‹ Les Grandes voyageusesChapitre 48 sur 52 · MADAME BURTON · texte numérisé non relu

MADAME BURTON

quand on a lu d'autres livres sur l'Orient, car sa manière de procéder est originale et. attrayante.

Lajournéedecet actif ménage commencée l'aurore. Deux repas; à celui

Salon d'uno maison do Damas.

de onze heures dumatin, table ouverte pour les amis et connaissances. Monsieur s'en va auconsulal, Madame s'occupe de sa maison, de ses gens, de se3

écuries et de ses bètcs, qu'elle aime fort. Elle jardine un peu, aide son mari, lit, écrit, apprend l'arabe, fait et reçoit des visites, étudie Damas, soigne les pauvres et les malades de son village et des envfrons, car elle ne demeure pas dans les ruelles étroites, humides l'hiver, empestées l'été, de sa chère ville. A son palais de marbre, grillé comme une prison, elle a préféré le village kurde, situé à un quart d'heure de Damas, en pleine campagne, en air pur, près des espaces où l'on peut lancer son cheval, un village haut perché, où les vues sont splendides, où le sol est sec, l'eau limpide, la vie tranquille et libre. Il est vrai que les maisons sont toutes de second ordre et les habitants réputés si insoumis aux lois, que les serviteurs refusent de sortir après la tombée du jour autrement qu'en groupe et armés et qu'il est impossible d'aller dîner en ville. Qu'importe! « Il s'agit, déclare Mme Durton, d'un mariage d'inclination et non de raison ! » Donc on a pris une maison ornée de balcons et de jalousies, bornée à droite par une mosquée, à gauche par un hammam pour femmes, derrière par les jardins. De l'autre côté de la route est une magnifique écurie pour douze chevaux, avec logis pour les grooms et un jardin que traverse la rivière. Dans la jolie cour intérieure, ombragée d'orangers, de citronniers, de jasmins, rafraîchie par sa fontaine de marbre, dans la jolie pièce surélevée, appelée Liwan, ouverte sur le patio, meublée de divans et de tapis, on reçoit quand il fait chaud ; car on a son jour à Damas, et c'est vraiment un jour, qui commence au lever du soleil et se continue jusqu'au soir, avec cette complication qu'il faut recevoir les hommes et les femmes séparément ! Les gens du pays arrivent dès l'aube et se plaignent amèrement si la maîtresse de la maison n'est pas prête. « Je suis venue trois fois à votre jour et je n'ai pas élé reçue, disait une dame fort indignée à Mme Burton. — Quand doncet comment se fait-il que je ne l'aie pas su ? — Mais je suis venue à l'aube, puis au lever du soleil el enfin à huit heures! » Mme Burton dut avouer que probablement elle n'avait pas encore fait une toilette digne de sa visiteuse. Les dignitaires de 1 r-li-c arrivent vers une heure; le corps des consuls, les autorités turques, les représentants des missions et des écoles dans l'après-midi ; tout le monde s'empresse de regagner Damas avant le coucher du soleil, excepté une amie trêsbrave, qui a déjà eu quelques aventures au retour. Toute la journée on apporte du café, de la limonade, des sorbets, des chibouques, fies narghilehs et des cigarettes. C'est une véritable science que L'étiquette des réceptions, la manière de saluer, de donner ou de ne pas donner la main, de présenter le café ou le narghileh, de s'avancer plus ou moins, selon le rang, etc., etc. Dans les premiers temps, le drogman se tenait près de Mme Burton et lui murmurait à l'oreille : un pas. deux pas, à la moitié du salon, la porte. Elle savait par ces indications ce qu'elle avait à faire et à dire.

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