‹ Les grandes thèses de la philosophie thomisteChapitre 75 sur 97 · CONCLUSIONS TOUCHANT LE PLAISIR · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS TOUCHANT LE PLAISIR

En généralisant, on dira avec saint Thomas : le plaisir vaut ce que vaut l'action, comme l'action vaut d’après son objet. Si l'objet est bon et si l'action qui s’y adresse est heureuse, heureuse, dis-je, aux yeux de la raison, au total, tout bien considéré : alors le plaisir lui aussi est bon; dans le cas contraire il nous trompe.

C'est dire que cette valeur d’être et d'action qui est à la base du plaisir, le plaisir doit la respecter, qu'il ne s’en peut détacher, sous peine, dans le dernier cas, de consentir à un désordre, et, dans le premier, de commettre une offense à la mesure de ce qu'il viole.

Celui qui veut jouir pour jouir pêche; car en toute occasion, en toute matière, il est déraisonnable: et donc immoral;detroubler l’ordre établi par la Providence. Si ce désordre est pourtant ménager des objets de la vie, si aucun intérêt humain ou

divin n'est gravement lésé, la faute est légère; un motif si petit qu'il soit la peut écarter. Mais quand, en vue du plaisir, on piétine la vie même, on retourne ses valeurs, on altère ses fonctions, on la désorganise en soi ou en autrui, dans nos groupes ou dans nos entreprises, dans nos espoirs ou dans nos résultats, la gravité s'accroît en proportion du dommage.

E, — Obligation et sanction.

Nous pourrions arrêter ici l'exposé des données essentielles de la moralethomiste. En réalité, tout est dit. Nous avons cependant à peine prononcéencore, sitantest que nous les ayons prononcés, les mots d’obligationet de sanction, qui tiennent dans les manuels une si grande place. C'est que, à dire le vrai, et à condition de le très bien entendre, on peut considérer la morale thomiste comme une morale sans obligation ni sanction. Et c'est-à-dire que le bien n’est pas imposé à l'acte humain du dehors, à la manière d’un décret, du fait d’une loi hétérogène, arrachant l'homme à sa spontanéité fonctionnelle, au courant des faits où il se trouve mêlé; et c'est-à-dire d'autre part que le bien n’est pas récompensé du dehors, par une intervention hétérogène à son mouvement propre et à son naturel aboutissement, C'est ce qui ressort, pour peu qu’on y réfléchisse un instant, des explications qui précèdent.

Aux yeux de saint Thomas, la morale est pour l'homme l'art d'arriver à sa fin. Cette fin, c’est le bien, et on l'entend, à ce stade de l'exposé, du pe objectif, du bien ontologique, qui est, en ce qui concerne l’homme, le plein achèvement de son être, la parfaite réalisation de sa nature. Le bien moral, ce sera donc, avec l'acceptation de cette fin, la fidélité aux moyens qui y confèrent, et c’est la vertu, autrement dit la soumission à notre loi normale de fonctionnement, à la règle d'activité de l’homme en tant qu'homme. Le bonheur ou le malheur en sortiront, sous le nom de sanction, suivant que le bien sera obtenu et éprouvé — perfection épanouie en

Joie — ou au contraire manqué, avilissant et torturant par son absence. On voit l’homogénéité de ces données, où rien n'arrive du dehors, où rien ne se surajoute ou ne se présente comme rallonge, en avant ou en arrière.

Voyons toutefois avec plus de précision comment s'interprètent, dans ces conditions, l’idée de loi morale, l’idée de sanction morale.

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