‹ Les grands danseurs du roiChapitre 13 sur 22 · II. C i · texte numérisé non relu

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chose aux oreilles de M. de Flavacourt, et que ce serait la un bon commencement pour lui mettre martel en tête, en attendant ce qui devait suivre, car ce n'était là que le moyen et pas le but.

Toutes ces choses ainsi pesées, dès le lendemain, la vindicative Italienne était installée dans cette, même loge où Dupuis avait cru la deviner; mais elle n'y mit pasdeflnesse, comme avait fait sa représentante, et ce fut à la grille baissée et dans tout réclat de la toilette la plus splendide, qu'elle prétendit appa-

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raître, comme un radieux soleil qui se lève sur un horizon sans nuages, par un beau jour d'été.

Dupuis ne fut pas long à remarquer la présence de la marquise, et il ne put faire autrement que de s'en émouvoir un peu; mais il avait beaucoup pensé depuis la veille, et, plus que jainais, il était résolu à ne pas se prêter au caprice avilissant et intéressé dont il continuait à se croire l'objet.

Supposant bien que tous ces charmes, élalés devant lui, n'élaienl pas la sans

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dessein de le séduire : « Allons, ferme ! mon cœur, — se dit-il, — pas de faiblesse. » Et celte fois, ne marchandant pas avec son métier, dont il aurait plutôt affecté de paraître fier, afin de bien montrer qu'il n'était point un homme à se faire le complaisant de la première fantaisie venue, il monta allègrement sur la corde, et dansa de si belle manière, que ia marquise, qui ne l'avait point encore vu a l'œuvre, en fut elle-même surprise et ravie.

Le voila donc qui, même de son plus

mauvais côté, gagne encore du terrain ; mais lui, buté a son idée de demeurer invujnérable, affecle^de ne pas jeter un regard sut la grande dame, et, durant toute la soirée, la provoquante beauté ne parvient pas une seule fois a rencontrer les yeux qu'elle cherche pourtant avec persévérance et sans se lasser.

Le lendemain, même manège, avec cette nuance seulement que, commençant de trouver son plaisir a renverser lé mondé et a être le courtisé, Dupuis se confirme de plus en plus dans sa froi-

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deur, tandis qne d'autre part, liiadaine de Flavacouri s'exalte dans son bon vouloir et dans sa vive aspiration,

L'histoire de celle manière de duel menacerait bientôt de devenir monotone, et pour ne pas la continuer indéfinimenl, nous dirons, qu'au boutdequelquesjours, en proie au plus violent dépit amoureux, la fière marquise en étail venue a désirer Dupuis pour lui même, toute idée de vengeance et de mari a pari, et selon la fameuse distinction du quoique et (\\x parce ^we, peut-être aulanl parce qu'il dansait

sur la corde 5 que quoiqu'il y dansât. Si terriblement cliauiïé, la chaudière, à la fin, devait faire explosion, et, un matin, pour tout couronner, le danseur reçoit une lettre qui, dans les Jeux de l'Amour et du Uasard formerait un curieux chapitre a enregistrer.

« Monsieur, y disait-on a Dupuis, « Une femme, que vous voyez tous 4< les jours, ne peut parvenir a se faire « remarquer de vous. Il serait pourtant « facile de comprendre, a cette assiduité « si singulière, que se trouvant vis-a-vis

« de grands torts, elle a beaucoup a « cœur de réparer. Vous voulez croire . a qu'on vous méprise, et c'est tout le « contraire pourtant. Que peut-on donc « faire enfin pour vous tirer de cette er- « reur ? Tenez ! je trouve sur ma toilette « le chiffon de papier que voici ; vous « y verrez que d'autres, plus que vous, « ont les yeux ouverts et clairvoyants ; « vous y remarquerez peut-être aussi « qu'il se fait autour de moi bien des dé- « marches auxquelles on s'étonne de ne K pas me trouver plus sensible. Je ne dis

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« pas que j'irai la où je suis avisée d'être « attendue; mais très certainement j*i- « rais volontiers, et des idées bien diffé- (( rentes de celles d'autrefois, Ta où on ne « m'attend pas. 11 me faudrait seulement « savoir le lieu et l'heure, et, en même « temps, être sure qu'on n'accueillera « pas trop froidement ma venue. »

A ce billet, qui parlait assez de luimême, était jointe une autre lettre, dont le danseur mit encore plus d'empressement a prendre lecture. Cette lettre était de la maréchale; elle était ainsi conçue:

« Je comprends, ma toule charmante, « ce que vous entendiez par mieux que le « roi, îl y a beaucoup d'esprit dans votre (( idée de vengeance , et je la trouve- « rais d'un- grand ^oiit, s'il était vraice ment possible de vouloir Ja pousser a « fond. Ce serait faire moralement, ce « que^ pratiqua très -physiquement le « mari de la belle Ferromiiere ^ et qui mit « au tombeau, d'une manière si pitoja- 4 ble, notre grand roi François 1", de « galante mémoire. Mais je vous con- « nais trop délicate pour ne pas rester

« en chemin ; iors donc qu'en vous fai- « sanl pilier de chez Nicolel et en vous « montrant éprise de ses sauteurs, com- <v me quelques niais le diseni, vous au- (( rez bien tourmenté votre mari, il fau- « dra toujours en venir a conclure, et '( alors vous ne pouvez faire aulre chose « que de vous décider a prendre ce parti « auquel vous répugnez follement jus- « qu'ici. Je vous attends si bien a ce dé « uouement, que j'en ai oiis ma foi les « draps au lit (1). Prévenu par moi au

(-!} RajcunisserruMil (3e la vieille expression : Les fers au feu.

