‹ Les grands danseurs du roiChapitre 9 sur 22 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

ou DÙPUiS A PEUr-ETRE TORT ET SELON D AUTaES RAlSOîf.

Notre ar liste avail cru faire acte de haut dévoûmeni, el il venait seulement de faire de la pliilantropie. Il n'imita pas pourtant le dauphin de Lnfontaine ,

qui, tout honteux d'avoir sauvé uu singe au lieu d'un homme, quand il s'aperçut de sa bévue, rejela cruellement le quadrumane a la mer. La femme que Dupuis venait d'entrevoir, accusait largement la cinquantaine, et cejn^était qu'a une rare maigreur qu'elle devait de conserver cette tournure de jeunesse a laquelle, ainsi que la concierge, il s'était laissé tromper ; néanmoins, il continua de la conduire avec égards jusqu'à une porte de dé^^agement qui leur présenta une issue facile, et même il lui demanda poli-

rnenl où elle désirait ê(re accompagnée, lorsqu'ils se Irouvèrenl en sûreté dans la rue.

Bien en prit pourtant a rofficieux jeune homme de cette courtoise façon d'agir : les contes de la mère l'Oie sont là pour le dire : on est souvent bon marchand d'avoir traité cbarilablement de pauvres vieilles décrépites, parce qu'elles se trouvent être ensuite des fées puissantes qui, en récompense de vos honnêtetés, vous accordent des dons magnifiques, et quelquefois même se refont

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jeuaes et belles, a miracle, pour vouâ donner le plaisir de lesépouser.

Comme noire histoire n'a rien de fantastique, et qu'au contraire nous la donnons pour tout ce qu'il y a de plus réeh nous n'irons pas jusqu'à dire, qu'en re-

connaissance de la galante conduile de

Dupuis, la dame se métamorphosa, mais au moins ne se trouva~t-il pas si loin de la marquise qu'il aurait pu le croire, puisqu'il parlait a une personne venue de sa part pour avoir entretien avec lui. A l'offre que lui fit îe danseur de la

reconduire, celte cligne personne répondit qu'il était inutile ; en même lemps^ elle fit observer que la rue des Fossés-dih Temple, où Ton était alors, offrait toutes les garanties de solitude et de sombre éclairage, qui pouvaient être désirées pour une conférence secrète; en conséquence, offrant de marcher pour avoir moins de chances d'exciter l'attention, voici la manière dont elle débuta en assaisonnant son discours d'un affreux accent italien, que nous ne pouvons que fort imparfaitement reproduire ici :

— Zoune homme, — dit-elle, — mon père, il était aus.-i un acrobate, qu'il dansait sur la corde a ravir, et mes frères aussi. Moi, je suis été nourrice de madame la marquise, et n'ai point fini, depuis son zoune âge d'être dans sa confiance et dans sa maison.

— Diable î — se dit Dupuis a lui-même, — une nourrice, cela sent bien la commission d'amour; il pensa en même temps a OEnone, dans la Phèdre de Racine, qu'il avait vu représenter.

— Je l'avais bien dit à madame la mar-

quise, — conlinua la matrone, — quand elle fut pour l'épouser, ce faquin de marquis : « Cet homme, il vous fera des peines. )> Il lui en a fait, la pauvre Biancetla qu'elle est une Notre-Dame- des- Sept- Doulours, et que sa jeunesse, il est tout perdue ! ^

— 11 me semble pourlant, — objecta Dupuis, resté sous le coup de la magnifique justification à laquelle il avait été présent, — que M. de Flavacourt s'était assez bien lavé de la grave accusation portée contre lui.

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— Lavé! — reprit la nourrice, — elle est joulie, sa propreté, qu'il se fait écrire des lettres de mensonge pour tromper madame, et qu'il est dans l'amour de sa comédienne encoure plus que jamais.

— Vraimcni 1 — dit le danseur avec intérêt, — elle aurait découvrert que sou mari?...

