CHAPITRE SIXIÈME
COMMENT FDT PRISE LA FIERTE DE DUPUiS. EXPLI- CATIONS ENTRE MARI ET FEMME, ET DE LA MORALE DU MARQUIS.
Ce jour la devait être pour la complaisante nourrice le jour des élonnenients.
Le galant néglige de la marquise, la chambre à coucher où elle attendait ,
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loul faisait assez connaître que sa résolulion était inexorablement prise, aussi la conGdente, après qu'elle eut transmis la réponse de Dupuis, s'attendait-elle a une explosion de la plus terrible colère. Il n'en fut rien pourtant :
— Quoi! vraiment, il refuse! C'est bien étrange ! se contenta de dire la noble dame d'un air de tranquille surprise.
Etrange! lé mot était, ma foi! curieux; au gré de la messagère c'était monslrueux, hors de tout idée et de toute
imagination qu'il aurait fallu dire; el, pour punir Tinsoleni, de sa résistance, il eût été question de lui donner le bou^ con à l'italienne ou de faire jouer le stylet, qu'elle eut trouvé le procédé tout nalurelj, tant elle était furieuse et indi-
s^^nee.
La marquise, toutefois, parvint à la calmer en lui disant qu'elle saurait bien comment s'y prendre, et en même temps elle ordonna a la terrible entremetteuse de la laisser seule, aOn qu'elle pensât plus mûrement a ce qu'elle ferait.
Une fois en mesure de se recueillir, madame de Fiavacour t ne laissa pas d'être elle même étonnée en trouvant dans sou cœur beaucoup d'indulgence pour la conduite de Dupuis; lors de leur dernière entrevue, comme on se rappelle, il l'avait toute remuée et émue, et maintenant il se présentait a elle, sous un jour a mettre dans une vive lumière la délicatesse vraiment peu commune de ses sentiments.
A y regarder de bien près, elle aurait pu sans doute trouver un peu offensante
cettft liberté que prenait ce ver de terre d'élever, du fond de son néant, de sérieux désirs jusqu'à elle; mais, pour l'excuser, il y avait tant de choses a dire! D'ailleurs, dans les questions de cœur, la contradiction arrive k jouer parfois un si grand rôle^ que, par le seul fait d'avoir été froidement accueillie, la bienveillance de l'impétueuse Italienne avait plutôt la chance de s'exalter et de se développer encore, que celle de tarir tout-h coup.
La pauvre femme était tout abimée en
ses réflexions, quand M. son mari, qu'elle n'avait point entrevu depuis la veille, se présenta pour lui faire sa cour; il s'était prudemment muni de quelques raisons pour excuser son absence, dont il s'attendait a ce qu'un grand compte lui serait demandé.
Il en fut pour ses frais d'imagination. La marquise ne lui adressa pas une parole et ne parut pas plus s'occuper de sa présence que si son doguin fût entré.
D'ordinaire elle ne procédait pas par la bouderie et disait ce qu'elle avait sur
îe cœur sans altendre d'y être provoquée. M. de Flavacourl n'eut donc garde de supposer que celte inaltenlion où il la voyait, fût entre elle et lui le symptôme de quelque mésintelligence; en conséquence, prenant unaîr de gracieux reproche :
— Que vous èles distraite ce soir, marquise^ — lui dit-il, - et que les gens ont de peine h se faire remarquer de vous 1
La jeune femme, en clignant des yeux, lui jeta un de ces regards glacés dont