‹ Les grandes thèses de la philosophie thomisteChapitre 62 sur 97 · C. — L'origine de l’âme humaine · texte numérisé non relu

C. — L'origine de l’âme humaine

Nous ne voulons pas poursuivre ici l'étude du fonctionnement intellectuel dans la formation du verbe mental et du jugement, dans l'élaboration de la vérité ou la déviation vers l'erreur, dans le mouvement appelé démonstration, à partir des principes. Toutes ces questions, étudiées ailleurs ?, nous entraîneraient bien loin de nos limites. Nous en dirons autant de la volonté, dérivé de l'intelligence, dont l'analyse nous a jadis longuement retenu ©, Mais il faut relever brièvement les conséquences de ce qui précède, touchant l'origine de l’âme intellectuelle et sa fin.

La façon de naître répond à la façon d’être, puisque l'être est le terme du devenir, qui doit donc se dérouler sur un même plan. Si l’âme n'était qu’une forme ordinaire, c’est-àdire l’acte d’un corps; si elle n’agissait que de l’action du composé, et se faisait donc voir existante uniquement de l'existence du composé, il n’y aurait pas de motif pour lui supposer un devenir propre à elle; le devenir du composé, résultat d'une transmutation matérielle, lui servirait de raison sufhsante, Mais nous avons vu que l'acte intellectuel dépasse la matière, et nous avons dû en conclure que l'être du sujet doué d'une telle fonction est pour autant indépendant de Îr

1. Aristote. Traité de l'Ame. Edit de Berlin. À. 408, 27. 2. Cf, notre Saint Thomas d'Aquin, t. I, ch. IV. 3. Ibid. ch. IL.

matière. Une pure transmutation matérielle ne peut donc l ‘expliquer, et comme il n’y a que cela dans la génération physique, celle-ci n'étant que la transmutation d'une matière qui revêt une nouvelle forme, il faut dire que l’âme est non engendrée, comme on la dit indestructible.

Par ailleurs, l'’îme n'a pas toujours été, attendu que son être naturel est dans le corps et que le corps commence. Les opinions platoniciennes, manichéennes ou averroïstes ne seraient soutenables à cet égard que dans une autre philosophie, suffisamment écartée plus haut. Il reste qu'il y ait là un commencement absolu, c’est-à-dire quelque chose qui est, après n'avoir été absolument pas, ni en soi ni dans des causes propres. Et comme l'idée de commencement, ainsi d’ailleurs que l'idée d’un être imparfait et limité, tel qu'est l'âme, répugne à l'absolu au sens d'indépendant et de non causé, il est nécessaire d'invoquer, à titre de cause propre de l'âme, le seul véritable absolu, qui est toujours cause suprême de l'être, mais qui en sera ici la cause immédiate. C'est ce qu'on exprime par une image en disant que l'âme, créée de Dieu, est infusée par lui dans le corps: qu’elle y vient ainsi du dehors et comme par la porte, 059202v, disait Aristote.

Page 1