Year's housekeeping in Soutfi Afrka
l'éloignement des unes et des autres empêche beaucoup de ses serviteurs de la suivre. Elle les préfère malgré leur ignorance, leur lenteur, leur paresse, la nécessité de leur répéter cent fois les mômes choses, aux prétentieux domestiques blancs de la colonie.
La seule punition qu'ils comprissent était l'amende, et dans ce cas ils étaient punis deux fois, car leurs pères, qui prennent tous leurs gages, les battaient par surcroît; aussi lady Barker se demandait-elle sur quoi ils pouvaient bien économiser le pécule sur lequel ils comptaient, en général au bout de quarante lunes, pour s'acheter le nombre nécessaire de femmes!
Les pauvres créatures n'ont pas un sort enviable; peut-être les épouses des Cafres chrétiens sont-elles traitées à peu près comme des êtres humains, mais celles des Cafres idolâtres ne sont que des bêtes de somme menées au bâton. Au point de vue du pittoresque pur et simple, lady Barker donne la préférence au mariage de ces dernières, car leurs samrs noires, en robes blanches et couronnes de fleurs d'oranger, sont peu réjouissantes à l'œil. Lady Barker assiste un jour avec intérêt au passage d'un cortège nuptial sans alliage de civilisation. Assise sous sa véranda, après le déjeuner, elle entend un bruit insolite et voit ses Cafres courir, en criant, vers la grille du chemin qui sépare sa résidence de la colline. Un chant monotone, avec accompagnement d'une sorte de grognement sourd, arrive jusqu'à elle et semble sortir d'un nuage de poussière. « Qu'est-ce donc, Maria? demande-t-elle à la jeune bonne de ses enfants. — Oh! ce n'est qu'un mariage de Cafres sauvages, milady, répond la jeune personne récemment civilisée. Voici les guerriers, et voilà ce qu'ils font quand ils n'en ont pas appris plus long ! »
Oui, les voilà; d'abord un corps de robustes guerriers vêtus de peaux, coiffés de plumes immenses, leurs membres agiles luisant comme de l'ébène, armés de boucliers et de zagaies, qu'ils brandissent en criant pai politesse : Inkosi (Anglais), quand ils passent en courant. C'est l'avantgarde, la fleur de la chevalerie cafre qui conduit la fille d'un chef à sa nouvelle demeure, dans son kraal de la montagne. Après eux viennent les parents de l'épousée, nombreux, mais sans la belle tenue des guerriers; vêtus sommairement, les uns de sacs, les autres de vieux habits militaires européens (la joie de tous les indigènes africains), d'autres enfin d'un double tablier, tous portant en guise de boucle d'oreille une petite tabatière faite d'un gland, d'une dent de chat-tigre, d'une chrysalide de grand papillon, d'une enveloppe de cartouche, ou de bien d'autres choses. Ils sont suivis d'une foule d'hommes d'aspect plus respectable, couronnés d'un cercle en métal, signe de situation aisée, les jambes nues, mais le corps drapé dans des couvertures aux vives couleurs. Au milieu d'eux est la pauvre fiancée, haletante, forcée de courir comme eux et qui semble de\ < >ir
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Homme et femme cafn
défaillir bien avant d'avoir fait les six milles qui la séparent encore du Lut.
C'est une grande et belle fille, au visage aimable malgré sa fatigue, vêtue d'une longue et gracieuse draperie brune, laissant les jambes libres pour faciliter la course. Elle porte au bras un petit bouclier de cuir brun et blanc; ses joues, son front et ses cbeveux sont coloriés d'argile rouge. Au passage elle semble jeter un regard d'envie sur l'embonpoint confortable et les jolis vêtements de Mlle Maria. Les jeunes filles cafres redoutent le mariage, qui n'est guère pour elles qu'un dur esclavage, rarement compensé par l'affection.
« Peut-être penserez-vous à vous marier aussi un de ces jours, dit lady Barker à «sa noire soubrette, et vous me quitterez.
— Non, non, répondit Maria, en secouant la tète; ça ne me plairait pas; il faudrait travailler beaucoup plus et personne ne serait bon pour moi. Et elle ajoute en aparté : Malia n'aimerait pas courir si vite que ça !
« Mais, poursuit-elle, je crois qu'ils mènent seulement cette jeune fille voir son nouveau kraal (village), car ils disent que la bière n'est pas encore prête ! »
Il est bien amusant de suivre lady Barker dans ses visites aux « kraals cafres », à la forêt vierge, aux séances de sorciers, les plus puissants personnages du pays; mais il nous faut maintenant la rejoindre dans l'Australie du Nord-Ouest, dont elle a parlé une des premières.
Il est dans le récit qui se déroule en Afrique un petit personnage très réjouissant, très spirituel : c'est maître Guy, le fils aîné de lady Barker, alors âgé d'environ cinq ans. Quand il en a treize, il fait ses études en Angleterre; pour le moment il n'a rien autre à faire que « de travailler dur, de jouer au cricket et devenir un homme, un bon Anglais qui fera honneur à son pays ». Sa mère qui, de l'île Maurice, a suivi son mari en Australie, lui adresse de charmantes lettres ', dont il est digne s'il a tenu les pronii-- de son enfance et qui peuvent intéresser des lecteurs beaucoup plus âgés que lui. Toutes les qualités sympathiques de lady Barker s'y retrouvent et par conséquent la couleur de rose y domine.
Arrivée à Perth, sa capitale, épuisée, n'en pouvant plus, la nouvelle gouvernante se remet de tout par une bonne nuit et la voilà aux prises a\ ec la grosse affaire de l'installation. « Government-House » est très jolie ; 1 es