes des trois classes supérieures, après
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l'investiture d’une corde sacrée, portée sur l’épaule gauche et sous le bras droit et l'initiation à l’étude des Védas avec un cérémonial sacré, sont appelés les « deux fois nés ». Le devoir des Sudras est de servir les classes «deux fois nées » et au-dessus de tout, les Brahmanes qui prirent le pas, après quelque temps, même sur la famille royale ou caste
militaire. C'était le clergé, dans le sens du moyen
âge, la seule classe instruile, par conséquent, la seule qui pût remplir les fonctions sacerdotales. Emanés de la bouche de Brahma, les Brahmanes étaient en rapports étroits avec lui et les mieux en état de diriger leurs semblables. Ils avaient le monopole de l’enseignement des Védas, embrassaient non seulement la théologie et la philosophie, mais tout sujet qui réclame un esprit investigateur. Avec leur saint respect du passé et l'instinct naturel du traditionalisme, ils firent remonter chaque branche de la connaissance aux Védas. A la fin, la position des Brahmanes défiait toute attaque. Depuis trente-trois siècles. ils ont été les conseillers des princes hindous et les docteurs du peuple. Nulle classe ailleurs n’a occupé si longtemps une position aussi élevée, bien qu’ils ne retrouvent leur ancienne position que dans des cités saintes, comme Bénarès ou dans des régions obscures, où n’ont pénétré encore ni chemins de fer, ni factorerles.
L’avance que faisait le Brahmanisme à la religion était double, l'affirmation d’une cause pre-
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mière de l’univers et la conscience profonde du péché. Les confessions de péché devenant plus nombreuses, les sacrifices se mulliplièrent et la nécessité d’en offrir d’expialoires se fit sentir. Le développement dans ce sens fut si grand que la littérature brahmanique possède plus de vocables se rapportant aux sacrifices que la littérature juive ou tout autre. Le rituel devint plus écrasant et les divisions des castes plus marquées. Il s’en suivit que, pour organiser la société et pour régler la vie, on dut créer des conseils de prêtres. Ce furent les Brahmanes. Mais quand le rite dépasse la mesure, la réaction suit bien vite et probablement dans plus d’une direction. Les Upanishads, qui contiennent des spéculations sur la doctrine de l’essence répandue universellement et sur le rapport de l’homme avec cette essence, en furent la première expression. Les hommes demandèrent à la philosophie de les soulager du rituel. Les Upanishads sont la source des Darsànas ou les six systèmes de la philosophie orthodoxe, qui donnent la réponse des philosophes hindous aux questions fondamentales de la pensée et de la vie (1). Dans tous ces systèmes, on voit tout d’abord une grande différence entre l'esprit oriental et l’esprit occidental. Celui-ci cherche la vérité, celui-là,
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() N. Colebrooke, The Philosophy of the Hindus, et pour un exposé plus populaire des six systèmes, voir Sir Monier Williams
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posant en fait que Dieu et l’homme sont un et que leur dualisme apparent actuel a pour cause l’ignorance et l'illusion de l’âme, cherche de son côté la meilleure méthode de délivrer l’âme de l’esclavage, de l'existence matérielle et même de la personnalité pour qu’elle reconnaisse son unilé avec Dieu et qu’elle soit absorbée de nouveau en Lui, comme un ruisseau qui se perd dans l'Océan.
Une autre différence, c’est que l’orthodoxie hindoue consiste non dans les doctrines qui peuvent être enseignées, mais dans la simple reconnaissance de la divine autorité des Védas. Ce tribut payé et la caste acceptée, libre au philosophe de baser son système sur la raison, qu’elle le fasse aboutir au panthéisme ou à l’athéisme, au désme ou au polythéisme, n’importe.
