‹ Les grands danseurs du roi (volume 2)Chapitre 4 sur 8 · SI · texte numérisé non relu

SI

«•'nsi que de l'écu de six livres , dit Pompée avec dignité.

— J'ai quelque chose de mieux à vous proposer, répondit iroidement le danseur; vous allez m'avancer la somme que vous vous êtes allouée pour votre part, plus , ce qui peut manquer sur la mienne, et, dans quelques jours, je vous rendrai les vingt pisloles, que vous aurez ainsi toutes pour vous.

— Ah çà ! mais , jeune acrobate , me prendriezvous, par hasard, pour un lombard?

— Il ne s'agit pas de cela; vous m'avez mis dans un afïreux embarras, je vous offre un moyen simple et facile de tout réparer.

— Mais, jeune homme, je ne comprends rien à votre susceptibilité; on vous met dans la main quatre-vingt-dix livres qui vous tombent du ciel, et vous appelez cela un embarras; puissent des désagrémenls pareils m'arriver souvent!

— Comment, monsieur, vous ne comprenez pas que je veux, sans une minute de retard, rendre l'argent à celte femme ; que je ne puis pas rester sous le coup de l'extorsion pratiquée sur elle en mon nom?

— Bien, bien; c'est du chevaleresque, répondit Pompée; mais je ne puis pas, mon Chérubin, vous aider à faire cette superbe action. La particulière d'hier soir m'a saigné à blanc : rien dans les mains, rien dans les poches! comme dit M. Jonas, l'escamoteur en renom ^.

} Ce Jonas était un prestidigitateur anglais alors fort à la mode ; on fit sur lui ce quatrain :

Quand Jonas se précipita Pour calmer la mer irritée , La baleine l'escamota :

». Celui-ci l'eut escamotée.

— hû —

— Mais, au contraire, vous paraissez bien fourni d'argent, objecta le danseur.

Pompée , iVappaiit ses poches pour montrer qu'elles sonnaient à vide, avait fait retentir le bruit (les écus qu'd portait sur lui.

— Ah! pour cet argent-là, minute! répondit litjcorruptible sergent ; c'est des fonds à Sa Majesté destinés pour faire le bonheur de son peuple à qui je m'en vais de ce pas en faire une distribution sur le quai de la Ferraille, et si le cœur vous en dit!...

— Ainsi, dit le danseur avec un accejit de colère étouffée, non content de m'avoir compromis de la plus ignoble fnanière, vous me refusez loute assistance; c'est bien, M. l'ompée , nous nous reverrons.

— A vos aises, répondit le sergent sans beaucoup s'inquiéter de la menace.

Puis, après avoir un instant regardé d'un air goguenard le pauvre Dupuis qui s'éloignait ;

— i^larche! vous autres, dit-il à deux tambours et à un litre qui, suivis d'un mulàire bizarrement accoutré et portaFït un drapeau, formaient l'enseigne de la boutique de chair humaine que ce garnement allait ouvrir pour le service du roi.

— Oï —

Ce <jue c'est que le cœur de rhomme. — Les ressources et expédieuts de Dupuis.

Il n'est pas un honime de cœur qui ne se rende facilement compte de la situation d'esprit de Dupuis, au moment où ii se sépara de l'astucieux sergent. ^otre amour-propre a cela de particulier, qu'il tient surtout à Topiniondes gens auxquels nous voulons du mal ; paraître à son désavantage devant un ami, on s'en console; c'est une poignante douleur s'il est question d'un ennemi.

Et puis, il y a ennemis et ennemis ; et des ennemis l;iits comme cette séduisante marquise, des ennemis qu'on déteste parce que peut-être on les aime, et qui n'auraient qu'à dire un mot pour clianger en un dévouement absolu ce qu'on se figure être une mortelle haine; ceux-là par-dessus tout, font votre souci, et songer que, dans leur estime, on a subi un grave échec, est-il rien de plus douloureux?

Aussi Dupuis n'avait-il qu'une pensée : se procurer les deux cents livres, et, dans la matinée même, les renvoyer à madame de Flavacourt ; c'était là pour lui, à ce qu'il lui senjblait, un devoir, une nécessité d'hoimeur, et, la question ainsi posée, il n'était pas de sacrifice auquel il ne fût d'avance décidé pour en trouver la solution.

Vivant beaucoup seul et fort retiré sur lui-même,

notre héros évitait surtout avec soin la (Véquetjtaliori des artistes ses collègues; loin donc d'avoir parmi eux un ami auquel il put aller s'adresser en ce besoin pressant, ce qu'il aurait trouvé facilement Jans la Iroupe où. sa supériorité le faisait beaucoup jalouser, c'eût été la commodité d'un coup de main pour l'aider à quelque bonne chute du haut de sa corde avec chance de se rompre le cou.

Recourir à Nicolet et lui demander assistance, L-'élait un rêve; de sa vie, Nicolet n'avait payé avant (Je devoir ; on obtenait de lui, pl.us qu'on n'en voulait, des retards; mais des avances, jamais. D'ailleurs, au point où la rupture du mariage les avait mis ensemble, Dupuis pouvait-il, sans se manquer à lui-même, venir réclamer un service de cet Arabe, quand même, à l'opposé du portrait que nous en faisons, il se serait trouvé le directeur le plus facile et le plus généreux?

