‹ Les grandes thèses de la philosophie thomisteChapitre 34 sur 97 · CARACTÈRES DE L'ÉLÉMENT MATÉRIEL · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE L'ÉLÉMENT MATÉRIEL

On doit comprendre, à méditer ces explications, que la matière thomiste est dépourvue de toute détermination d'un ordre empirique. ( Nec quid, nec quale, nec quantum» a prêté à beaucoup de sourires; mais il est plus facile de sourire que

de philosopher. Si la matière sert de support au devenir substantiel, c'est-à-dire au devenir total, au devenir tout court, et si vraiment un effort sréateur, en ce sens-là, travaille le monde, il est évident que la matière ne peut pas plus être déterminée d'une façon quelconque, sauf en tant que pouvoir, que le marbre n'est « dieu, table ou cuvette ». Ce qui est ne devient pas; de ce qu'elle doit devenir, la matière doit donc être privée. Si elle doit devenir purement et simplement, elle n’est rien déterminément, elle n’est qu’un pouvoir d'être. Matière pure, elle est pure, en effet, de toute actualité défimssable, de tout ce qui appartient aux catégories de l'être. Elle est, par là, étrangère non seulement à toute- qualification physique ou chimique, mais à l'espace, au nombre et au temps, qui ne sont que des modes d’être. C'est un noumène, point de départ et support de tout phénomène. On ne la peut définir que négativement et par analogie avec les matières secondes qui servent à nos fabrications. Ou bien on la définira, en tant que pouvoir, par ses réalisations successives, qui la dénoncent, comme le moulage dénonce son creux. Car, comme l'âme est en puissance toute chose en tant que capable de connaissance, ainsi la matière est toute chose en tant que prédestinée à l'acte. Mais en elle-même, la matière est un inconnaissable, comme son opposé le plus distant, transcendant cette fois et plus inaccessible encore : Dieu.

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