Ibid
. On voit comment, aux yeux de saint Thomas, se répartit pour nous la connaissance, à travers les domaines que nous devons tour à tour habiter. Sur terre, nous tirons tout de l'expérience, c’est-à-dire de la venue du monde en nous, de l'envahissement des formes incarnées, que l’abstraction intellectuelle désincarne. Mais déjà, en opérant ainsi, nous communions au monde de l'esprit. La source de la lumière des choses est en haut; la forme est « divine »; à travers la nature, nous communiquons sans le savoir avec sa Source idéale; la «& vision en Dieu », en ce sens-là, est unc vérité : nous ne pouvons puiser la vérité qu'en Dieu, où elle réside; d'une façon ou d'une autre, il faut que Dieu-se mêle à la pensée, et que notre science, notre art, ou quoi que ce soit de ce qui implique intelligibilité, soit une collaboration divine. Nos idées viennent d'en haut, tout en venant d'en bas, comme l'image du soleil, dans la mer, vient réellement du soleil, tout en venant de la mer. Notre pensée est un reflet idéal, comme les êtres sont un reflet réel, d’un Absolu à la fois idéal et réel.
Mais alors, dans d’autres conditions, les barrières de ce monde franchies, l’Absolu et ses succédanés supérieurs peuvent se refléter en nous sans l'intermédiaire du réel qui nous enveloppe. Le monde intelligible, dont l'âme fera partie après avoir brisé ses attaches, nourrira la pensée, et il lui restituera avec un ample surcroît ce qu'elle avait paru perdre. Au lieu de contempler les idées en reflet, nous les recevrons de leur source et les contemplerons en nous, avec nous-mêmes dans notre essence intelligible. Dieu, les anges, et nous transparents à nous-mêmes; mais Dieu en tout et en tous : tels seront
nos recours !,
1. On peut constater par ces trop brefs développements, combien s'abuse M. Paul Valéry, quand il s'étonne, dans Variété, p. 187, du « demi-silence » de la littérature religieuse touchant l'existence {peu enviable » de l'âme séparée, avant la résurrection. Tout ce qu'il dit du système thomiste, auteur présumé de cette gêne, témoigne d'une information insuffisante et d'une compréhension inévitablement diminuée,