‹ Les Grandes voyageusesChapitre 19 sur 52 · MADAME DE UJFALVY-BOURDON · texte numérisé non relu

MADAME DE UJFALVY-BOURDON

Madame de Ujfalvy- Bourdon est la femme d'un savant et l'élève de Broca, ce qui, joint à son goût naturel pour la science, lui a permis de seconder son mari dans ses études ethnographiques, géologiques, archéologiques et autres.

Après l'avoir accompagné deux fois en quatre ans dans l'Asie Centrale, elle le suivit aux Indes, dans la Vallée de Cachemire et au Thibet en 1881. Elle put dire alors: « Je suis la première Européenne qui ait foulé de son pied cette terre sauvage, grandiose et d'un abord si difficile d'aspect.

Partis en avril, les voyageurs profondément intéressés par leur séjour à Bombay, où les Parsis arrêtèrent particulièrement leur attention grâce à leur intelligence supérieure et à leurs coutumes si différentes de celle-, des autres races, se rendirent ensuite à Simla; ils furent subjugués, ébahis par l'écrasante beauté de ces montagnes géantes, de leur végétation merveilleuse changeant selon l'altitude, de leurs glaciers éternels auprès desquels ceux des Alpes d'Europe sont de dimensions si modestes; ils furenl surtout saisis d'émotion à la pensée de l'audace humaine quia osé imposer sa volonté à cette nature en apparence inaccessible. Trouver sur ces pentes vertigineuses, au milieu de rochers titancsques, de forêts mille luis séculaires, des routes charmantes, conquises sur le granité entassé, bouleversé comme après un combat de géants, des habitations délicieuses, coquettes, munies de tout ce que peut fournir la civilisation la plus raffinée et d'une profusion de fleurs idéales, cela ressemble [dus à un rêve céleste qu'à la réalité de la vie; aussi la belle Simla est-elle restée souveraine sans rivale, dans le souvenir de M"'e de Ujfalvy. A l'admiration des merveilles naturelles, les voyageurs ajoutaient, comme intérel à

leurs pérégrinations, le plaisir de. collectionner des costumes, des bijoux, des ustensiles en argent et surtout en cuivre, puis l'étude des diverses

races, la mensurati i la photographie de nombreux individus afin de

rapporter des notions, des renseignements ethnographiques bien exacts. Ce n'était pas toujours facile; ces pauvres gens ne savaient pas du tout ce qu'on leur demandait, ce qu'on allait leur l'aire, et quand ils apercevaient les compas et autres instruments avec lesquels on devait mesurer leurs membres et leur tête, ils s'imaginaient qu'on voulait les torturer. Il fallait souvent faire intervenir les autorités, sans quoi la science aurait été fort

mal servie. M01* de Ujfalvy était indispensable pour la mensuration des femmes qu'un homme n'aurait pu toucher; elle- pleuraient, elles m désolaient à la pensée de vendre leurs plus beaux atours on quelque vieux plat, quelque antique aiguière de leur pauvre maison, mais dès qu'elles tenaient les roupie- dan- leur main, les larmes se scellaient, le sourire reparaissait et les reliques de famille ne laissaient aucun regret. Elles n'en laissaient même pas assez, car lorsque les touristes séjournaient plusieurs jours dans le môme endroit et que l'on avait compris leur manie de collectionnerais étaient assaillis d'offres et auraient pu déménager le pays tout entier. Unechose les désolait souvent.

Mme de Ujfalvy surtout : c'était l'impossibilité de trouver dans une ruine une pierre à emporter; les Anglais avaient passé pie-, pie partout el fait main liasse sur ce qui était transportable! Notre avide compatriote leur en voulait; en avait-elle bien le droit?

C'était du reste une aimable voyageuse, s'intéressant à tout, courageuse, curieuse, impressionnable, résignée aux mille fatigues et inconvénients d'un voyage à pied, à cheval, en chaises à porteurs primitives, en bateaux, à travers un pays immense, couchant sou- la tente ou, ce qui es souvent bien pis, dan- les bungalows ou maisons de repos qui vous offrent leurs quatre murs fréquemment délabrés, mangeant ce qu'on trouvait et malgré le froid des glaciers, la chaleur des plaine-, les averses des - -

les dangers des corniches de montagnes, trouvant un grand charme à cette existence de tzigane. Il est vrai que la tsigane avait toujours un bon

Ma, lame de Djfalvy-Bourdoo.

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