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COMMENT L'AME FABRIQUE SON CORPS

À proprement parler, la fabrication du corps par l'âme est une donnée inexacte: l’âme ne fabrique rien, n’étant, d’ellemême, qu'une idée de fabrication, une forme inhérente. I] y a bien, dans la semence, un principe organisateur; mais ce n’est pas l'âme de l'être engendré: c’est une vertu de l'espèce, incarnée dans les propriétés élémentaires issues du générateur. L'âme est ici à la base du mouvement, puisqu'elle anime le générateur et caractérise ses œuvres; l’âme est aussi la fin de la génération, comme élément principal de l’être engendré; mais elle n’est pas un agent. L'âme résultera, dans le vivant, de la fabrication même de ce vivant en tant que corps organisé capable d’une âme: elle sera la flamme qui jaillit quand le bois, lentement échauffé, a trouvé son ultime disposition de combustible. Saint Thomas définit l'âme « l'acte du corps organisé ayant la vie en puissance ». Quand donc le corps organisé, par cela même qu'il s’est organisé, passe à l'acte, s'anime, c'est alors, et non pas avant, qu'il acquiert une âme. (C'est la même chose, pour le corps, d’avoir une âme, que pour la matiére de ce corps d'être en acte. » (In II de Anima, lect. 1). L'âme ne précède donc pas le corps pour le constituer; elle le suit; ce qui précède, c’est l'âme de l’engendrant, c'est l'espèce;, et, dans le semen organisateur, la vertu de l'espèce, que représentent les propriétés physico- chimiques — d'autres peut-être — de ce mixte en puissance de vie.

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