‹ Les grands danseurs du roiChapitre 14 sur 22 · MORE, ET DES GRANDS EFFETS DE SA PROTECTION · texte numérisé non relu

MORE, ET DES GRANDS EFFETS DE SA PROTECTION

En arrivaiii a Versailles, Dupuîs eut un premier mécompte, soit que le roi, en vue de Taudience qu'il compfait donner le soir a la marquise, s'occupât déjà

d'éloigner îa favori te, soit toute autre raison qu'il i.mporte Tort peu de scruter, au moment où le danseur débarquait sur îa place d'Armes, la cour venait de partir pour Marly.

Ce n'est pas que de Tune a l'autre de ces deux résidences, la distance fût trèsconsidérable, en prenant a droite du château de Versailles, l'allée nouvelle^ en traversant Rocquencourt et en suivant après, l'allée des têtes de mort (1), par un

(4) Ainsi appelée des arbres taillés en pommes qui la

bordaient.

chemin charmant, en un peu plus de trois quarts d'heurej un piéton pouvait être rendu a Marly , devant la grille Royale, et c'est aussi à s'y transporter de cette manière que Dupuis se décida.

Mais a Marly, où beaucoup moins qu'a Versailles, régnait l'étiquette intérieure, l'accès était infininient plus difficile pour qui n'était point de la cour, et même pour qui ne s'y trouvait pas seulement placé dans une position un peu privi-

légiée.

Notre solliciteur fil tout d'abord l'expé-

rieiice de ce peu de commodité des abords, car, dès la première cour où il se présenta, une sentinelle des gardes suisses lui refusa durement l'entrée. Dupuis essaya de parlementer ; mais le moyen, avec un homme qui ne savait pas un mot de français et qui, d'ailleurs, es^ clave de sa consigne, quand même il eût entendu la langue, n'aurait jamais entendu la raison?

Le danseur se retourna alors vers les gardes françaises qui étaient aussi de service a cette grille, et pensa qu'il au-

rait meilleur marché d'un compalriole, il aurait pu dire, d'un collègue, quelques jours avant.

> Il était écrit que ce régiment dont faisait partie Pompée lui porterait toujours malheur. Il avait parlé fort poliment a la sentinelle pour lui présenter sal requête, et il devait s'attendre à ce qu'il lui fût répondu sur le même Ion. Loin de la, l'entendant dire qu'il prétendait être reçu par madame la comtesse du Barrj, le soldat se mit à lui rire au nez, et lui adressa nous ne savons quelle ré-

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ponse mal sonnante qui mit le susceptible jeune homme tout hors de lui.

11 se donna alors le tort insigne de

maltraiter de paroles une sentinelle , objet sacré et infaillible, la Raison vivante en grandes guêtres et l'arme au bras. Le faclionnaire appela a son aide, et Dupuis, déjà appréhendé au collet, se voyait sur le point de voir finir au corps de garde sa brillante campagne de cour, quand un secours bien inattendu vint le tirer de ce mauvais pas.

Tout en se laissant conduire vers le

poste, le prisonnier depuis un moraent donnait attention à un singulier groupe qui venait de son côté.

Au milieu de plusieurs personnage^ que leurs cordons et la richesse de leurs habits devaient faire prendre 'pour des gens considérables, s'avançait un négrillon, vêtu lui-même d'un brillant costume ; maigre son teint couleur de suie et un aird'à peine au sortir de l enfance^ il était de la part de tout ce noble entourage l'objet d'une déférence marquée.

Pour que nos lecteurs, de leur côté,

prennent cet objet de tant de respects, en quelque considération, nous devons nous hâter de le dire, il s'agit ici d'un personnage historique , le gentilhomme caudalaire de madame du Barry.

Ce gentilhomme de couleur foncée, s'appelait Zamore. Tous les mémoires du temps nous ont conservé son nom et constatent qu'il jouissait auprès de la comtesse d'un immense crédit. On lit a ce sujet dans les Fastes de Louis XV : a Les « familiarités que les caresses de sa « maîtresse le mettaient dans le cas de

»{ prendre avec elle , avaieiil fait dire « a quelques méchants... » nous n'achevons pas la phrase qui est un peu vive et qui attendu l'âge enfantin du favori de la favorite nous parait receler une calomnie.

Quoi qu'il en soit, Zamore avait tellement l'oreille de la comtesse, que les plus grands seigneurs ne dédaignaient pas de lui faire leur cour; enfin le roi lui-mêine, qu'il avait le talent de réjouir par ses gambades et ses gentiliesses, avait pour lui des bontés sans égales;

c'est ce que va prouver une anecdote Ires-acceplée, que nous devons d'autant plus recueiilir, qu'elle se relie étroitement a notre récit.

Un jour, le gentilhomme caudalaire ayant fait rire le roi aux larmes.

— Ta majesté remarquera. — dit la comtesse, — que ce pauvre Zamore, qui a si bien le talent de 1 amuser, est encore a recevoir d'elle la moindre petite grâce.

— C'est ma foi vrai! — dit le roi frappé de celte réilexion.

Juslement, h celle époque, l'architecte Ledoux, celui qui depuis a construit les Barrières de Paris ^ venait d'achever de bâtir a Lucienne, pour la duBarry, ce fameux pavillon qui, depuis, fut la propriété de notre contemporain Jacques Laffitte , après que le nom de sa première propriétaire en eut fait une demeure historique.

Dans ce même pays de Lucienne , existait un vieux château ayant appartenu \k la maibon de Conti et dont le roi avait alors La disposition. Sonimé de^

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