‹ Les grands convertisChapitre 9 sur 11 · bjibid., I, p · texte numérisé non relu

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café », née de Rechen et appartenant à une vieille noblesse d'épée (i). Il ofFre à sa petite nièce la publicité du Gaulois : « Je connais,... écrit-il, des femmes savantes qui sont en même temps de charmantes femmes. Une entre toutes^ ma propre petite nièce. Cette jolie jeune fille — car elle est jolie, ce qui ne gâte rien — vient de passer d'une façon exceptionnellement brillante ses examens de licence es -sciences naturelles, elle va faire ses études de médecine et elle est restée néanmoins d'une simplicité,d'unemodestie,d'une grâce parfaites (2). » Ceci fîg-ure en première page, qu'on ne s'y trompe pas.

Bref, en lisant les œuvres de M.Coppée,on arrive à connaître de lui sa biographie complète, et cela sans qu'il ait écrit ses Mémoires. Il déclare d'ailleurs qu'il ne les écrira pas; sag^e résolution, car nous n'en avons plus besoin.

Cet amour de la mise en scène, si caractéristique chez notre brave homme, n'est pas sans influer sur ses vertus. Il se proclame humble et il fait de la réclame à son humilité. L'emblème qu'il choisit, sa violette, doit être assez grande pour qu'on la voie de l'Institut à la rue Oudinot. — Je suis un

(i) Longues el Brèves, pp. 201- (2) Gau/o/s, 17 septembre 1908.

M. COPPEE

ig-norant, je n'ai pas fait de rhétorique, — dit-il aux élèves du lycée Janson-de-Sailly, qui le voient vêtu de son habit à palmes vertes ; et il ajoute : — J'appartiens à l'Académie Française (i). — Il présida une distribution des prix à l'école primaire de Mandres (Seine-el-Oise). « Je ne suis qu'un immortel pour rire, un académicien », proclama-til (2). Oh! il ne se vante pas! mais il a soin de rappeler sa haute situation pour montrer combien il en conçoit peu d'orgueil. C'est de l'humilité mise au théâtre, de l'humilité ostentatoire.

On peut se demander même si sa préférence pour la charité comme panacée sociale ne procède pas aussi de la manie scénique. La charité qui soulage la misère fait de beaux g-estes aptes à la reproduction théâtrale, mais celle qui cherche à prévenir la misère n'est plus qu'hygiène, solidarité, philanthropie ou humanitarisme , une entité pédante, à sa place derrière la table du conférencier, non derrière la rampe.

Et gardons-nous de reprocher trop vivement ces travers au brave homme sentimental, car ils sont aussi nationaux que nationalistes; nous y sommes ( sujets vous et moi, chacun suivant sa mesure.

(i) A voix haute, p. 162. {2) Ibid., p. 171.

Au moment de passer à ce que pense M. Coppée, je vois que j'ai fait une division artificielle. Ce que pense M. Coppée ne diffère pas de ce qu'il sent.

L'opinion professée par lui au sujet de l'impôt sur les célibataires en sera une preuve entre mille. En 95 on propose de taxer les gens non mariés. Est-ce juste ou non, profitable ou non au budget? notre poète s'en inquiète peu, et il montre assez de mépris de l'argent pour qu'on ne puisse le soupçonner de regimber par pur intérêt. Il proteste cependant. 11 a un secret, qu'il g-arde à moitié, chose extraordinaire ! et en vertu duquel on montrerait de la cruauté à lui rappeler qu'il est vieux garçon. « Celui qui écrit ces lignes, nous dit-il, tout eng-ardant son secret... sent, au fond de son vieux cœur, se rouvrir et saig'ner une très ancienne cicatrice, et si l'impôt était voté, chaque quittance des contributions lui rappellerait un des plus gros chagrins

de sa vie (i). » Il fallait donc respecter la douleur d'un célibataire au profit de l'ëgoïsme de cent autres.

