In Ihe Hébrides. Blnckwood, Ediaburgh and London
qui est restée la terre de saint Golomban et qui était, avant lui, celle des Druides !
La nature n'est pas sans sourires pour ces rivages où de tout temps l'océan a roulé des vagues énormes et furieuses. Le courant chaud du Gulf-Stream caresse certaines parties des côtes, les défend contre les frimas et les couvre d'une flore prodigue, dont le camélia est le roi. Les couchers de soleil ont là des splendeurs que la voyageuse affirme n'avoir vu surpasser que deux fois dans les régions tropicales. A la description saisissante! de ce pays étrange, elle a joint un tableau de mœurs très attachant.
On prend place avec elle dans la barque et dans la chaumière de l'indigène; on l'écoute conter ses légendes autour du feu qui fume plus qu'il ne brûle, au centre* de la pièce unique, dont la famille occupe un côté, tandis que l'étable et la basse-cour s'installent de l'autre.
Malheur à qui l'on déroberait un de ces charbons allumés pendant l'une des quatre grandes fêtes, et surtout un jour de l'an! Toutes les calamités pourraient fondre sur la maison : la première frapperait la vache et tarirait son lait. A cela il n'y a qu'un remède : consulter une voyante experte en contre-maléfices! Et Tony court malgré « Monsieur le recteur »!
Le sol est pauvre, épuisé, la vie est dure pour cette population courageuse, fière, hospitalière, tendre et généreuse, mais mélancolique « comme si le contact continuel des brumes et des vagues enveloppait son esprit de froid et de silence.
« Profondément religieux, les habitants hésitent à se plaindre et subissent avec une résignation extraordinaire les épreuves qu'ils croient envoyées par Dieu. Le rnahométan, courbé sous la volonté d'Allah, ne montre pas plus de soumission que ces simples chrétiens patients, industrieux, d'une frugalité inouïe, durs au travail et craignant Dieu. »
L'usage de la langue gaélique entretient leur patriotisme exclusif. Sur 3 736 000 habitants que renferme l'Ecosse, 232 000 parlent la langue celtique; 152 000 sont dans les Highlands et 80 000 dans les Hébrides ; l'anglais y est presque inconnu; « on n'y a pas d'Anglais », telle est l'expression consacrée.
Voici Iona, l'île des grands souvenirs, de ce moine de génie, hardi, impétueux, passionné, infatigable, ardent à conseiller, à prêcher, à punir, toujours prêt à braver les périls sur terre et sur mer, les brigands, les pirates, les païens, les fatigues, la faim, la soif, le froid, les veilles pour répandre la loi du Christ, âme qui fut, au sixième siècle, le grand foyer de lumière en Europe.
Staffa est l'île des merveilleuses beautés naturelles qui l'on fait surnommer « l'île des Colonnes ». Elle renferme la célèbre « Grotte de Pingal, la grotte mélodieuse », aux idéales cathédrales de basalte, tapissées de
MISS CONSTANCE GORDON CUMMING
mousses et de plantes marines, illuminées par l'écume étincelante des flots, et dont les orgues gigantesques vont éteindre au loin leurs grondements formidables.
Voici encore Saint-Kilda, le royaume des oiseaux de mer, royaume solitaire, à cent milles de Skye, amoncellement de roches abruptes qui dressent d'un jet leurs murailles granitiques, hautes de 1400 pieds, métamorphosées de mars à novembre en montagnes de neige, par une multitude inouïe d'oies de Soland, de canards eiders, de puffins, de pétrels et autres gens ailées, au plumage blanc immaculé, qui s'abattent en nuages tumultueux, avec des cris rauques et stridents et font la fortune des 19 familles (33 hommes et 44 femmes) qui peuplent l'île.
Les œufs, la chair, le duvet, l'huile, le guano, tout est précieux; plus de 20 000 oiseaux sont détruits chaque année et toujours leur nombre augmente ! Périlleuse est la vie du chasseur, et les longues cordes de cuir non tanné, auxquelles il se suspend le long des roches, sont si précieuses, qu'elles servent de dot aux jeunes filles!
Pas n'est besoin d'aller aux antipodes chercher des populations ignorant notre vie civilisée; les Hébrides sont plus proches et aussi curieuses. A Saint-Kilda, par exemple, les côtes sont si dangereuses, les tempêtes si fréquentes, que les navires ne s'aventurent pas volontiers dans ces parages. Environ quatre fois par an, des steamers apportent des denrées, des nouvelles, des journaux, peut-être quelques lettres, mais parfois on reste huit ou neuf mois sans communication avec le monde.
Un pasteurvraiment chrétien s'est dévoué à ce petit troupeau; il n'a encore été imité par aucun médecin. On conçoit facilement combien de coutumes originales doivent se perpétuer dans de telles conditions.
Miss Constance G«.rdou Cum uing.
La seconde expédition de la voyageuse contrasta singulièrement avec
la première. Rentrée depuis peu dans la maison paternelle, elle fut invitée par une sœur mariée à un officier dont le régiment se trouvait alors aux Indes, à la rejoindre au célèbre sanatorium de Simla, où les Européens, anémiés par les chaleurs torrides des plaines, vont chercher des forces nouvelles '. Aller contempler « les Portes du Ciel! » Quel rêvel
Miss Gordon*Cumming partit donc et faillit périr au port. Une tempête terrible rejeta le navire sur les côtes du Cornwall et la passagère, forcément retenue au rivage, mit le temps à profit en visitant les lieux encore lout imprégnés des souvenirs du roi Arthur et de la Table Ronde2. Le récit de ses excursions, de son second départ, de son séjour à Alexandrie et au Caire et de la traversée de la mer Rouge, devint la préface du voyage au pays des Rajahs.
L'Inde est une contrée si merveilleuse, tout y est si varié, races, langues, religions, mœurs, climats, costumes, aspects de la nature, que notre touriste ne pouvait souhaiterune plus belle occasion de satisfaire ses goûts d'artiste, d'exercer ses remarquables facultés de conteuse et de peintre.
Après un séjour à Calcutta, elle traversa leRengale rural, campant sous la tente, à l'ombre de ces étonnants banyans, dont chacun engendre une forêt. « J'ai dû, écrit-elle à sa sœur, aux antiques cités ruinées des semaines délicieuses d'exploration parmi les tombeaux, les temples et les palais autrefois centres de vie, aujourd'hui enfouis sous la forêt tropicale et conservant néanmoins la beauté pittoresque de leurs marbres sculptés, de leurs briques émaillées aux riches couleurs, de leurs colonnes exquises, de leurs images grotesques, de tous ces vestiges que la désolation qui les environne rend d'autant plus impressionnants. »
Elle nous fait assister sur les bords des fleuves sacrés, le Gange, la Jumma, aux solennités religieuses où se presse la multitude bigarrée. Puis on fait le douloureux pèlerinage des lieux que la rébellion de 18o" a rendus sacrés pour tout cœur anglais, Cawnpore, Lucknow, Delhi, théâtres de si épouvantables tortures, d'actes si héroïques.
Mais voici Agra! Le cœur oppressé se repose enfin, en contemplant le TajMahal, « ce poème en marbre immaculé comme la neige, si parfait dans ses proportions, si délicieux de forme, si simple et doux à l'œil et cependant
1 . In the Himalayasand the Indian Plains. Chatto and Windus, London.