‹ Les grandes thèses de la philosophie thomisteChapitre 21 sur 97 · LA LIBERTÉ EN DIEU · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ EN DIEU

Voici donc déjà posées deux conditions de la providence : Dieu connaît et Dieu veut. Mais Dieu veut-il librement? ne serait-1] pas lui-même soumis à une sorte de fatalité tenant soit à une nature des choses qui le dominerait, soit à sa perfection même? L'antique Jupiter était soumis au Fatum, et bien

des philosophies ont conçu Dieu comme une nécessité suprême, un ÂAxiome éternel. Mais ce que nous avons dit plus haut de l'Ordonnateur s'oppose à de elles solutions. L'Ordonnateur premier, est celui qui détermine tout et que rien ne détermine. Si Dieu était déterminé à quelque chose, il faudrait dire par quoi il y est déterminé, quelle est cette nécessité à lui antérieure, alors que de par sa condition même, tout vient de lui.

Et à quoi Dieu serait-il ainsi déterminé? A un effet infini comme lui-même? Ce serait alors un double de Dieu, chose absurde. À un effet fini? Mais cet effet étant censé résulter de la nature de Dieu, prouverait donc une limite en Dieu: car à la détermination de l'effet correspond la détermination de la cause. Nous avons dit { Dieu n'a pas de détermination, pas de nature; il est être plein; si quelque chose sort de lui, ce ne peut être en vertu d’une sorte d'obligation naturelle.

Au surplus, Dieu étant l'Intelligible-Intelligent que nous avons reconnu, Pensée de la Pensée, selon la belle formule d’Aristote, ses effets ne peuvent sortir de lui que selon un mode intellectuel, non par écoulement, par fatalité de nature: ils seront des effets de science pratique, d'art; ils ne s'imposeront point à Celui qui ne reçoit nulle loi, à Celui de qui viennent toutes les lois.

La volonté de Dieu, prise en elle-même, n’en est pas moins nécessaire. Tout ce qui est en Dieu est nécessaire, puisque tout ce qui est en Dieu est Dieu. Mais le terme extérieur de cette volonté ne participe point à la nécessité de sa cause, parce que de celle-ci à celui-là 1l y a transcendance, et, en ce qui concerne Dieu, indépendance complète. Dieu ne peut faire que ce qu'il fait, si l'on entend par là qualifier l'immuable action, l'immuable volonté qui est lui-même. Dieu peut faire ou ne pas faire tout ce qu'il veut, si l’on entend noter le droit à l'existence de l'effet. La contingence du monde est donc le fait du monde, non le fait de sa cause. C’est parce que le monde n’a pas de quoi être nécessaire, qu'il découle non-nécessairement d'une cause en soi nécessaire,

Au fond, tout cela revient à dire que le monde n'est pas Dieu, n’est pas égal au pouvoir d'agir de Dieu, aux motifs d'agir de Dieu. Notre thèse combat ici le panthéisme, et c'est pourquoi Spinoza prend comme équivalentes, dans l'Ethique, ces deux propositions : Dieu agit nécessairement, et : le monde n’est qu’un mode de Dieu.

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