Si vous dites à M. Coppée qu'en cette conjoncture il fit preuve de peu de réflexion, lui-même renchérira sans doute en répondant : — Je réfléchis encore trop. Il ne faut suivre que l'instinct.

Voilà le trait le plus essentiel de sa philosophie. Quand il parle de ses deux chiennes Flora et Truffe, c'est bien pour nous les faire connaître, c'est aussi pour nous les donner en exemple. Il ne demande pas sans doute « qu'on marche à quatre pattes », mais il se plaint « d'un excès de culture intellectuelle ». L'intellig-ence nous empêche d'être bons. Le raisonnement justifie toutes les trahisons et toutes les lâchetés. « C'est par instinct au contraire qu'on accomplit presque toujours les devoirs essentiels (2)... 0 Les pauvres ig-norants et bienfaisants se trouvent ainsi placés avec Flora et Truff'e au-dessus des hommes d'étude et de pensée. Ils ont « dans leur âme ce calme moral que ne nous ont pas donné toutes les ressources de l'intelligence et qu'ils ont trouvé dans le simple exercice d'un ins-

(i) Mon Franc-Parler, III. (3) Mon Franc-Parler, I,

— L'impôt sur les célibataires, p. ïl\". p. 1 10.

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tinct... Le propre de l'instinct, c'est d'abord de ne pas raisonner et puis de ne se tromper jamais (i) >).

De tout cela on pourrait inférer ou bien que les anthropophages sont supérieurs aux membres de l'Institut en intellig'ence et en force de raisonnement, si l'anthropophag-ie est criminelle, ou bien que l'anthropophagie est une vertu, si les anthropophages obéissent à un instinct.

Cette philosophie convient d'ailleurs à merveille au brave homme tel que, nous l'avons défini. Pour lui tout est simple. La masse de l'humanité se composede braves gens comme lui. Ne raisonnons plus, ne cherchons pas les complications. Puisque nous sommes en réaUté d'accord sur le fond des choses, embrassons-nous et la question sociale sera résolue.

« La forme de l'Etat n'est rien, dit M. Coppée... Coupez dans le vieil arbre des Codes quelques branches pourries, » ce sera tout ce que vous pourrez faire. « Pourtant il existe une solution au problème, c'est l'amour (2). »

L'amour, on n'en saurait trop avoir évidemment, la difficulté peut-être est d'aimer. N'y a-t-il pas

(i) A voix haute, p. 63. (2) Mon Franc-Pcirler III,

pp. 247-248.

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dix-ueuf siècles déjà que le Christ a proclamé la loi d'amour? Tout le monde estime cette loi excellente. Où en sommes-nous cependant de son application ? M. Coppée réussira mieux que le Christ, espérons-le; en attendant, il n'a pas réussi à aimer la magistrature, les politiciens, les riches, ni les dreyfusards. Un amour est le plus souvent accompagné de haine, comme une lumière d'ombres.

Aux enfants qui demandent le moyen d'atteindre la lune on répond : — Rien de plus aisé. II suffît de prendre une échelle pourvu qu'elle soit assez longue. — Le brave homme nous fait une réponse pareille. Il croit résoudre une grosse difficulté par une autre non moins grosse ou par la même changée de nom. Chercher à réaliser le bonheur de l'humanité ou organiser l'amour universel, ^n'est-ce pas, au fond, un seul et même problème? Dire qu"'il faut s'aimer n'est qu'un cri du cœur. . U prouve la bonté de ceux qui le poussent, mais il i n'avance guère la question sociale dans son ensemble, et dans les cas particuliers il ne semble pas toujours suffire à faire la lumière.

L Vers la fin de 98 les ouvriers manquaient de tra- Fvail. M. Coppée, qui les aime, prit aussitôt leurs i intérêts.» Je" demande du travail pour les ouvriers,»

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s'écria-t-il sur un ton de commandement. La difficulté était de savoir quel travailleur donner. « Oh ! tout ce qu'on voudra!... N'importe quoi!... » reprend notre brave homme (i).

