Via Cornwall to Egypt
MISS CONSTANCE GORDON CUMMING. 18o
si riche de détails, qu'il ressemble plus à un rêve qu'à l'œuvre de mains humaines ».
Etrange monument d'un amour unique et immortel, sur cette terre du matérialisme et de la polygamie!
Delhi est aussi un lieu de délices pour l'artiste, avec ses colonnes, ses temples, ses palais aux splendeurs fabuleuses, mais hélas! mutilés parla guerre. Miss Gordon Cumming y mène une existence de gipsy qui la ravit, « explorant, dessinant, errant parmi les jardins déserts et les rochers, ou sur les plaines arides, presque toujours dans une solitude et un silence absolus ».
A Meerut, au contraire, c'est la foule, c'est le bruit d'une station militaire, des festivals hindous et mahométans. Dans la plaine immense d'Umballa, se déroule une scène dont la splendeur barbare fait rêver au magnifique Haroun al Raschid. Il s'agit d'un grand durbar, sorte de revue passée par le gouverneur général, lord Mayo, des troupes que lui amènent les chefs afghans. On n'imagine pas ce que le soleil fait scintiller d'or, d'argent, de pierreries, de broderies, de soieries éclatantes, sur les hommes, les chevaux, les éléphants, les chameaux, les harnais, les bannières et les armes; c'est un éblouissement!
Et pour toile de fond à ce décor magique, la chaîne de l'Himalaya, lés teintes bleuâtres et violacées des premiers plans, couronnées par les glaces éternelles qui resplendissent au soleil des Indes!
On est donc arrivé avec la voyageuse au but de son excursion, à cette station des montagnes qu'on ne peut atteindre en cinq jours démarche qu'à cheval ou en chaise à porteurs.
Si animé que soit le tableau de la vie mondaine à Simla, on peut lui préférer les courses dans la montagne, sur les sentiers toujours escarpés (car on n'y rencontre pas les belles vallées qui ailleurs varient la marche et reposent la vue du voyageur), ou bien les campements dans les magnifiques forêts de cèdres déodars, souvent au sein des brumes et des orages, en face des pics les plus hauts du globe et des murailles de glace qui séparent les Indes de la Tartarie chinoise; ou encore dans les villages aériens des Paharis, indépendants et rudes, probes quoique menteurs, et, comme tous les montagnards, passionnément attachés à leur pays. Grâce au yak, on peut monter jusqu'aux neiges éternelles, ce doux et précieux animal ayant le pied le plus sûr, l'estomac le plus complaisant, la force la plus résistante et fournissant le lait le plus riche qu'on connaisse.
Après six mois de cette existence si intéressante et si nouvelle, miss Gordon Cumming reprit le chemin des plaines et des bords du Gange. A Hardwar et Bénarès, les villes-reines, les cités de temples, les sanctuaires de l'idolâtrie, elle assista aux manifestations incessantes de ce culte élrange,
puis elle regagna Bombay et s'embarqua pour l'Angleterre. Quelle pénible impression de froid, d'atmosphère grise, de ciel sans soleil, de foules laides et déguenillées, elle éprouva! Ses yeux éblouis de couleur et de pittoresque eurent à refaire leur éducation occidentale.
Une année seulement s'était écoulée depuis son retour, lorsque miss Gordon Cumming reçut une nouvelle invitation qu'elle accepta aussitôt. Elle lui était faite par l'évêque de Colombo et lui ouvrait l'Éden! Car, s'il esl un site qui semble posséder le charme enchanteur, incomparable, paradisiaque du séjour de nos premiers parents, c'est assurément l'Ile de Ceylan, dont la voyageuse, qui a connu depuis les délices des Fidji et de Tahiti, ac peut néanmoins parler sans un ravissement attendri.
Deux heureuses années à Ceylan1, tel est le titre de l'ouvrage consacré à ses plus suaves souvenirs, à cette suite de tableaux qui essayent de représenter les richesses prodiguées à une nature presque sans rivale.
Sur la barque bien aménagée qui portait la touriste et ses hâtes, louvoyant dans les lagunes, remontant et redescendant les belles rivières si nombreuses de l'île, sous les voûtes d'une végétation féerique, émaillée de fleurs divines, elle visitait, profondément impressionnée, les ruine- des cités construites il y a 700 ans par les conquérants hindous : temples à mille colonnes, palais immenses, murailles cyclopéennes, statues gigantesques, sculptures innombrables, tantôt debout, tantôt couebées sur les mousses de la jungle; elle s'enfonçait sous les roches-sanctuaires rocktemples), en déchiffrant les inscriptions qui retracent l'histoire de rois, de saints et de pontifes autrefois puissants et généreux, contemplant des fresques encore brillantes sur la pierre, et puis encore et partout des sculptures ! Elle faisait l'ascension de ce pic d'Adam où notre premier père laissa, dit la légende, l'empreinte de son pied (un pied gigantesque), que l'on adore dans un temple d'une richesse fabuleuse, car il renferme une Autre relique, la plus sainte, la plus miraculeuse qui soit, une dent de Bouddha lui-même, dont les proportions (deux pouces de long !) font pendant au pied d'Adam ! On n'a pas assez d'or, d'argent, de pierreries, d'étoffes précieuses, de châles inestimables pour orner, décorer, envelopper ce Saint des S.iint-! Là, notre touriste cause de grandes craintes et court quelque danger4 cai ses crayons la suivent partout, et la pensée qu'elle peut reproduire l'im