Toutefois, d'un mariage rompu à un mariage re- [)0ué, la dislance est souvent si peu de chose, qu'en pensant à ce qu'il avait défait la veille, une ressource, bien désespérée, bien extrême, mais une 'essource enfin assez praticable, se présenta à l'es- }rit du pauvre garçon.

Qu'on ne discute pas ce parti qu'il prit : il était ibsurde, nous en convenons. Ne point épouser hier, )arce qu'on ne s'y sent point de goût, et que surout on prétend garder la liberté de ses allures avec me femme que l'on hait et dont on veut avoir ven- ;eance ; puis, le lendemain, vouloir épouser parce |ue l'on tient à l'opinion de celte femme plus qu'au tonheur de sa vie entière, cela ne supporte pas le aisonnement, et prouve simplement dans le maleureux jeune homme la domination d'une idée fixe t le dernier aveuglement de la passion.

Il y a mieux, brusquée, laite satis préparation, ^sans intermédiaire, cette démarche, aynnl pour but de replâtrer les choses, ne pouvait aboutir à rien. On fut nalurellcnient étonné de l'air aflairé que le revenant apportait à celte résurrection de sa bonne volonté matrimoniale. On ne manqua pas de rciuarquer, qu'ordinairement insouciant et facile dans les questions d'intérêt, il s'occupait avec une extrême curiosité du moment où lui serait comptée la dot; bref, quelque chose de si extraordinaire .parut dans toute sa personne, qu'à le voir ainsi amendé et pressé d'en finir, les Nicolet eurent l'idée que la concurrence Audinot avait cessé d'être menaçante pour eux; en conséquence, ils éconduisirent le triste garçon d'une façon fort peu obligeante, et il en fut pour ses humiliantes avance^i. qui ne changèrent rien h sa situation.

Dans le cercle fort étroit de relations où il bo débattait, Dupuis devait naturellement revenir sur .sa piste, et les jNicolet lui manquant, sa pen^é' se reporta vers l'auteur de tout le mal, le traili Pompée !

Il venait de le voir cousu d'argent, et tout engoguenardant, ce méchant homme avait insiimé ui njoyen d'en tirer de lui.

On se souvient d'ailleurs que le beau danseur avait toujours eu un certain entraînement pour la carrière des armes ; et, depuis que sa profession l'avait exposé à l'affront de ne pouvoir décider un homme à se couper la gorgo avec lui, il avait achevé de prendre sa vie de bohème et la danse de corde en dégoût.

Tout cela fit que, de désespoir, il s'achemina vers le quai de la Ferraille, et c'est encore une fois l'occasion de remarquer l'inconséquence des ac-

lions huinairies et la diversité bizarre des délerininations selon le venl des circonstances. Ce fou n'avait pas voulu, le jour précédent, enchaîner sa vie à une cliarniante lille qui se donnait à lui de tout son cœur et de toute son âme ; et, rnaintenanl, quand il vcnnit d'avoir un si bel écfjanlillon des inœurs militaires, il allait se vendre à un brûlai de sergent qu'il avait gravement insulté, et qui, le teisant une (ois sous sa dépendance, poiirrait le lui revaloir et lui faire essuyer mille avanies.

A cela Du puis avait une réponse : au besoin il \ous aurait dit qu'avec un peu de patience il comptait arriver à devenir l'égal de Pompée, et, ce moment venu, ce ne serait pas pour lui une petite salisfaclion que de pouvoir se faire rendre raison j)ar cet homme; mais était-ce bien là le vrai motif de sa détermination? et ne sait-on pas bien quel en était le fond?

Fort bourrelé de toutes ces idées, ainsi qu'on se le figure, le danseur arriva à deux pas du Forl'ÉvêqUe ; c'était près de cette prison que M. le racoleur [)Our les gardes françaises tenait son bureau.

Dans le moment, placé sur une manière d'estrade, ayant autour de Itii sa musique, son mulâtre et son drapeau, le sergent faisait un discours à un groupe assez nouibreux composé de marmitons, d'ouvriers, (le gens de campagne et de quelques compères à quinze sous par jour pour commenter ses paroles et rendre l'enthousiasme contagieux.

Qu'on ne se persuade pas que Pompée fût occupé à refaire l'histoire de V Eldorado j «t ce riant pays d'outre-mer, où les rues sont pavées de pierres précieuses, où chaque soldat a un nègre pour lui porter son fusil, et à discrétion toutes lés négresses tX tous les vins de l'univers; exception faite pour-

lantduviiide Bourgogne, vu qu'il ne supporte point la traversée. »

Toutes ces bourdes étaient bonnes pour les recruteurs de la marine, et l'agent de MM. les gardes françaises entendait autrement l'éloquence et le compelle intrare.