La croyance brahmanique commune affirme les points suivants : l’éternité de l’âme, l'éternité de la substance d’où l’univers est sorti, la nécessité de l’union de l’âme à un corps avant qu’il puisse y avoir conscience, volonté ou action; l’abjection du corps, un lieu de récompense ou de chàtiment, conséquence des acles, sans que cette rétribution soit pourtant finale, enfin la transmigration des âmes à travers une succession innombrable de corps. La spéculation sur ces points aboutit à une liberté de pensée sans limites, mais cette liberté illimitée a toujours été matière de tradition chez les Brahmanes. Ils sentent instinctivement qu’ils représentent l’intelligence.
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LEs DHARMA-S’ASTRAS OU LES LIVRES SACRÉS DE LA LOI
Il fallait retenir la philosophie dans les cadres de l'orthodoxie en vue de lu société. Les Brahmanes composèrent donc des ouvrages de loi ou des Dharma-S’astras renfermant des règles précises pour la constitution de la société, pour la juste coordination des différentes castes et pour la règle de la vie de chaque jour La plus célèbre est celle de Manou, qui fut déclaré fils de Brahma. Dans le premier chapitre de ces Instituts, les divins sages ou rishis sont représentés demandant à Manou, comme il s’asseyait pour méditer sur le Dieu suprème, de leur enseigner les lois sacrées.
« Lui, le second organisateur de tout ce monde visible, ayant raconté le mode de création, nomme Bhrigu pour leur promulguer le code des lois qu’il avait enseignées à Bhrigu et à neuf autres sages, après l’avoir reçu au commencement du « Dieu suprême ». Voici la base de la société d’après le chapitre de la Création (28). À quelque occupation que le Dieu suprême emploie d’abord une âme vivante av -onque, elle s’y attache spontanément
us, chaque fois qu’elle reçoit
3 (29). Quelque disposition nui-
ite, amère ou douce, juste ou in-
iste, que le Dieu suprême ait conférée à un être quelcorque en la créant, la même qualité rentre
ACRÉS
cadres Brahloi ou y préciour la pour la bre est rahma.
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naturellement en elle lors de ses naissances futures (31). Pour que la race humaine püût se propager, le Dieu suprême fit sortir les Brahmanes, les Kshatriyas, les Vaïsyas et les Sudras de sa bouche, de son bras, de sa cuisse et de son pied.
Le développement du Védisme en Brahmanisme pleinement organisé et ensuite en Brahmanisme réorganisé s’étend de l’an 800 av. J.-C. à l’an 1200 environ après l’ère chrétienne.
Le sacerdotalisme extrême, les interdictions sociales et autres abus ou excès du Brahmanisme, en même temps que des tendances opposées dans la société indienne, longtemps réprimées, produisirent le Bouddhisme au sixième siècle avant Jésus- Christ. Le professeur Beal « n’est pas loin de croire que les grandes lignes du Bouddhisme furent trecées peut-être par les tout premiers étrangers qui s’établirent dans la contrée, que ces origines furent réprimées et cachées sous l’autorité souveraine de la première invasion aryenne, qu'après un certain temps, il y eut un soulèvement des vieilles croyances, vu que la nouvelle doctrine étail corrompue et que, par l’influence du grand Maitre lui-même, le système qu’il enseigna remplaça l’ancien et règna puissamment «ux Indes durant mille ans ».
Il est difficile d'indiquer les rapports actuels qui existèrent entre les deux systèmes pendant bien des siècles, mais il ne peut y avoir de doute que le succès du Bouddhisme, pour un temps, fut si
241 grand qu’il menaça de balayer le système religieux et social du Brahmanisme. Au début il se présenta comme une simple reconstruction, un replacement du Brahmanisme, sur ce que Gautama croyait en être le vrai fondement. Sous quelques aspects son enseignement indiquait bien une descendance du Brahmanisme. Sous d’autres, c’était un progrès par voie de réaction, mais le fait, qu’après une longue lutte entre les deux, le Brahmanisme fut rétabli comme la religion de l’Inde, devrait nous apprendre qu’il représente une vérité que le Bouddhisme avait ignorée.
