MADAME CHANTRE
M"° Chantre est, comme M"10 de Ujfalvy, la femme d'un «avant, qu'elle accompagne et seconde dans ses missions ethnographiques, géologiques et archéologiques. Après plusieurs voyages dans l'Asie <>< eidentale et au Caucase, tous deux allèrent en 1890, parcourir L'Arménie russe, et Mme Chantre a fait un très intéressant récit de cette dernière expédition.
Avant d'entrer dans l'intérieur de la Transcaucasie, les voyageurs parcoururent la ligne de Batoun-Bakou, visitèrent les pêcheries de la Koura, et remontèrent cette rivière depuis son emhouchure dans La mer Caspienne, jusqu'à son confluent avec l'Arase.
Ils quittaient Marseille le 22 mars, et après un court séjour à liatoum, prenaient le chemin de fer pour Bakou, la ville du pétrole, sur les bords de la Caspienne. Cette ligne est égayée par la multiplicité des races qu'on y rencontre : Busses, Arméniens, Géorgiens, Caucasiens de toutes provenances, Anglais, Français, Allemands, chacun parlant sa langue et portant son costume.
On conçoit facilement que l'atmosphère de Bakou ne peut être agréable, mais la vieille cité persane a de l'intérêt. On traverse en troïka, voiture légère attelée de trois ou quatre chevaux de front, la sti immense, solitaire, où la route est une simple ligne indiquée sur des pierres et l'on arrive aux pêcheries de Norachaine appartenant à une compagnie arménienne. Pèches vraiment miraculeuses, dont la saison ne dure que trois mois, mais jour et nuit, et que Le gouvernement 1 loue 100000 roubles à la compagnie. Un pèche des silures et de- esturgeons gigantesques qui contiennent jusqu'à 130 kilogramme-, d'œufs, autrement dit de caviar. Il faut une hache pour trancher la tète de monstres, et leurs bonds dans les barques ne sont pas sans danger. 1
MADAME ClIANTUE.
qu'on retire les filets, le soir, au soleil couchant, le spectacle devient tout à fait pittoresque; mais, il faut le payer de bons accès de fièvre paludéenne dont souffre le pays tout entier.
De même qu'aux Indes, la photographie et la mensuration inspirent une terreur folle à ces populations primitives, Kalmoulkes, Tats et autres; les hommes n'ont pas moins peur que les femmes, et pour celles-ci l'obligation de se découvrir la tète augmente encore la difficulté.
Mm0 Chantre, obligée d'opérer à l'intérieur., est soumise à de dures épreuves et emporte des souvenirs trop nombreux dont il ne lui est pas toujours facile de se débarrasser.
La navigation en bateau à vapeur sur la sinueuse Koura jusqu'à Djeout où elle rejoint l'Araxe, ne manque pas de charme. Là on monte en phaéton et l'on se dirige vers le massif montagneux du Karabagh, que l'on va parcourir ; de l'autre côté sont les montagnes du
Daghestan, et la VUC Monseigneur Élie, patriarche do Chaldde.
devient magnifique.
Adieu à la steppe brûlante, avec ses marais où s'ébattent d'énormes buffles. On commence à monter sur des lapis de fleurs et à rencontrer d'immenses troupeaux qui vont passer la saison chaude dans la montagne. Sur les plateaux, l'agriculteur défriche, sème et combat les sauterelles. Des travailleurs armés de balais en jonc, chassent les jeunes bestioles qui pullulent, dans des tranchées qu'ils recouvrent immédiatement de terre.
C'est un beau spectacle pastoral que présentent 1rs milliers de chevaux, de bœufs, de buffles et moutons qui peuplent cette nature solitaire
et sauvage, jetant dans son silence les mugissements des taureaux e| li hennissements des étalons. Les cavaliers lats, les femme- a cheval portant souvent un enfant sur le dos et un dans les bras, ou bien un jeune poulain, un jeune veau fatigué, les chars rustiques ou les animaux de bât, portant les tentes et les ustensiles de ménage, les couleurs bariolées des vêtements, les courses affairées des chiens gardiens, tout cela forme un ensemble biblique des plus merveilleux. Parfois cependant il devient fort incommode, s'il se trouve en travers de votre route '■
On monte à Choucha, à 1100 mètres d'altitude, forteresse naturelle, capitaLe de l'ancien Iran ou Arhan des Persans et des Juifs, prise et reprise par les Arméniens, les Tarlares de Timour, les Persans, les Turcs et enfin par les Russes en 1804.
C'est à Choucha que M. et M"" Chantre organisent leur caravane. Le climat est connu pour sa rudesse, six mois d'hiver sous un mètre de neige; cependant les cerises, les prunes, les pommes et les poires y mûrissent. Pas de 'combustible, peu d'eau potable ; il faut les ! venir à dos d'âne, de mulet et de cheval, mais les ânes dominent. La race est belle, les Arméniennes sont jolies, hues, séduisantes, actives, à la différence des apathiques Géorgiennes, et les jeuues s'embellissent encore en adoptant le costume européen, auquel elles ajoutent une très gracieuse coilfure, une espèce de diadème en velours orné de pierreries ou de broderies et duquel retombe en arrière, un long et léger voile de tulle brodé.
A partir de Choucha, on voyage à cheval, et souvent à pied lorsque le chemin est trop dangereux, comme à la descente sur Ghiroussi, qui commence à 1 710 mètres d'altitude. Le coup d'œil des hauteurs est féerique et le mouvement continuel, les montagnards descendant et remontant sur tout animal qui peut les porter, y compris le bœuf, le buflle et le chameau. L'eau chante partout et la pittoresque rivière l'ait tuiirner un grand nombre de moulins. Par moments, c'est un tumulte indescriptible au milieu des immenses troupeaux de moutons, de chevaux, de chameau! ; les jeunes et jolies femmes restent tranquillement sur leurs montures; les pauvres vieilles, les fillettes et d'énormes chiens s'exténuent à faire rentrer les animaux dans l'ordre voulu. Ils obstruent les sentiers et les gués, ils soulèvent d'épais nuages de poussière, ils sont admirable.- à voir et insupportables à rencontrer, mais leurs possesseurs ne se préoccupent que d'eux et nullement des humains.
Après être monté à un magnifique plateau (0300 pieds), on redescend par une pente vertigineuse, où il faut tenir les chevaux par la bride, au village et à l'antique monastère d'Ouroute, qui date de ll">7 et est en pailie ruiné. Il n'en est pas de môme de celui de Tathève, auquel on monte par une admirable forêt semée d'arbres fruitiers et tapissée des