Sa parole était grave et élevée, et, développant l'idée depuis résumée par Louis XVIII, dans ce fameux bâton de maréchal de France que chaque conscrit est censé porter dans sa giberne, il faisait à son auditoire l'histoire de «M.deFabert, fils d'un imprimeur de Metz, et passé maréchal sous feu Sa Majesté Louis XIV, et celle de François de Chevert, fils du bedeau de la cathédrale de Verdun, devenu lieutenant général des armées du roi, et enterré à Saint-Euslache, où, à preuve, on pouvait voir son tombeau. »

Encouragés par de si beaux exemples de fortune militaire, quelques badauds de l'auditoire se détachèrent et vinrent s'offrir à l'enrôlement , mais aucun ne se trouva de taille ou de tournure à pouvoir être accueilli. Voyant qu'il avait ainsi fourvoyé son éloquence, Pompée, d'assez mauvaise humeur, rentra dans son bureau ; et autant en vue de se refaire la voix pour une autre séance, qu'alin de noyer son souci, il était occupé à goûter d'un clairet qui servait à la signature et perfection des contrats, lorsqu'il vit paraître Dupuis.

(^uand même, précédemment, ils n'eussent pas eu quelques mots ensemble, dans son prétoire et dans l'exercice de ses fonctions. Pompée n'aurait pas reçu le danseur avec sa familiarité accoutumée. Son abord fut donc sérieux et digne, et ce fut d'un ton à faire à peine supposer entre eux quelque connaissance, qu'il demanda à l'acrobate l'objet de sa visite.

— Combien donne le roi pour s'enrôler à son service? (lit Dupuis sans plus de préambule.

— (^cst selon, dit le sergent, nous avons des prix selon les sujets ; mais, pour un garçon taillé comme vous, nous irions bien jusqu'à cinquante livres; tenez, même jusqu'à soixante, à cause que l'on vous connaît.

— Soixante et quatre-vingt-dix, pensa tout haut le danseur, cela ne fait pas deux cents livres.

— Ah çà ! vous tenez donc toujours à voire idée? demanda Pompée d'un ton plus amical ; je ne vous approuve pas, jeune homme, mais pourtant je vous admire, et avec de pareils raffinements sur la délicatesse, on est fait pour la noble carrière de l'honneur, et je vous y prédis des succès.

— ()ue je devienne seulement sergent comme vous, répondit Dupuis d'un air significatif, et je me tiendrai pour satisfait.

— l^e grade est joli, repartit Pompée, et alors nous pourrions en découdre, car je vois bien votre idée.

— Si vous me comprenez, vous devriez rn'aplanir l'entrée; nous ne sommes qu'à cinquante livres de différence, cela ne peut-il s'arranger?

— Pour l'espoir de faire un de ces jours voire partie, répondit Pompée en galant spadassin, voilà ce que j'imagine. Vous avez neuf pisloles, une que je vous redois sur la contribution de la marquise, plus un écu de six livres que vous m'avez obligeamment prêté; total, cent six livres.

— Très-bien, repartit Dupuis, mais de là à la somme dont j'aurais besoin...

— Laissez donc, continua Pompée, à cent six j'ajrrute soixante livres pour votre engagement; reste alors trente-quatre que je prends sur moi de

vous avancer, et que vous solderez à votre temps sur voire paye. Je ne suis pas sans courir quelque risque à puiser ainsi dans ma caisse, mais le maréchal est coularU pour les beaux hommes, et puis, le militaire français est ainsi lait, et il suffit que vous croyiez avoir à vous plaindre de moi, pour que je ne regarde à rien en vue de vous obliger.

— Et vous me donnez aussitôt cetargent? demanda vivement Du puis.

— A l'heure même, et après seulement que vous m'aurez fait une petite reconnaissance des trentequatre livres, et signé le papier que voici.

Dupuis ne s'arrêta point à ce qu'avait d'étrange ce marché, qui le constituait encore débiteur du rusé sergent, quand il lui aliénait une si énorme chose que sa liberté. L'argent compté, il signa la reconnaissance et l'acte d'engagement qui lui étaient présentés.

— Maintenant, dit Pompée , vous avez à vous la journée pour jouir de la vie civile : ("ailes vos adieux à parents, amis, connaissances et maîtresses, et demain malin soyons de bonne heure à la caserne, si nous ne voulons pas avoir de démêlé avec la maréchaussée.

Aussitôt Dupuis sortit du comptoir de la traite, et pour le lendemain, il n'y pensait guère, il ne pensait qu'au moment présent.

De la visite que Diipuis fil chez la marquise.

Avoir l'argent, c'était bien ; mais pour le restituer, il fallait arriver jusqu'à la belle marquise, et comment s'y prendre?

L'expédient d'une lettre vint d'abord à l'esprit dé Dupus, et même écrire lui aurait convenu plus que tout le resic, parce que sous celte l'orme il se sera.t senti plus à l'aise {)our donner à sa démarche une certaine sdennilé de paroles et de sentiments qu'elle lui paraissait lomporler.

D'un autre côté , l'idée de revoir sa grande dame et de pouvoir lui témoigner en face quelque lierlé avait bien aussi son attrait ; enfin , faute d'avoir un homme à charger d'une commission si délicate. Favenlureux jeune homme résolut de la prendre à son compLe, et après quelques soins dotmés à sa toilette pour la chance seulement, prélendait-il. d'être un peu plus poliment reçu des valets, il se dirigea vers Thôiel Flavacourt ; chemin faisant, il eut bitn regret de n'avoir pas songé à savoir de Pompée le moyen dont ce fin renard s'était servi la veille pour être introduit.

