MADAME GODIN DES ODONAIS
Par quel miracle survécut-elle à de si horribles épreuves? Elle-même ne pouvait l'expliquer. Le neuvième jour, un bruit d'eau frappa son oreille. Elle se traîna dans cette direction et se trouva au bord du Bobonasa, au milieu d'Indiens qui montaient un canot. Ils eurent pitié de ce spectre décharné, aux cheveux blanchis, qui prononçait quelques mots sans suite. Ils le recueillirent, le conduisirent à Loreto et le confièrent aux soins de la mission.
La pauvre femme avait au cou une double chaîne d'or; elle fut trop heureuse de l'offrir à ses sauveurs. Quand elle fut en état de repartir, elle descendit le fleuve et retrouva son père, puis son mari. Mais elle resta brisée, sans force pour jouir du bonheur. Même chez elle, en France, à Saint-Amand , dans le Berry, entourée des affections conservées, près de ce mari si héroïquement cherché, elle demeura triste, absorbée, souffrante, envahie d'une terreur muette à la vue des bois solitaires. Parfois elle montrait, avec une tristesse navrée, la pauvre robe de cotonnade qu'une bonne Indienne lui avait donnée, et les sandales dérobées à ses chers morts.
Rentrée en France le 26 juin 1773, elle ne mourut qu'en 1792.
M"' Godin dos Odonais.