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elle avait le secret mieux que personne, puis elle détourna la tète sans daigner répondre a celte entrée en conversation.

— Mais, Bianca, qu'avez-vous donc, vous paraissez m'en vouloir k la mort; est-ce parce que je ne vous vis pas hier de la journée ? mais quand vous saurez les miUe et une raisons qui m'ont privé de ce plaisir...

— Je ne vous en veux pas, — inler rompit froidement la marquise, — je vous méprise, ainsi ne vous niellez pas en

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frais de measonges, si riclie que soit voire fonds.

— Madame ! — dit le marquis un peu ému, — vous me mettez la a un étrange vocabulaire et toutes les colères les plus justes du monde ne me paraissent point l'autoriser.

— Si a être deux fois diteSj — reprit la marquise, — les choses se font mieux comprendre, je vous répète que je vous méprise et que j'ai moins d'estime pour votre personne que pour le dernier des valets.

— Mais, madame î — fit le marquis (Vun Ion menaçant en afreclaal pourtant de se modérer.

— Maintenant, — continua la fière Italienne, — vous me demanderez peutêtre où j'ai pris ce sentiment si nouveau que je vous exprime.

— Sans doute, et puisque vous entamez sur un ton si haut, je vous serai

obligé de me faire connaître comment

vous le justifiez?

- La maréchale... — reprit la marquise.

— Ah ! encore la maréchale! j'en étais sur^ et quelque nouvelle visée que cette... — il chercha son mot, n'en trouvant pas sous sa main d'assez méprisant.

— Que celle coche^ — dit madame de Flavacourt venant à son aide, — vous êtes étrange, monsieur, de ne pas oser dire les mots que vous écrivez.

Le marquis sentit comme un froid qui lui courut par les cheveux, car il se rappela bien cette expression de mauvaise compagnie et l'occasion récente où il

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s'en était servi ; tâchant toutefois de faire une contenance passable :

— Ceci est trop spirituel pour moi, — répondit-il, — et je ne comprends pas.

— Vous comprenez au contraire a ravir, — reprit la marquise, — et je vous entends d^ici faire une scène a votre Colombine pour le peu de souci qu'elle met a la conservation des lettres dont vous l'honorez.

— Ainsi, — fit M. de Flavacourt, essavant de se débattre contre l'évidence, — foute votre colère vient d'une lettre

que j'aurais écrite et qui vous aurait été officieusement communiquée.

•— Ne di<es point ma colère, — reprit froidement la jeune femme, — dites mon dégoût pour une lettre que voiis avez écrilCj, que j'ai vue de mes yeux, tenue de mes mains ; je pense qu'il n'y a pas d'esprit la dedans et que cela se comprend.

— Et quand cela serait? — dit alors fièrement le marquis, a la fin débusqué de toute ses hypocrisies.

— Cela est, — repartit madame de Fia-

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vacourt, —mais pour ce qui est de mes

résolutions ultérieures, vous les saurez

à Feffet et il ne me plaît pas de vous les expliquer.

— Ecoulez, Bianca, — dit le mari prenant un air grave comme celui d'un homme qui monte en chaire pour y professer^ — vous vous'êles fait sur ce pays-ci des idées fort bizarres. Vous pensez que sans s'y couvrir de ridicule, des gens de de notre sorte peuvent passer leur vie a

roucouler et a s'enlacer de guirlandes

comme bergers et bergères de Watleau.

Eh bien! ma chère amie, ceci est tout simplement de la folie et n'est de mise que dans les trumeaux et les dessus de porte. Nous sommes, vous et moi d'un âge raisonnable, nous nous sommes mariés parce que cela est l'usage et pour avoir un héritier de mon nom, que, par parenthèse, vous me faites beaucoup attendre, quoique je n'y épargne rien.

Maintenant si nous voulons nous tourmenter, nous faire tous les soirs des scènes , nous deviendrons la fable de la ville et de la cour, je vous en préviens ;

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laissons-nous donc jouir muluellemerit de la liberté que comporlent nos positions de mari et de femme, et réservaus a M. et madame Dimanche ces habitudes d'espionnage conjugal où je vous vois malheureusement entraînée.

— - Et celle liberté que comporte la position de mari et de femme, oserai-je vous demander comment vous l'entendez ?

— Mais j'entends, — repartit le marquis avec embarras, — que celui que nos mœurs ont fait dépositaire del'hon-

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neur de l'autre , regarde un peu h ses démarches, tout en se conduisant a sa volonté.

— En d'autres termes, vous aurez des maîtresses a bouche que veux-tu ? et moi, je vous regarderai faire avec une béate admiration de vos grands succès.