Arrivé à la porte, le douloureux garçon se senlit saisi d'un terrible battement de cœur, et il ne tint à rien qu'il ne retournât sur ses pas.

Cependant, s'élant fait honte à lui-même de son peu de courage, il dépassa le seuil et se trouva bien-

tôt face à face avec le cerbère, que le cachet rouge de Pompée avait si merveilleusement apprivoisé.

Pour Dupuis, ce qui le sauva, ce fut sa bonne mine et un air naturel de noblesse auxquels les gens de service ne manquent jamais de se montrer bien sensibles, surtout quand il est relevé parla propreté du costume et par des manières un peu déférentes, sans aller toutefois jusqu'à la gaucherie et à l'embarras.

Toutes ces conditions se rencontrant là réunies, le suisse le laissa passer comme pouvant être pris sans aucune invraisemblance pour une connaissance de sa maîtresse, et bientôt Dupuis se trouva en présence de l'introducteur du second degré.

Celui-ci avait plus de flair et de coup d'œil, en sorte que le danseur fut d'abord éventé comme n'étant pas un homme de la société de la marquise, el que I on dut introduire d'emblée.

Sommé de dire son nom et le sujet de sa visite, Dupuis eut heureusement le secours d'une assez adroite inspiration ; il répondit que son nom n'aurait aucun sens pour madame de Flavacourt, mais qu'il lui apportait de l'argent.

En tout lieu du monde, cette raison de vouloir être reçu est toujours assez accueillie; ici, soutenue d'un petit mensonge, elle détermina le succès.

— Est-ce de la part du notaire de madame? demanda le laquais qui prit l'acrobate pour quelque clerc ou homme d'affaires, Dupuis ayant le bon goût d'affectionner dans ses vêlements les couleurs sévères, comme moins dénoncialriccs de sa profession.

— Oui, de la part du notaire de madame, répondit le danseur, qui ne faisait que la moitié du mensonge, puisque l'autre le lui avait soufflé.

— C'est bien! ilit alors le laquais, je m'en vais \aus conduire à M. rinlciiflarit.

Voilà Uupuis bien chanceux, et une belle partie (ju'on lui proposait là de lui faire voir la figure de cet intendant.

Par bonheur, en développant cette idée de notariat qui lui avait été si oflicieusement inspirée, il Trouva à parer le coup.

— Indépendamment de l'argent que j'apjjorle, !t'pondit-il, j'ai uiiesignalure à demander à madame la marquise, c'est pour uii acte qui presse, et s'il tant passer par votre filière d'inlendaiils , aulanl dire l'afTairc nianquée.

— Kntrez donc par ici, dit le laquais au prétendu clerc en lui donnant accès dans l'anlichambre, et, un inslanl plus tard, après avoir été prendre les ordres de sa maîtresse, il ouvrait la porte du boudoir que nous connaissons déjà.

On remarquera qu'à l'introduction de Dupuis, qui était censé venir de la part d'un tabellioii, les gens «Je la marquise mirent beaucoup moins de cérémom'al qu'il ne s'en était fait pour l'envoyé prélendu de M. le maréchal duc de Biron, le digne M. Pompée.

Contre l'usage des grands seigneurs d'alors, madame de Flavacourt s'était monirée facile à donner celle signature que l'on voulait d'elle , |)arce qu'à l'inslant précis où l'on venait lui lémoigner celle aml)ilion, elle se trouvait la plume à la main; elle était alors occupée à li.iir une lellre pour son amie la <luchesse, ce le chez la:]uelli' s'éiail pissée sa pâmoison, lors des révclacio.is de la miré li;de.

Le su,et de s:)n épilre l'intcressail fort ; c*é:ait l'éclatante justification de son mari do. il elle taisait l'histoire. Lors doue que Dupuis entra, elle ne leva

pas les yeux de dessus so quela figure d'un clerc, ell assez bien ce que cela poi

— Je suis à vous, nio avec affabiliîé. Asseyez-vc

Dupuis ne profita pas d il trouva son compte à de celle position, planant s temps qu'elle le fit attend de sculpteur à considérei son cou de cygjie. que n lief son attitude penchée

La lettre achevée , poi cliente de Dupuis se souvi celui-ci , et daignatit jele

— Que faut-il donc qu( sans l'avoir reconnu.

— Avant tout, madam voix qui aurait pu élre m gent à vous remettre.

Celle voix , celte émoi tenlion de la marquise, d( et pénélranl; cependant, de son lait :

— 3Iais je ne reçois pa il faut ijorter cela au man

— Le nommé Dupuis. en eiîet, répéla ;ivec amertume, celui qui sriute devant h

— Eh bien ! que voulez-vous encore?]' lautre jour voire «lif^ne acolyte que je ne sais pas de prendre rhal)ilude de vos vi; siennes; j'ai même donne ce qu'il ma pour que vous voulussiez bien m'en d l'avenir; que signifie donc un peu cetl obsession?