En 97, la récolte se trouva insuffisante. Aussitôt M. Coppée s'inquiéta de la situation. Que faire? Si on ne laissait pas entrer les céréales étrangères, le pain du pauvre allait renchérir. D'autre part, diminuer les droits sur les blés serait une mesure déplorable qui porterait un coup sensible à l'agriculture îrançaïse... Panemnosirum quotidianum... Quoi qu'il en fût, il nous fallait le pain quotidien. « Sinousnous aimions vraiment les uns les autres... nous l'aurions tous^ ce pain quotidien (2). » Et maintenant, voici vos débats tranchés, protectionnistes et libre-échangistes !

Le système de l'amour doit avoir a priori pour résultat de nous faire éviter les occasions de lutte violente, en particulier la politique. En effet, le brave homme ne s'occupe pas de politique. Il le proclame du moins et il se croit sincère. Il ne fait rien de plus que d'aimer la France d'abord et ensuite l'humanité. Pour lui les formes de gouvernement sont des « mystifications variées (3)». — « La

(i) Mon Franc-Parler, II, {2) La Bonne Souffrance, pp.

(3) Toute une jeunesse, p. 292

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monarchie, rdigarchie, ou la démocratie, dit M. Coppéc, tout cela est kif-kif (i). » — « Rimeur frivole, esprit superficiel, confcsse-t-il encore, je ne m'occupe pas de politique (2), et quatre pages plus loin il se met à parler politique pour ne plus s'arrêter.

Il propose la création de cours politiques dont voici le programme :

Mensonge et trahison.

Faux serments et palinodies.

Du cumul et des sinécures.

Corruption électorale.

Du trafic des décorations.

Un projet de Coup d'Etat (lecture du général J...).

Coups de Bourse et pots-de-vio (3).

Il blâme l'expédition du Tonkin. Nos pauvres petits soldats s'en vont là-bas mourir « comme mouches... bien qu'ils n'aient à protéger..., paraîtil, qu'une bande de fonctionnaires et peut-être aussi quelques marchands d'absinthe et tenanciers de maisons publiques (4) ». Les parlementaires lui sont en horreur. Leur troupe « est surtout composée, personne ne rignore,de vulgaires cabotins (5)». Ce n'est pas à dire « qu'il n'y ait point à la Cham-

(1) Mon Fr(inc-Parler,\). 1O9. (/() Ibid., p. iG

(2) Ibid., p. I. {^ Lonrjacs et Brcvcs, p. 49.

(3) Ibid., pp. 5-C.

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bre quelques hommes de franchise et de désintéressement. Mais comptez-les sur vos doigts ; vous n'aurez même pas besoin d'ouvrir les deux mains (i) ». Et il ne tarit pas sur Panama. Panama est le sujet du conte intitulé Une restitution (2). A Monte-Carlo il trouve Panama (3), Panama quand il rentre à Paris (4), Panama dans ses Contes tout simples (5), Panama Autour de la Coupole (6). Et pour célébrer La Fontaine il commence par gémir sur Panama (7).

Que riionnète brave homme s'indigne d'être gouverné par des voleurs, c'est assez naturel. Une idée non moins naturelle se présente : qu'il aille donc aider les députés loyaux et désintéressés à parfaire leur incomplète dizaine. Oh non! il refuse, il augmenterait, paraît-il, le nombre des autres députés... « Je n'irai pas, dit-il, grossir cette bande de parlementaires qui m'ont tout l'air d'être pourris jusqu'aux moelles... (8). » Et l'occasion est mise à profit par lui pour nous répéter qu'il ne veut pas de politique, qu'il n'y entend rien, mais que les autres n'y entendent pas davantage.

fi) Mon Franc-Parler, I, p. (5) P. G3.

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