— Oui, mon ami ; cette digne njadame la maréchale lui a fait voir jour dans cet impostour; pourquoi, ma pauvre maîtresse m'a envoyé vous porter la lellre de M. le doue de Biron, que je vous ai

fail passer au bon reionienl, hein ! Je venais de voire maison; ils me direnl que vous deviez être sur la corde ; d'alors, je recourus au théâtre, cl me mis dans cette loge où, pour le secret, je vous faisais venir après la danso.^ sans C3 feu qu'il a pris,

— Et la danse vous a-t-elle un peu satisfaite?— demanda gaîment Dupuis, — auquel le suffrage d'une (ilje et sœur d'acrobates ne pouvait pas être tout-kfait indilTërent.

— -Très-counlente et bien dansé ! bien !

— reprit la matrone; — mais il faut encoure mieux faire, et venir tout-à-l'heure chez ma Biancelta, qu'elle vous attend, cette chérie, pour bien se venger.

Un £frand malheur que de mal présenter les choses î Supposons qu'un joli page ou une agaçante soubrette fussent venus aviser D-upuis des nouvelles dispositions de la marquise, et lui insinuer sa bonne fortune, peut-être eût-il été transporté d'aise, et eût-il suivi sans résistance la pente de cette brusque félicité.

Mais pour lui être annoncé grossièrement et avec crudité, par cette burlesque messagère, son bonheur ne lui fil pas la moitié de la joie que Ton pourrait supposer.

Loin delà : maladroitement employé a résumer les bonnes dispositions de la marquise, ce fameux mot ^e venger^ qui réveillait dans la pensée du beau danseur toute une série de désagréables souvenirs, lui parut souverainement déplaisant. Et puis , nous l'avons dit , son amour avait grandi, s'était subtilisé, et

une simple possession de raccroc et a la passade, n'était plus maintenant un idéal k lui sourire. Au lieu donc de faire paraître rempressement auquel dame nourrice s'attendait :

— Ainsi, — deinanda-t-il en homme qui épluche son occasion au lieu (Vy mordre k belles dents, — le marquis a donné a votre maîtresse de nouveaux sujets de plainte?

— C'est oun monstre, — repartit vivei!\ent la matrone, — el madame il est bien bounne de le punir si allegretto.

— El alors, — continua Dupuis, — madame la marquise a eu la bonté de se rappeler ce pauvre sauteur, qui av^ait éle si prêt déjà de lui servir pour sa colère ?

— Oui, mon fils , vous n'avez qu'k me souivre. et vous perdez ici le temps a bavarder.

— Eh bien ! — reprit le danseur avec gravité, et après avoir un moment réfléchi, — vous remercierez madame la marquise du bon souvenir qu'elle a bien voulu avoir de moi; mais vous lui direz

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qu'il m'est impossible de reprendre ceHe conversation au point ou nous l'avions laissée.

— Tu refouses î — s'écria alors la nourrice, ne pouvant en croire ses oreilles.

— Oui, — repartit Dupuis, — de la beauté qu'est votre maîtresse, et de la force dont je l'aime, je ne puis la vouloir ainsi.

— El comment te la faut-il donc, sot que lu es? — demanda la matrone, —

doit-elle venir le prier les mains jointes et sur ses deux zenoux ?

— Votre maîtresse, — répondit l'amoureux avec une nuance de dédain, — comprendra mieux les motifs qui me déterminent. Veuillez donc lui reporter

^ mes paroles : Que mon cœur est Irop k elle polir vouloir être sa vengeance et rien de plus.

— Ah ! que je les sais, les motifs ! Tu as pour d'être surpris par le marquis et jeté par les fenêtres, comme il te l'a menacé.

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— Brisons-la ! — dit vivement Dupuis, achevant de se décider sous cette impertinence; — votre commission est faite, TOUS avez ma réponse; nous pouvons nous quitter.

— Ainsi tu ne veux pas? — dit la matrone ne pouvant encore accepter Tidée d'être éconduite.

— Je ne puis pas , — repartit Dupuis.

— Oh ? le piètre homme ! — fit la messagère avec un souverain mépris, — si c'était oun Itijlien, qu'on lui disait qu'une

belle femme Taltend, il sauterait dans le

Vesouve pour y être plus tôt,

Dupuis élait moins volcanique , et comme il persista dans ses refus, après avoir commencé de si bonne intelligence nos gens se séparèrent en grande froideur, pour ne pas dire plus.

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