— Celui que vous a|)pelez mon acol>tc Dupuis en moililiant quelque petite cliu l'ilé, est un misérable qui, abusant d'un î m'avait suipn's, est veim pratiquer ici en une exaction infâme; il a levé sur vous u bulion que vous avez eu la patience d( viens, madame, vous l'aire la reslitiiiioîi, si ma prol'ession est mé{)risable, ce n'e: raison pour que je veuille l'être aussi.

(]ela dit, il tiia de sa poche la sonnne < six livrer, très-proprement arrangée en ui et la déposa sur la table à écrire.

Madame de Flavacourt le regarda fair certain étoimcment, car la fermeté de cet

— iJO —

fait merveilles en saisissant celte occasioi) d'exposer ses anciens griefs.

Mais ce souvenir fut loin de plaire à la marquise ; il lui parut même impliquer pour une démarche , dont elle était disposée à mieux juger d'abord , une inlerprélation fort peu honorable; s'animant donc sous celle pensée :

— J'ai déjà dit à l'homme que vous m'avez envojé, reprit-elle, que si j'entendais encore parler de lui ou de vous, j'aurais recours à une lettre de cacfjct; ainsi, cro}ez~moi , brisons là , reprenez votre rouleau, et sortez d'ici,

— Je sortirai , répondit Dupuis , car Je n'ai pas le droit , dans le rôle humiliant que l'on m'a fait auprès de vous , de vouloir vous imposer ma présence ; mais, pour l'argent, je le laisse, il est à vous.

— Je vous dis que je vous l'ai donné , répliqua la marquise en frappant du pied, et d'ailleurs, croyez-vous que je sois dupe de votre désintéressement, qui est tout simplement un prétexte de vous reiiionirer chez moi ?

— (!e()endant. si je me retire et n'emporte rien, il faudra bien croire que ma démarche avait le but que je vous ai dit.

— Habile homme! il ne fallait pas commencer par en disposer, de la somme , avant de me la rapporter.

— En disposer? fit Dupuis avec étonnement , car il ne comprenait pas où allait l'idée de la marquise.

— Eh oui ! sans dou!e, en disposer, répondit madafne de Flavacourl. Kstce que jt; paye les gens en écus. moi. coinme mes fermiers Z J'ai donné de l'or à cç soldat, vous a\ez commencé par en faire sans

iloule quelque débauche, et puis, pour revenir, sous un prélcxle honnêle, me faire une nouvelle visite, vous vous serez procuré celle belle monnaie, que peut-être seulement vous avez empruntée en vue de la spéculation nouvelle que vous avez arrangée sur moi.

Une vive rougeur couvrit le visage de Dupuîs quand il entendit celle accusation , qui , toute subtile qu'elle était, ne manquait pas de vraisemblance, et il maudit, à part lui, son peu de prévision et de prudence, car , de toute façon, il eût été plus convenable de se procurer de l'or , et de ne pas venir faire sa restilulion en la manière d'un fermier, comme le lui avait dit si aristocraliquement la marquise. Ne pouvant pas toutefois rester sous le poids «l'une inculpation qui annulait pour lui lout le résultat d'un grand sacrifice :

— Vous avez tort , madame, dit-il , de faire fi de cet argent; il est noble; c'est de l'argent du roi.

— Oue voulez-vous dire avec votre argent du roi?

— Cela signifie que l'homme d'hier recrute pour Sa Majesté, et c'est des deniers royaux que ce rouleau a été formé.

— Vous éles bien sot de me faire cette confidence, répliqua aigrement la marquise, abondant toujours dans son idée; elle prouve que ce militaire, qui puise ainsi dans sa caisse, est un maître fripon, et vous...

— Et moi , je suis sa victime , interrompit vivement Dupuis; le misérable avait dépensé ce qu'il vous avait soustrait, et comme, à lout prix, madame, il fallait vous le rendre, je me suis vendu.

— Vous vous clés fait soldat? demanda la marquise avec un ton de surprise qui n'avait plus rien de désobligeant.

— Oui , madame ; je ne sauferai plus devant le roi j je me battrai pour iui.

— Mais quelle lolie ! dit madame de Flavacourl de plus en plus adoucie, était-il besoin de recourir à une pareille extrcntilé Z

— A'ou> me méprisiez bien assez comme cela . pour une chose qui n'éiait ni de mon fait, ni de ma volonté, sans que, par une inlamie où j'eusse eu l'apparence de participer, j'achevasse de m'avilira vos veux.

— Mais vous ne serez pas soldat, dit la marquise avec vivacité; se l'aire soldat, un si dur métier... à cause de moi... Je ne le veux pas, monsieur; votre engagement n'aura pas de suite... Encore si c'était pour être ofTicicr !

— Peut-être le deviendrai-je, répondit Dupuis d'un air d'assurance, qui pourtant ne manquait pas de modestie.

— Ofïicier î Pauvre garçon! ce n'est pas sans doute la bravoure qui vous manquera , car ce quf' •VOUS venez (Je faire est d'un noble cœur, dit la belle italienne d'un accent à montrer combien elle était touchée; niais que sert la bravoure, sans la naissance ?

