LA MÉMOIRE SENSITIVE
Enfin, la quatrième faculté mentionnée est la mémoire sensitive. Cet adjectif peut passer pour oiseux; car il n’y a pas, à proprement parler, de mémoire intellectuelle. On se souvient de ses idées en ce sens qu'on les évoque de nouveau; mais le sentiment qu'on les eut jadis, sentiment essentiel au fait de mémoire, est lié à celui de notre déroulement intérieur, en corrélation avec les rythmes de la nature.
La mémoire est le trésor des appréciations sensibles, comme l'imagination est le trésor des images. Aussi est-ce à propos du convenable, du nuisible, etc., que la mémoire s'éveille. Du reste, l'appréciation du temps est ici la condition de toutes les autres; sans elle, il y a imagination ou retour d'imagination, sensation ou retour de sensation, mais non pas souvenir. Et dès lors, la mémoire, outre qu'elle est un trésor d'appréciations sensitives mères des jugements instinctifs, s'étend à nos acquisitions de tout ordre, bien qu'elle les utilise sous un rapport
spécial, à savoir en fonction du temps.
Il va de soi que ce découpage fonctionnel laisse Sub chez saint Thomas le sentiment de l'unité profonde des phénomènes généraux de la vie sensitive. Imagination, mémoire,
sens particuliers, sens commun, tout cela dépend d'un pouvoir de sensibilité générale qui est aux manifestations de Ja vie sensible ce qu'est la puissance d’assimilation à la nutrition, à la croissance et au pouvoir générateur !, D'autre part, saint Thomas serait le premier à convenir que sa classification, qui répond aux données du sens commun, est surtout schématique et laisse place à de plus savantes recherches. Partant de là, néanmoins, on peut concevoir comment il est possible de dépasser ce stade inférieur de la connaissance pour se porter au niveau de l’universel.