‹ Les grandes thèses de la philosophie thomisteChapitre 40 sur 97 · C.— Les Fins de la Nature · texte numérisé non relu

C.— Les Fins de la Nature

Le devenir, substantiel ou accidentel, suppose un dernier principe qui d’une certaine manière est le premier : la fin. La fin est le moteur intime de l'agent, quand l'agent se meut luimême, comme c'est le cas de l'être doué de connaissance. Par là elle est première. Quand il s’agit de l'être non connaissant, la fin le meut encore, en ce sens qu’elle détermine la forme de son activité en définissant son être. Tel agent, dans un univers soumis aux échanges, est par définition ce qui est destiné à telle œuvre. En s'exprimant ainsi, on ne fait que formuler la loi du déterminisme, et il est bien étrange que des savants ou des philosophes qui ont un sentiment très vif du déterminisme naturel se croient tenus d'’écarter l'idée de fin. Une fin, c'est ce qu’un agent dûment quahfié, c'est-à-dire placé dans des circonstances données, est déterminé à produire: c’est ce vers quoi il tend; c’est ce qui le caractérise dans son dynamisme comme il est caractérisé, au point de vue statique, par sa définition. Un être défini est la preuve, en arrière, d'une activité définie, et la source,en avant, d’une autre activité définie, qui décèle une intention de nature. Je dis intention dans le sens de tendance, de recherche immanente, de fin. De sorte qu’on ne peut pas plus ôter de la nature les fins qu’on ne peut en écarter les êtres définis, les activités définies, les retours réguliers de mêmes phénomènes dans les mêmes circonstances, bref le mouvement naturel en ses sources et dans toutes ses formes. En d'autres mots, point d'activité sans direction, point de direction sans deux termes, dont le second, après l'action, est résultat, et avant, fin. Ceux qui disent : il y a des résultats, mais il n’y a pas de fins, admettent donc qu'une direction peut être déterminée par un terme qui est encore, et de toute manière, inexistant? Un résultat sans finalité, c'est un effet sans cause.

Si l'élan de la nature, générale ou carticulière, ne Ja portait pas vers quelque chose, elle ne produirait rien: car produire,

c'est faire quelque chose. À fortiori ne produirait-elle pas des œuvres régulières, des œuvres qui se répètent, des œuvres qui se coordonnent, et qui offrent par leur concours, à travers de multiples combinaisons qui s’échelonnent, une merveilleuse harmonie.

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