— J'y aurai sans doute un peu plus de peine qu'un aulre, mais enlin il n'est pas sans exemple gu!un roturier...

— Oui, un sur mille, fit la marquise en l'inleirompant ; je vous dis que c'est insensé, et qu'il laul absolument que vous vous rachetiez. Conibien cela peul-il coûter, un congé?

— Moi... prendre de vous?... dit Dupuis sans achever.

— C'est juste! jamais vous ne voudriez ; mais je sais un autre moyen : je vais écrire à M. le maréchal

de Biroii ; je le connais beaucoup, et très-cerlaineinenl il ne me refusera pas de vous libérer. il X — De grâce, madame, n'en failes rien ; je n'ac- '! ceplcrais pas celle faveur, quand même 31. le ma- , réchal me l'accorderait.

i — Parce qu'elle vous serait venue à ma recom-

t mandalion , n'est il |)as vrai? dcminda la marquise

î d'un lor» de reproche. Ah! vous êtes rancunier,

M. Hupuis, et il ne lait pas hou vous offenser,

isi peu de réflexion et de volonté que l'on y ait mis. — Ainsi donc, vous ne me méprisez pas autant e que j'ai pu le croire? demanda le danseur, que ' celle espèce de lointaine justification apaisa un peu.

— Moi , vous mépriser! repartit madame de Fla- , vacourt, quand vous failes paraître une si louable ! délicatesse de sentiments !

— iVlon Dieu, j'ai peut-être lort de me montrer i' aussi susceptible, dit alors le danseur; mais ma ; prof( ssion m'expose à tant de dédains, et vous aviez i si bien Tair de me jeter à la face de votre mari

comme le dernier des hommes!

— Mais n'avez-vous donc pas vu qu'en ce mo- ' inenl j'étais folle? Allons, je vais écrire, n'est-il pas I vrai ?

f — Vous pourriez toujours le faire, même quand je m'y opposerais , répondit Dupuis assez jésuitiquemenl.

— Kl puis, il faudra revenir nous voir, ajouta la marquise, croyant achever de bien faire sa paix. Je veux conler à mon liiàri votre belle conduite, et nous lâclierons de vous trouver une position un peu meilleure que celle où vous regrettez d'élre aujourd'hui.

Celte promesse de mettre le marquis de moitié rïans la protection qui lui était offerle ne fut pas, k

ce qu'il parait, du goût de Dupuis, car, à l'inslanl même, il se rembrunit considérablement, et se mettant en devoir de sortir :

— J'ai bien des excuses à faire à madame la marquise, dit-il d'un ton sec et pincé, pour l'avoir importunée si longtemps.

Madame de Flavacourt , qui s'était déjà installée devant son écritoire, ne fut pas frappée de la nuance d'amertume qu'elle aurait cependant bien pu remarquer dans la manière dont le danseur prenait congé d'elle; loin de là, continuant de lui vouloir étijf parfaitement bonne et gracieuse :

— Sans rancune au moins, lui dit-elle de sa voix la plus douce.

Et elle a!la jusqu'à lui tendre sa belle main.

Dupuis fit involonlairement quelques pas pour profiler de celle faveur insigne ; mais calculant rapidement qu'au fond elle élait d'une profonde insignifiance, il s'arrêta tout court, s'inclina respectueuseinent d'un air de Domine , non sum dignus^ et sortit aussitôt de l'apparlement.

D'nne autre visite que reçut la marquise et des édifianles choses qu'elle y apprit.

Madame de Flavacourt venait d'écrire au colonel des gardes françaises une lettre un peu plus réelle que celle qu'elle était censée avoir reçue de lui la

veille , et elle était en train de donner à l'un de se« gens Tordre de la porler incontinent, quand elle fut avisée dune aulre visite qui lui arrivait, et que rien ne devait lui faire espérer.

— Toute belle , lui dit en entrant la maréchale, si prestement éconduite la surveille, je dois vous paraître un peu bien sans cœur de revenir après votre procédé de l'autre jour; mais je ne vous en veux pas ; je n'en veux jamais aux nerfs ; et puis , il faut que je vous le dise, j'apprends que vous êtes dupée de la façon la plus monstrueuse...

— Pardon, madame la maréchale, interrompit la marquise d'un ton grave et péremptoire, j'ai déjà eu beaucoup à souffrir des révélations spontanées que vous avez bien voulu me faire, et dont il ne me convient pas de discuter le désintéressement et la bonne intention. Quoi qu'il en soit, sur leur valeur et sur leur bien informé, je me suis fait une opinion ; j'aurais grafid'peine à en revenir, et même je désire ne point y être inquiétée.

— Je sais tout cela, repartit la maréchale ; que vous êtes sous un charme, que je suis, moi, véhémentement soupçonnée d'être une Puliphar haletante à la poursuite de votre Joseph de mari ; je sais même qu'il a un dossier, des pièces juslilicatives à l'appui de ses dires, et qu'enfin Gerbier ' lui-même ne plaiderait pas une affaire avec plus d'éloquence et de succès.

