MADAME LÉONIE D'AUNET
VOYAGE D'UNE FEMME AU SPITZBEIHi
Si jamais le vrai fut invraisemblable, ce fut assurément dans le cas de l\Ime Biard, connue comme écrivain sous le pseudonyme de Léonie d'Aunet. Qui eût pu cr.oire que le monde morne et glacé du pâle Nord, de <e monde qui ne sort de son immobilité lugubre que pour éclater, se fendre en un chaos plein d'épouvante, mugir et rugir sous les efforts de tempi effroyables, attirerait une jeune et délicate Parisienne, « une de ces femmes menues, disait un matelot de l'expédition, que l'on casserait sur Bon genou et dont on mettrait les morceaux dans sa poche? » Ce fut pourtant ce qui arriva. Mme Biard insista pour accompagner son mari, le célèbre peintre, jusqu'au Spitzberg, c'est-à-dire aux limites extrêmes des régions pois explorées. C'était l'époque où la France, l'Angleterre et les Etats-Unis rivalisaient d'ardeur pour chercher un passage d'Europe en Amérique. Une mission scientifique allait partir; elle désirait s'adjoindre un peintre et sollicitait Biard. Sa jeune femme déclara qu'il ne partirait pas Bans elle; "ii se récria : c'était folie pure; le moindre mal qui put lui arriver, serait d y laisser sa beauté, si elle en revenait. Peine inutile! Elle mit en camp.i. des influences amies, obtint son admission >ur un navire de l'Etat, et bra- \ émeut elle s'embarqua pour une expédition qu'aucune femme n'avait encore affrontée el qu'aucune autre, croyons-nous, n'a entreprise depuis.
De la Hollande, du Danemark, de la Suède même, nous ne dirons rien, ces pays étant bien connus. Le voyage ne devint intéressant qu'en Norvi g