NUTRITION ET CROISSANCE
La nutrition et la croissance, qui ne sont qu'une génération continuée, recevront évidemment une interprétation toute pareille. Se nourrir, c’est se régénérer; croître, c'est se régénérer avec un surcroît, et dans les deux cas c’est s’assimiler son milieu sous forme d'’aliment, d'air, de mouvement, voire
d'idées ambiantes. Notre milieu nous nourrit et nous accroît quand il se change en nous (aggeneratur) : et cela se fait, comme la première fabrication de notre être, par une vertu de de l'espèce (veirtus sepeciei convertens). Cette vertu n'est point l'âme seule; c'est la puissance assimilatrice du composé âme et corps, désormais constitué: et la part del’âme,commeforme, est ici de donner l'espèce, et de déterminer par suite la finalité; la part du corps est de fournir, par sa composition physicochimique et son organisation, les moyens de la transsubstantiation vitale. Ce n’est donc pas l’âme qui accroît le corps, le nourrit, ou, ce qui revient au même, le répare en cas d’avarie guérissable; ce n’est pas davantage le corps distingué de l'âme, c'est-à-dire réduit abstraitement à l’état de cadavre: c’est le corps animé, en sa pleine unité ontologique et fonctionnelle. C'est lui, corps animé, qui se révèle ainsi créateur, faisant entrer sous l'idée vitale, au moyen des propriétés corporelles, ce qui jusque-là lui était étranger. Bref, dans la nutrition, la croissance et la reconstitution de l'être vivant, l'âme agit par les propriétés corporelles; les propriétés corporelles agissent selon l'âme.