Dans cette lutte avec le Bouddhisme, le Brah- | d manisme devint l’Hindouisme moderne. Aucun des anciens dieux ne put être résuscité comme nil | un objet de la foi et de l’amour populaire. Le rituel | | | seul, quelle qu’en ait été la splendeur, la loi seule, nl quelle qu’en ait été l’antiquité. ne purent pas satis- RU faire le cœur; quant à la spéculation elle n’est jamais goûtée que de quelques-uns. Les Védas étaient complètement au-dessus de la portée du peuple, aussi les grands poèmes légendaires du { Râmäâyana et du Mahabharata devinrent-ils les | Bibles populaires. Ces épopées célébraient Îles hau.s faits de Rama et de Krishna, héros de l’histoire ancienne (*). L'instinct religieux, sous |« nres- () Le Ràämäyana est un recueil de poèmes sanscrits par Valmiky: traduit en français par Fauche. L'épisode du Bhagavad- Gita l’a été en allemand par Schlegel. (V. notre Appendice.) Le Mabhabharata, également en sanserit, fur composé par Vyasa, as-
cète, philosophe-poète, qui mit en ordre les Védas (XV° ou XIF siècle). /Trad.)
igieux ésenta ement ait en ts son ice du rogrès ès une me fut t nous Boud-
Brah- Aucun comme e rituel | seule, s salise n’est
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sion des négations du Bouddhisme, fit de ces héros des dieux, et les Brahmanes, s’empressèrent d’adapter leur flexible croyance panthéiste aux aspirations populaires en les déifiant comme des incarnations de Vishnu, Ici encore, nous voyons comment ia nouvelle foi trouva ses racines dans l’ancienne et dans l’histoire.
L'influence des vieux poèmes épiques sur les Hindous est jusqu’à ce jour extraordinaire. Des voyageurs ambulants et des joueurs aux fêtes villageoises, en récitent des passages, et de grandes autorités déclarent que ces épopées exercent une influence plus marquée sur la vie et les sentiments des Hindous que la Bible ne le fait sur les populations chrétiennes. Le Mahabharata se compose de dix-huit livres et de huit cent mille distiques en vers métriques. Les auteurs hindous les comparent à une forêt vaste et magnifique, abondante en fruits délicieux, en fleurs odorautes et arrosée des sources perpétuelles.
Le sujet principal est l’histoire de la race de Bharata et des combats sanglants de deux de ses branches collatérales pour la souveraineté du pays: ajoutons que des épisodes philosphiques, productions d’un âge plus rapproché, sont tissés dans la trame des vieilles légendes, expliquant les doctrines non seulement de l’ancien, mais du néo-Brahmanisme et surtout la nouvelle doctrine des avatars ou incarnations.
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Bouddhisme, sauf que la caste est sans cesse mise en avant comme fon-mentale. Krishna est le héros du poème. Dans les épisodes philosophiques il est identifié avec le Dieu suprême, comme une des incarnations de Vishnu. « Comme tel, dit-il, chaque fois qu’on se relâche du devoir ou que l’impiété augmente, je me produis moi-même pour la protection des bons et la destruction des méchants ».
Le Râmäyana traite simplement de Rama. Les miracles dont Krishna et Rama ont le crédit, sont d’un genre monstrueux, fantastique et impossible, montrant ce qu'est le goût populaire hindou et développant aussi ce même goût dans la même direction.
Quand le Brahmanisme chercha à se populariser ainsi, au moyen de la doctrine de l’incarnation, il entra dans une voie où le déclin était aisé et rapide. De la région de la pensée la religion passe à celle de la fable, en dépit de la protestation des réformateurs successifs et des efforts des philosophes.
Le néo-Brahmanisme fut, en partie, le produit de l’opportunisme religieux pour se mettre en têle de la réaction bouddhiste, qui formait la masse du peuple et qui ne pouvait s'élever au-dessus de l’idolâtrie grossière, mais c'était aussi une évolution naturelle de l’esprit aryen, qui est pénétré de la conviction que Dieu est partout, qu’il est « dans toutes choses pensantes et dans les objets de
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toute pensée », qu’il doit y avoir sympathie et relation entre Dieu et l’homme. Le grand conservateur ne peut-il pas descendre des régions sereines pour créer de nouveau ce qui a péri? Les restaurations qui avaient succédé aux destructions indiquaient cela assurément. Ces renaissances. disait-on, ont dû se produire au temps de la descente de Vishnu, et s’il est descendu antérieurement dans des formes plus humbles, pourquoi ne descendrait-il pas aussi comme un homme? Ainsi fut déifié Krishna, le centre de légendes sans nombre.