— Puisque vous savez tant de choses, madame, permettez-moi de vous dire que votre prodigieuse persévérance a quelque chose de bien courageux.

— Mon Dieu, ma toute bonne, que vous êtes bien

1 Célèbre avocat du temps.

prise, et quelle belle calaracle il vous a plantée sur les yeux !

— Justement! reprit vivement la marquise, on dit que les aveugles sont les plus heureuses gens du monde, et les méchanls les plus à plaindre, surtout quand ils ne réussissent pas dans leur méchanceté.

— Tout ceci , c'est de l'esprit, repartit la maréchale sans s'émouvoir; mais une simple preuve en fera justice : connaissez-vous cette écriture?

El la dcnoncialrice présenta un billet à la marquise.

— L'écriture de mon mari ! fit celle-ci avec émotion.

La suscription portait : A Mademoiselle Carline de la Comédie itaUe^me.

— Maintenant, continua la maréchale, veuillez écouter.

«t Ma frélillanle colombine, ta lettre a fait merveille, et tout le mal est réparé. Jamais ma romanesque de femme n'a eu plus de confiance en ma fidélité; et ta charmante inspiration de m'écrira comme si je te faisais languir après ma présence n'a plus même laisse planer une ombre sur ma vertu. Ainsi cette coche de maréchale (ici la maréchale s'interron»pit pour faire valoir le bon goût de l'expression), ainsi cette coche de maréchale en sera pour ses Irais de langue, et notre charmant petit commerce ne se verra point dérangé. Seulement il faul, pour les premiers jours, y mettre un peu de réserve; en conséquence, demain je ne le verrai point, ni dimanche; mais, lundi, lu me donnes à souper. Tu es tout adorable dans les Forces de l'Amour et de In 3Iogie ; ton costume.

^ommc ton jeu, osl \o plus coquet et le plus galanl du rnorifle. À lundi donc, chérie : on liquidera l'ar- •riéré. »

— Eh bien ! que vous en semble? se contenta de <leniandcr la maréchale après avoir lu.

Presque jamais le même malheur, venant à se reproduire, ne nous impressionne de la même manière, (lelle (ois, la marquise ne s'était pas trouvée mal ; au contraire, elle nvait écouté avec une Iran- ■quillité sombre celle révélation nouvelle, à laqtielle on peut dire que ne manquait aucune façon. I.a lecture achevée, elle prit le billet dos mains de la maréchale, alin apparemment de bien constater l'identité de l'écrilure; puis, comme si elle eut •trouvé quelque consolation dans une querelle avec «elle qui la torturait si victorieusement :

— Mais ce billet, dit-elle, madame la maréchale, il est bien étrange qu'il se trouve en votre possession.

— Pas si étrange, car c'est bien vingt-cinq beaux louis qu'il mVn a coûté pour me le procurer. Du reste, j'élais piquée au jeu; votre mari allait partout se vantant de la manière dont il vous avait tranquillisée, en me noircissant charitablement dans votre esprit; et la femme de chambre de celte histrioiie eût demandé, pour me livrer la lettre, cent louis au lieu de vingt-cinq, que je les eusse donnés sans Y avoir regret.

— Lïime d'un laquais "est moiiis vile, disait cependanl la marquise, en marchant à pas précijjités dans l'appartement. Pris en flagrant délit, il ment encore; mais il n'organise pjs d'avance tout un système de déception.

— Voilà les hommes, reprit philosophiquement

la maréchale, se croyant tout permis pour nous tromper, tandis que nous, aux représailles les plus sous la main et les plus méritées, nous avons des scrupules et des hésilalions infinies.

— Oh ! que non, certes, je n'hésiterai pas? s'écria impétueusement la marquise. 11 a \oulu se jouer à moi ; mais la vengeance que le hasard a mise sous ma main, il la boira !

— Allons donc! ma charmante, dit l'ennemie intime du marquis, vous y venez ; je savais Lien que vous finiriez par comprendre que le magnifique et enivrant hommage d'un royal amant...

— Qui? le roi? fit dédaigneusement madame de Flavacourt, j'ai mieux que cela.

— iMieux que le roi? dit à son tour la maréchale. Je ne vois guère alors que Dieu le père pour mettre dans voire ressentiment de moitié avec vous.

— Aîon Dieu, madame, dit alors la marquise, ne revenons pas sur un sujet qui déjà, entre nous, n'a rien produit de bien agréable; j'ai mon idée comme vous avez la vôtre; sojezsùre, dans tous lescas. qu'il sera p.srlé du châtiment que je compte infliger à cet homme de boue, et pour l'éclat et le scandale, je ne pense pas que personne y puisse trouver quelque chose à regretter.

— Très-bien ! dit la maréchale en se levant. Nous attendrons donc celte nouveauté curieuse; mais, si vous m'en croyez, pas de drame, pas de stylet et de poudre de succession ; on rend intéressant le coupable , et rieii de mieux tué , voyez-vous , ma toute belle, qu'un homme assassiné tout en vie.

