‹ Les grands danseurs du roiChapitre 15 sur 22 · II · texte numérisé non relu

II

faire quelque chose pour Zamore, Louis XV eut a la fois une idée plaisante et

galante.'

— Eh bien ! donc, — dit-il, — je nomme M. le caudataire, gouverneur du château et pavillon de Lucienne, aux appointements de six cents livres.

Et pour prouver qu'il parlait sérieusement, il ordonna que le brevet, aussitôt expédié, fut renvoyé au chancelier, afin qu'il y fît apposer le sceau , comme il était d'usage pour les charges royales.

Le chancelier, loul Maupeou qu'il était, se piquait néanuioins de gravité, comnie il convient a un chancelier, et, quand vint en ses mains le brevet de Zaïnore, il hésita à croire que la création fiât sérieuse, et attendit, pour la formalité attendue de lui, d'en avoir dit un mot au

roi.

La favorite vit dans ce retard plus que de la désobligeauce 5 et nous empruntons encore aux Fastes de Louis XV (1) le

(<) Tome 2, page 587.

âf2 LES GRANDS DANSEURS

billet suivant^qa^elle s'empressa d'écrire a M. de Maupeou, pour lui témoigner tout son mécontentement :

(i Quoi, Monsieur , le brevet de Za- <( more n'est pas encore scellé, depuis « hier qu'il est dans vos bureaux? Celte « jolie négligence est-elle un eïïci du a zèle dont vous faites parade pour le (( service du roil Je vous aurais cru plus u empressé a saisir les occasions de faire « votre cour \x votre Maître. Je compte ft que celle affaire sera terminée ce6o?V,

« sans quoi vous m'obligeriez d'en por-

« ter mes plaintes au roi.

« Comtesse du Barry. »

On compte bien que, sur cette instance si vive, la comtesse reçut, peu après, le brevet attendu. Elle venait de le remet-^ tre k Zamore, et celui-ci, escorté d'un gros de courtisans qui s'empressaient a le féliciter, allait prendre possession de son gouvernement^ quand il aperçut Dupuis aux mains de3 gardes françaises, et se laissant conduire au violon.

En sa qualité de caudataire, Zamore

âl4 LES GRANDS DANSEURS

ne quittait presque jamais sa maîtresse; il avait donc assisté k la représentation de Choisj, et, comme tous les gens de sa peau, très-admirateur des tours de force et exercices du corps, il s'était vivement passionné pour Dupuis en le voyant danser.

Le reconnaissant d'abord dans la piteuse situation oii le pauvre acrobate était réduit, il courut aux hommes de garde, et leur demanda impérieusement ce qu'avait fait ce jeune homme^, pour être ainsi mené entre quatre fusiliers.

Celui qui les conduisit 'crut bien faire sa cour a Zamore, qu'il connaissait pour le favori de la quasi-reine de France, en lui répoudanl que c'était un insolent qui avait la ridicule prétention de pénétrer jusqu'à madame la comtesse, et qui

avait insullé la garde à cette occa-

sion.

— Toi pas danser si bien que lui, ^— répondit alors Zamore, en son langage nègre, — et si vouloir parler à maîtresse, pourquoi ne pas laisser entrer?

Le sous-officier, un peu stupéfait de

2i6 LES GRANDS DANSEURS

son infériorité en manière de danse, tâcha de s'excuser sur sa consigne, mais Zamore arrachant Dupuis des mains de ses sbires :

— As pas peur! — lui dit-il, — moi toi conduire k maîtresse; toi, bon danseur, elle bien parler a toi.

MM. les gardes françaises n'osèrent point opposer de résistance au gouverneur du château et pavillon de Lucienne, et Dupuis fut remis en liberté. Un instant plus tard, franchissant tous les obstacles, à la suite de son conducteur, il

avait traversé le fameux salon octogone.

où les quatre Saisons étaient représentées au-dessus de quatre cheminées, peintes par Antoine Coypel, Louis Boutlongue, de Lafosse et Jouvenet, et enfin il était introduit dans l'appartement occupé par madame de Maiulenon en sou vivant, lequel élait devenu celui de madame de Pompadour, et enfin celui de la du Barrj.

CH A Ptl R E N E L \ lÈME .

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