‹ Les grandes thèses de la philosophie thomisteChapitre 68 sur 97 · Somme contre les Gentils, 1, II, ch. LXXXI · texte numérisé non relu

Somme contre les Gentils, 1, II, ch. LXXXI

mais le monde supérieur, dont elle n'avait ici-bas que des reflets, se livre à elle davantage; elle bénéficie d'une descente d'intelligible, au lieu de la seule ascension des formes à partir de là matière : lumière directe, succédant au filtrage laborieux de l’abstraction. « L'âme humaine est aux confins de deux mondes, à l'horizon du temps et de l'éternité : quand elle se retire de l’inférieur, elle approche du suprême, et, tout à fait séparée du corps, elle sera pleinement semblable aux substances séparées et recevra d'elles la vérité avec plus d’abondance »! ,

Bref, l'âme, au moment de son éclosion dans le corps, est de l'esprit dégradé; lors de sa séparation par la mort, elle est de l'esprit reconstitué et grandi, grâce à une collaboration supérieure. La possession de notre corps nous donne les droits et les avantages d’un spectateur du monde et d'un citoyen actif de la nature: mais en perdant le corps, nous ne perdons que notre place dans cette école de princes; en revanche, notre royaume définitif nous est ouvert, et le palais paternel a plus de clartés que notre gîte provisoire. Le corps nourrit l'esprit; mais comme le geôlier nourrit le prisonnier en cellule; il lui fournit le sensible et l’enferme dans le sensible:il console et perpétue en même temps sa détention. La voie du progrès décisif, pour nous, n’est donc pas vers le cosmos, mais vers notre intérieur relié à son Principe,raccordé à ce monde de l'esprit à l'égard duquel le monde de la matière n'est que le royaume des ombres.

Rappelons-nous que la matière est un précipité d'esprit, un évanouissement, une fumée d'esprit : une fois reliés au monde spirituel, les objets dont nous vivons actuellement ne nous apparaîtront que comme des ombres. Ombres pleines de reflets, qui sont les formes issues de l'Esprit créateur; mais ombres néanmoins. Et notre corps aussi ne sera qu’une ombre, destinée à recevoir plus tard, en revivant, la lumière de l'es prit.

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