« risque de toule colère, le roi vous es- « père ce soir a Versailles, et je vous " crois trop fidèle sujette pour vouloir « manquer a celte entrevue. J'ai fait « cette nuit un drôle de rêve. Je vous {< voyais en ange Saint -Michel, fouce droyanl le diable ; le diable n'était pas H si laid que de coutume, il avait pris « les trails de la comtesse, mais sous « cette jolie enveloppe, il n'en gardait « pas moins sa vilaine âme. Adieu, belle, « a ce soir; soyez pour me prendre,

« sept heures sonnantes, a la surinlen-

(( dance.

« Voire affectionnée.

« Maréchale DE M. .. »

Le premier mouvement du danseur, après avoir pris connaissance de ces deux épîtres, fut une immense satisfaction d'amour-propre. Mis en balance avec le roi, il était le préféré ?

Mais comme tous les gens qui ont eu la vie ditficile, Dupuis était fort enclin a prendre le mauvais côté des choses, et l'affaire mieux examinée, il n'y vit pas

celle félicité suprême et sans mélange auMl avait d'abord entrevue.

Il voulait bien admettre, quoique peu vraisemblable 5 la sincérité des sentiments exprimés par la m.arquise. Elle ne pensait pas a le tromper et à lui surprendre a la volée un rendez-vous. Mais savait-elle bien elle-même l'avenir de sa volonté, et ce doute si olTensant et si cavalièrement formulé par la maréchale; relativement ii celle criante impossibilité, que l'on pût descendre jusqu'à lui, ne marquait-elle pas la conduite que ne

manquerait pas de tenir Torgueilleuse Italienne, une fois sa fantaisie passée ?

Etpuis, cette raaréchalejDupuis se prit tout d'un coup a la détester, et pour deux raisons. Il ne lui pardonnait pas cette alfreuse comparaison de la belle Ferronihre^ il lui pardonnait encore moins, s'il était possible, cette terrible persévérance k vouloir accointer la marquise en haut lieu.

Sur ce, creusant toujours la situation, le danseur eut une idée; la du Barry était aussi maltraitée de paroles dans la

lettre de la maréchale, sans compter la concurrence 'que cette femme essayait de lui organiser. Or, la favorite, il n'avait garde de l'oublier, s'était montrée pour lui fort gracieuse dans la fameuse rencontre de Choisy, et, a coup sûr, en lui représentant la bonbonnière d'é caille, dont elle l'avait honoré, il était bien sûr de lui raffraichir la mémoire, en supposant qu'elle l'eût tout a fait perdu de vue.

£eci posé, il y avait, comme on dit, quelque chose à faire^ et sans aucun doute.

celle lettre venue en ses mains pouvait être utilement exploitée.

En signalant a la comtesse Tinlrigue

qui s'ourdissait autour d'elle, on devait, ce semble, prétendre de sa part a quelque reconnaissance. Ne pouvait-on pas alprs lui demander sa protection pour sortir enfin de celle ignoble condition où, a tout momeni>ramour-propre étaii froissé, et, au moyeii de son crédit, par exemple, avoir accès dans cette carrière militaire vers laquelle on s'était toujours senli attiré ?

C'est alors que, parvenu à une position plus digne, on pourrait tout a fait prendre eonflance dans les dispositions de la marquise, et, toui en savourant ses • bonnes grâces, ne plus craindre une rechute de ses dédains et de ses mépris.

Pour ce qui était de madame de Flavacourt, qu'on pourrait pariaitement se dispenser de nommer, on ne lui faisait point de tort par la production de la lettre; au contraire, de la contexiure même des phrases résultait la preuve la plus honorable de sa résistance aux pro-

jets de la maréchale, et en la délivrant d'une obsession importune et qui pouvait a la fin devenir dangereuse, on aurait le plaisir de faire a l'horrible appareilleuse (1) une pièce des plus cruelles,

et dont elle aurait peut-être a se souve-

nir longtemps:

Plus le danseur étudiait ce projet, et

plus il y trouvait d'ouverture ; au lieu

donc de répondre h la marquise, et de

lui se faire savoir un rendez-vous qui

(-!) Mot de i'époque qui s'explique assez de lui-même.

semblait avoir tout intérêt a se remettre, noire Dupuis s'habilla le plus proprement du monde, passa à la caisse de Nicolel, qui depuis le jour de son entrevue avec Pompée, pouvait bien lui devoir quelque chose, et, prenant, rue Saint- Nicaise le carrosse de Versailles, il s'en alla pour jeter les fondements de sa nouvelle fortune, seulement il ne savait pas bien comment il parviendrait jusqu'à la divinité dont il voulait invoquer la puissance, et celle-ci ne semblait pas devoirêtrepourluid'un très-facile accès.

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