‹ Les grandes thèses de la philosophie thomisteChapitre 9 sur 97 · CRE · texte numérisé non relu

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n'est positive qu'à titre d'expression de l'insuffisance du

monde et de la nécessité corrélative d’un ultime support; :

comme valeur de définition, au sens propre du mot, elle est entièrement négative.

Inutile après cela d'insister sur le dernier argument; il est tout résolu. Nos principes viennent de l'expérience. Et l’on nous dit qu'ils ne peuvent servir à sortir de l'expérience. Aussi n’en sortons-nous point. Ce n'est pas sortir de l’expérience que de demander aux expériences partielles de se conclure, et si le cercle ne peut se fermer, si les séries causales ne peuvent rendre raison de leur efficacité que moyennant un premier à la fois immanent et transcendant, il nous faut bien le dire. Il est immanent par son action et par sa vivifante présence; c'est sous ce rapport qu'il est saisissable, en tant que nécessité de l'expérience même. Comme transcendant, nous le déclarons inaccessible et inconnaissable: nous ne l’introduirons dans aucun cadre idéologique, dans aucune catégorie: les relations que nous lui attribuons ne sont que des commo-

dités de la pensée, nullement des affirmations. Au vrai, il n’y -

a pas de relations de Dieu à la créature; 1l y a seulement des relations de la créature à Dieu, relations que nous tournons par un besoin instinctif de corrélation, en relations réciproques. En même temps que notre entendement et nos mots posent cette réciprocité, notre jugement Ja nie. Tout ce qui est de la créature vient de Dieu, subsiste par Dieu et tend vers Dieu, mais sans aucun changement, aucune qualification réelle, aucune attache, aucune relation effective du côté de Dieu. L'inclusion de Dieu dans un ordre logiqué dont il dépendrait n'est donc ici qu'un leurre. Nous n'incluons Dieu en rien. Il est le grand Séparé. L'ordre logiqueest tout entier une émanation en nous et une image défaillante de sa vérité inaccessible; 1l ne la comprend pas. À Dieu nous ne donnons pas de loi. Dieu n'est obligé à rien, pas même à être, si on l'entend d'une obligation étrangère à son être même. Il est, et de lui ‘viennent toutes obligations, logiques ou réelles. Mais la « loi » que nous invoquons pour rendre obligatoire, c'est-à-dire cer-

taine, l'existence de Dieu, c'est une loi des choses; c’est la loi de raison suffisante appliquée aux faits,et que les faits, sans Dieu, laissent en l'air, tout à coup interrompue dans son application la plus nécessaire, là où le cercle des choses va se boucler, là où les séries causales vont trouver leur point de départ et leur terme. Nous voulons bien une tête de pont dans la brume; mais que le pont Univers soit dans un infini porte à faux, c’est ce que nous ne pouvons comprendre,

À celui qui dit avec Pascal : «S'il y a un Dieu, il est infin:ment incompréhensible, et nous ne pouvons connaître ni ce

‘qu'il est, m s'il est », il faut donc répondre — et peut-être

est-ce le sens de Pascal lui-même — : en effet, nous ne pouvons connaître-ce qu'il est, à savoir en lui-même, mais seule- , ment ce qu'il est par rapport à nous, ou plus exactement nous par rapport à lui. Nous ne pouvons pas davantage connaître qu'il est, si par éfre on entend, en ce qui le concerne, l'être de son essence, l'actualité effective de ce qu'il est. Bien mieux, : nous disons qu’en ce sens il n'est pas, ou, si l’on veut, que : son être est sa nature même, comme sa nature est son être même : mots impuissants, qui ne prétendent à rien définir, ni rien qualifier,au sens précis de ces termes, touchant ce qu'est Dieu: Mais cependant cette affirmation : Dieu est, est exacte, au titre de postulat du réel, dans le sens ci-dessus expliqué et qui un peu plus loin s’éclaircira davantage.

Et c’est-à-dire que la proposition de Pascal peut se retourner contre qui en abuse. L’appliquant au monde, on peut dire : s’il y a un monde, il est infmiment incompréhensible ‘sans Dieu; or il y aun monde. Et l’ona le droit de se demander avec Jacques Rivière : « Est-ce qu'on peut dire qu’on ne comprend pas ce sans quoi tout le reste vous apparaît incompréhensible? » Sans doute on ne le comprend pas en lui-même; mais on le comprend comme postulat inévitable, qualifié comme tel, et L'on achève cette compréhension en déclarant qu'en l'autre sens on ne le comprend pas. ( Quand le caractère d’un pro-

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