Dans ce processus il était aisé d’ajouter, à chaque pas, de nouveaux mythes et des légendes tirés de la nature et de l’histoire. De nouvelles spéculations furent intercalées dans la théologie dans le but d'unir ces excroissances populaires à la racine originale. L’idolätrie devint universelle, mais l’idée primordiale d’une Intelligence incompréhensible mais que la gloire par excellence de l’homme le plus saint est de contempler, survécut. Le succès et l’accueil immense de cette dernière forme du Brahmanisme sont une preuve de la vérité centrale du Christianisme. Cetie vérité, l’incarnation du Seigneur Jésus-Christ, bien qu’impliquée dans la révélation que l’homme était créé à « l’image de Dieu » et, bien que l’histoire antérieure d'Israël en eût êté une préparation, cette vérité était bien au-dessus du peuple juif.
Des siècles durant, ce peuple avait été élevé
dans un pur monothéisme. Cependant si la vérité ne lui avait pas été donnée comme une révélation réelle, si elle ne lui avait pas été également présentée, non en paroles, mais dans la vie d’une personne réelle, jamais il ne l’aurait dégagée de lui-même. Le fait tel quel était si loin des conceptions populaires que les apôtres ne purent pas le saisir d’une main ferme et l’église primitive juive tomba graduellement dans un unitarisme qui considérait Jésus comme un simple homme. Comme Sémite, Mahomet aussi recula toujours devant l’idée qu’un homme püt être Dieu incarné. A ses yeux c'était un horrible blasphème! A vrai dire, quand l’idée primordiale d’une religion surgit d’un sol où ne se trouvait rien qui pût la produire naturellement, nous avons le droit d'expliquer cette idée comme provenani d’une révélation spéciale (1). Il en fut autrement avec l’idée de l’incarnation dans l’Hindouisme. Le terrain y était préparé et nous pouvons en retracer l’origine dans l’histoire du peuple. Jamais l’esprit juif n’aurait déifié Samson, David ou Judas Macchabée, tandis que l'esprit indien n'eut aucune difficulté à croire que Vishnu s’incarna dans un poisson, une tortue ou un sanglier, ou dans Rama Chandra, type des vertus mâles, ou encore dans Krishna, type du soudard galant en même temps que brave.
() Mareus Dods, D. D. Mohammed, Buddah and Christ, pp. 209-202.
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III. Les BHakrTi-S’ASTRAS OU LIVRES SACRÉS TRAITANT DE LA Foi
Les quatre Védas représentent la première phase de la religion dans l’Inde et contiennent les germes de tous ses futurs développements. Les Brahmanas et les Upanishads, avec les systèmes philosophiques et les Livres des Lois, caractérisent la deuxième phase et s'étendent sur la période où le Brahmanisme était entièrement développé et existait côte à côte du Bouddhisme. Les grandes épopées, revues par les Brahmanes d’un point de vue théologique, ouvrent la phase suivante quand la doctrine de l’incarnation occupa le premier plan. Les dix-huit Puranas, écrits plus lard, et les l'antras — un développement postérieur des Puranas, dans l'intention de donner du relief au culte de l’énergie féminine de quelques divinités, surtout de la femme de Siva, dans une de ses formes multiples — aboutissent à la phase modern: et sectaire de cette religion étonnamment riche.
« La forme invariable du Purana est celle d’un dialogue dans lequel un personnage rapporte son contenu en réponse aux demandes d’un autre » (1). Tous les Puranas sont basés sur les deux grands poèmes épiques, le Mahabharala en étant la principale source, car «il n’y a pas de légende
(@) Fishinu Purana, translated by H, H. Wilson, pp. 10, 14.