— Mon dieu ! — repartit le marquis, — ce n'est pas moi qui ai fait le monde. Je n'ai pas cette bévue a me reprocher, et, dans ions les cas, l'absolu n'y est pas la règle. Je ne puis donc pas trop dire

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d'avance la manière dont je prendrais les choses si, après avoir cru épouser une femme très-supérieure aux faiblesses humaines, j'apprenais a mes dépens que je me suis trompé.

— Oui, — fit la marquise avec ironie, — le malheur étant dans une perspective fort lointaine, vous vous réservez d'aviser.

— CoMime vous dites, je verrais ce que j'ai a faire, et je ne prétends pas, malgré ma philosophie en apparence très-forte, que je serais, dans le compte

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que je pourrais avoir a régler, d'une patience aussi absolue et aussi élégante que moi-même je le désirerais ; mais, ce que je puis affirmer dès a présent, c'est que si, par exemple, c'était de ce cabinet de toilette que les représailles dussent m'arriver, je prendrais cela fort mal, parce que j'aime le bon goût en toute chose, et que je ne comprends pas !es gens qui se mettent dans un ruisseau, pour mieux jeter de la boue.

— Vous êtes habile, — dit madame de Flavacourt avec une apparente tranquil-

lilé; — vous vouliez savoir d'où pouvait vous venir le péril ; vos airs de menace pe me laissent plus libre de choisir : Nipolet sera votre mauvais génie.

— Je ne vous crois pas, — répondit le inarquiSç jouant la plus entière indifférence ; — - une femnje qui se flatte d'avoir attiré l'attention rojale, ne pense pas a un sauteur de corde pour en faire son amant.

— Vous aimeriez micu\ l'autre, n'estce pas ? — fst la marquise. — Les grands services que vous avez rendus a l'Etat

vous mettent depuis iongtemps en passe d'être chevalier (les ordres; cela fait bien, le cordon bleu, quand on va en bonnes fortunes; on dit que les filles de théâtre en raffolent; je pourrais peut-être vous valoir ce hochet.

— Madame! — dit Flavacourt, prodigieusement monté par ceUe insulte, d'autant plus poignante qu'elle avait peutêtre un fond lointain de vérité.

— Mais, dites-moi, — continua la terrible llalienne, toujours sur le même Ion de sanglante ironie, — l'arme qui doit

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VOUS blesser est peut-être déjà chargée ; si, avant de sortir, vous alliez voir le ca- ' binet?

Flavacourt connaissait assez sa fenime pour la croire capable de vouloir lui faire une seconde fois la fête dont il

avait gardé si bon souvenir. Dans tous

les cas, l'avertissant ainsi, c'est peutêtre qu'elle avait monté une cîachine pour lui faire peur, et cooime il aimait mieux la peur que le mal, il voulait bien donner les mains à découvrir l'épouvantail dont on s'était promis de le terri-

Croyant donc se mettre sur la voie d'une pacificalion, en jouant comme on fait avec les enfants, le semblant d'une grande épouvanle, il alia gollement au cabinet et en ouvrit îa porte avec une certaine brusquerie. Comme rien n'y bougeait, il y pénétra et ressortit presqu'aussiîôt 5 en disant d'un air aimable.

— Méchante ! vous avez voulu me faire peur; mais. Dieu merci! vous n'avez plus madeaioisrlle Lucile pour vous mettre de ces laides vens^eances sous la

main.

En somme, M. de Flavacourt venait

d'être entraîné a une ridicule démarche, et l'on voit que la marquise, petits ou grands , prenait tous ses avantages , quand elle avait résolu de punir une trahison.

Ayant ainsi payé de sa niaise crédulité, réelle ou apparente, le vertueux

mari pensa que le moment était venu de

) solliciter son pardon, et il aborda sur ce

ton langoureux et tendre qui lui avait si

bien réussi en une autre occasion.

La marquise l'écoula quelque temps

sans répondre, puis affectant de bâiller a grand bruit : — Vous le voyez, monsieur, — dit-eile, -- je tombe de sommeil; j'entendrai, si vous le voulez bien, votre second point la première fois que nous viendrons à nous rencontrer.

— Mais nous sommes tout rencontrés, à ce qu'il me semble, — remarqua le mari, ayant Tair de se croire chez lui.^

— Ah! non,— fit madame de Flava- ^ court, — et si vous voulez demeurer, je vous quitte la place.

Et elle fil mine de se diriger vers la porte.

-— Reslez, restez, madame, — dit le marquis, et, au moment de sortir, il lui adressa un salut des plus collet-monté et des plus cérémonieux.

La marquise lui répondit par une révérence non moins digne, et, aussitôt la porte fermée, elle eut soin de pousser le verrou.

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