I.e Soudanien Fourn
sait; le second Hollandais. Aiy. était mort, tous les serviteurs avaient fui. excepté Hadj-Ahmed-bou-Selah, Mohamed le Tunisien et un autre restés avec les Arabes et occupés en ce moment à briser les caisses, faute d'avoir
MADEMOISELLE T1NNÉ. 131
trouvé les clefs. « Quant on me transporta sous la tente, ajouta Fourré, je croyais que la demoiselle vivait et je demandai à Hadj-Ahmed où elle se trouvait? Il me répondit qu'il craignait qu'elle n'eût été tuée par les Touaregs. Aussitôt que des femmes revinrent sous la tente, je leur demandai où était la maîtresse ? Elles me dirent qu'elle avait été assassinée par un Touareg nommé Muheddin, qui est parti pour Ghàt, avec les autres. . On m'a dit qu'on avait partagé l'argent et le butin en deux parts, l'une pour les Touaregs, l'autre pour les chameliers arabes... » Un certain nombre des serviteurs de Aille Tinné s'étaient aussi emparés d'objets lui appartenant. Au moment où on les trouva sur eux, presque tous tachés de sang, Fourré fondit en larmes et les membres du tribunal, vivement émus, suspendirent l'interrogatoire. « Je pleure, dit Fourré, parce que je suis inconsolable de la perte que j'ai faite, ayant vécu dès mon enfance auprès de la demoiselle comme un fils. »
Un personnel insuffisant et peu connu, les bruits fabuleux répandus dans le désert au sujet des immenses trésors qu'elle transportait, disaiton, dans ses volumineux bagages, telles furent les causes de cette lamentable catastrophe. Trop généreuse de cœur, trop confiante en la bonne volonté des hommes, trop familiarisée avec le danger, la pauvre jeune femme ne voulut pas croire à la perfidie contre laquelle on cherchait à la mettre en garde. La violation de l'aman accordé à Mlle Tinné par le cheik Ikhenoukben est un crime très rare parmi ces peuplades sauvages, et fut déplorée par un grand nombre de Touaregs. Partout un sentiment d'horreur et de réprobation accueillit la nouvelle de cette fin si lugubre.
Intrépide comme un héros, simple et confiante comme un enfant, Mlle Tinné est certainement une des plus nobles victimes que des aspirations élevées, le culte de la science et, bien plus encore, un sentiment profond d'humanité aient poussées au sacrifice suprême, dans l'espoir de réaliser l'idéal entrevu.