La marquise se contenta de Taire une inclination de tète pour indiquer qu'elle prenait en grande considération ces prudents avis ; ensuite, elle affecta

de reconduire la visiteuse jusqu'à Texlrerne l'rorilière de sou apparleinenl; politesse cérémonieuse à laquelle la maréchale ne put se soustraire, quoi qu'elle en eût.

De l'élal (le l'àiiie de Dupuis. — l)aiisera-l-il? — La loge mysléricase. — Pluie de fleurs. — Catastrophe el dcci'piion.

Au sortir de chez la belle Italienne, il se trouva que, dans les sentiments et l'esprit de notre ami l'acrobale, une profonde modification s'était opérée.

Après l'espèce d'amende honorable que celte femme hautaine avait consenti à lui faire, après les louanges qu'elle avait données à l'honnêteté de sa conduite, et la sollicitude dont el'e s'était montrée animée lorsqu il avait été question de son engjgemenl; enfin, après la bienveillance affectueuse et la distinction d'un accueil auquel on ne pouvait véritablement reprocher que celte fâcheuse commémoralioa du marquis, intervenue si mal à propos lors du dénoinnent, Dupuis ne pouvait plus avoir de haine, et son amertume devait être beaucoup tempérée.

N iturellement, ce qui allait minquer du cHé de la haine devait se reporter du ciMé de l'ainour, et, par su te de cette bolle u lit', ce senJn mu .absorbant désornnis tout l'osjiace, «le pojvait que fructiiicr à mirace cX pousser en peu de tciups de pro-^

— lUti —

fondes racines, surtout dans un terrain vierge, tel qu'était le cœur de Dupuis.

En même temps qu'elle prit plus de force, la passion du bon jeune homme se tamisa en quelquesorte; ce qui veut dire que, devenue plus pure, parce qu'elle n'était plus seulement une excilatioti de l'appétit sensuel, elle devint aussi plus raffinée el plus subtile, l'être moral y étant alors de son contingent.

3]ais pour être désormais tout entier, sans liel et sans jtarlage, à des pensées plus tendres, Dupuis ne s'en trouvait guire plus heureux, car il ne se dissimulait pas l'immense dislance qui continuait à le séparer de si haute et si puissante dame , et il ne lui paraissait pas qu'il eût fait encore le moindre chemin pour combler cette profondeur d'espace qui existait entre eux.

Il avait pnssé le reste de sa journée dans sa" chambre, occupé à se repaître du souvenir de sa belle marquise, et même il avait essayé de se le rendre plus sensible en le matérialisant dans une ébau<;he dont le premier jet n'était point trop mal venu; mais il lui fallut quiiler celte agréable distraction pour se rendre au théâtre, où le devoir l'appelait.

Il allait prendre la clef de sa loge chez la concierge, quand celle ci le tira à part d'un air de mystère et lui dit qu'un moment avant, une dame était venue s'informer de sa demeure, et qu'elle paraissait fort empressée de la connaître, car à peine avait-elle soulTerl que l'on entrât avec elle dans les explications seulement nécessaires.

j)upui> ne m;inqua |)as de s'informer de la manière dont élaii l'aile ce. le dame ; nuis tout ce qu'on sut lui rcpo.jdre, c'est qu'elle clail gra.ide et siai-

plcinciil mise; quanta son visiij^e, on avait h peine |)ii riiilii'voir, allondn le coqi;e!uchon de son nianick'l, dont elle le cachait soignciiscnient.

Une idée bizarre Iravcrsa alors l'esprit du danseur; ne serail-ce pas la marquise, se denianda-l-il, qui aurait voulu connaître mon domicile, afin de me (aire savoir le résultat de sa démarche auprès de mou colonel' Mais je suis bien sot, ajoula-l-il |)resque aussitùl; serait-elle venue de sa personne, et n'aurait-ellc pas |)lntôi envoyé un de ses gens?

Sur ce, et une preuve qu'il ne s'arrêta guère à celle idée, qui reiil bien autrement remué, s'il lui eut trouvé plus fie vraisemblance, le voil.j qui tout à coup se sent saisi d'uii genre de souci bien diflérent.

.le vais danser, pensa-l-il, mais en ai-je le droit? Ma signature dotinre à Pompée, j'apparliens à Sa Majesté, et portant en quelque Hsçon runilorme, puis-je maintenant aller le compromeître sur la corde roide, tant que la bienveillante intervention de ma protectrice ne m'a pas relevé de mon engagement?

Pendant qu'il rêvait ainsi , survient ISicolet. La |>ièce à la suite de laquelle {paraissait Dupuis était près de finir, et .le directeur trouva son danseur (liez le concierge, bayant, comme on dit vulgairement, aux corneilles, et n'ayant j)as plus lair de penser à aller se vêtir que si c'eut élé jour de relâche, ou que son nom ne (ïit point atïichô.

Le Nicolet n'était jamais d'une humeur trèscommode; mais désormais rassuré sur la négocialion de I)uj)uis avec Audinot, il était moins que jamais disposé à le ménager. l.'aj)ostro;)ljatil dOiic avec la dernière dureté, il lui dem.uida «. à (|uoi il |ie:isail i.'e n'olre pi)iiil encore j)iel à p.iraarc en

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