CHAPITRE SEPTIÈME
YIl
19V l'on voit le Parti que pkënd la marquise. —
ou LE MONDE EST RENVERSÉ. — OU IL EST DONNÉ CONNAISSANCE DE DEUX DOCUMENTS REMARQUABLES. — OU DUPUIS CONÇOIT UN GRAND DESSEIN.
Ainsi les jours se suivent sans se ressembler.
Une première fois, le marquis était
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venu si a pointjqu'une miniile pins tard. Dieu sait ce qu'il arrivait. Ce même jour sa justification avait été facile, éclatante, et dans la conûance comme dans l'amour de sa femme, il avait en un moment regagné tout le terrain que la maréchale lui avait fait perdre par sa dangereuse dénonciation.
Maintenant il s'en fallait bien qu'il eût autant a se féiiciler du résultat. Loin que son éloquence lui eût servi de quelque chose, elle avait été bonne a le comprcmeltre et rien de plus. Non-seulement il
n'avait rien prouvé en faveur de sa vertu immaculée, mais il avait été conduit h lever définitivement l'étendard de l'infidélité conjugale et a déchirer Je masque sous lequel jusqu'alors il s'était prudemment caché.
Or, sur une femme aussi énergiquement résolue que l'était la marquise, on peut se représenter reiïel de cette déclaration d^s droits de r homme proclamés avec une franchise si peu mesurée. Ou, pour mieux dire, cet effet, nous en avons été témoins nous-mêmes, et il n'a pas
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paru que, d'aucune manière, madame def Flavacourt fût disposée a admellre celte
inégalité entre les conditions du mari et
de la femme, avec privilège de désordre pour monseigneur l'époux.
Et à quel moment le malencontreux venait-il faire parade de cette étrange morale? au moment même où la délaissée trouvait, dans le personnage si intéressant de Dupuis , le plus dangereux terme de comparaison.
Sans doute la profession de ce jeune homme était basse et miséral>le ; mais,
DU ROI. lîl
parla même ne servait-elle pas à faire mieux ressortir la noblesse imprévue de ses sentiments^ et la générosité toul extraordinaire des instincts qui se révélaient en lui !
Tandis que le gentilhomme semblait descendre a plaisir, Tautre, sans calcul, sans affectation, se poussait auprès de la marquise, s'élevait peu a peu dans les hauteurs de son estime et allait tantôt atteindre la sphère resplendissante des héros de romans.
Ajoutez a cela que, jouant, a son insu.
le rôle du roué le plus dangereux, par sa résistance inattendue au bonheur qui venait le chercher, l'acrobate était conduit a mettre en œuvre le moyen peutêtre le plus infaillible de se recommander a l'attention d'une femme et de se rendre l'objet de sa curiosité et de sa fantaisie.
Enûn ce qui, pour le marquis, était le dernier degré de l'imprudence et de la maladresse, il avait témoigné que ce misérable sauteur^ comme il l'appelait, ne laissait pas de lui être un souci, et s'était
emporté jusqu'à formuler une menace a son sujet. Que voulez- vous de mieux pour forcer l'orgueilleuse Italienne a s'occuper sérieusement de ce jeune homme? Avec lui elle châtiait son inûdèle, trouvait occasion de le braver, et faisait l'acquisition d'un consolateur dont le prix de momeut en moment s'en allait haussant sur le marché. Tout ne se trouvait-il donc pas réuni dans celte attrayante occasion, et n'est-ce pas bien le cas de s'écrier, avec Basile : Qui, diable ! y résisterait ?
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Nous analysons toute celte situation avec quelque détail parce qu'en définitive, elle accuse très-nettement la pente qui, malgré une si prodigieuse différence des conditions sociales, entraînait la puissante et noble dame a se rapprocher du pauvre histrion, et ici, nous nous entendons bien, il ne s'agissait plus de le tenir un instant dans ses bras, pour le rejeter ensuite tout sanglant sous le poignard d'un mari outragé; il s'agissait devoir en lui un homme comme un autre, de rendre vivement justice a
ses excellentei qualités et a ses avantages personnels; enûn, disons le mol, quelque étrange qu'il puisse paraître, il s'agissait de Taimer !
Même pour le coup de tête qu'elle avait d'abord médité, la première inspiration de la marquise avait été de ne s'en remettre qu'a elle, et c'était seuiement sur les instances et représentations de la femme qui avait tous ses secrets, qu'elle s'était décidée a ne point aller trouver Dupuis en personne et a remettre aux
mains de celte bizarre coiiûdente la conduite de toute la néirociation.
* Maisaprèsle beau succès de l'ambassade, elle se résolut d'autant plus facilement a ne plus employer d'interniëdiaire, qu'elle n'aurait dit b personne, sans un peu de honte, ce qu'elle sentait se passer dans son cœur et ce qu'a peine elle s'avouait a elle-même et bien discrètement
Du reste, trouver l'occasion de se rapprocher de Dupuis n'elait ni bien compromeltant ni bien difficile. La mode était alors parmi le beau monde d'aller
au Ihëâlre de Nicolel, comme elle fut plus tard de courir aux Variétés amusantes^ pour voir la fameuse pièce de Jeannot ou les battus paient l' amende. Ainsi ^ a la façon de toutes les femmes de sa qualité, se montrer journellement chez Messieurs les Grands Danseurs^ c'était pour la marquise un moyen tout simple de voir le beau sauteur et aussi d'en être vue.
Un autre bénéfice d'ailleurs a calculer dans cet arrangement, c'est qu'indispensableraent, la remarque se ferait de celle assiduité , qu'il en viendrait quelque