CE QUI SE PASSE ENTRE DUPUIS ET LA FAVORITE
Dupuis avait une de ces Ggures heureuses qu'on n'oublie pas faciletnenl une fois qu'on les a rencontrées; la favorite, sans Je secours de la bonbonnière fut
donc presque aussi alerte que Zamore a le reconnaître, et d'abord qu'il lui fut annoncé parle négrillon.
— Tiens, — ûl-elle avec le ton grisette qu'elle avait conservé de son existence première, — - c'est mon beau danseur de Choisy : Bonjour, mon enfant.
Dupuis salua de fort bonne grâce, et d'un air tout respectueux.
— Et qui t'amène, mon joli casse-cou?
— Gonlinua-t-elle; son habitude était volontiers de futojer les gens après un
peu de connaissance, et elle voyait le danseur déjà pour la seconde fois.
— Un secret important que j'aurais a communiquer à madame la comtesse; — et, en parlant ainsi, Dupuis regardait du côte de Zamore , devant lequel il ne croyait pas devoir, a moins qu'il n'y fût formellement autorisé .
— M'en vais, — dit Zamore, sans se formaliser le moins du monde de ce congé indiscret.
— Oui, vas voir les EtatSj — dit la comtesse au négrillon, pendant que ce-
lui-ci imprimait sur la main blanche, qu'elle lui avait laissé prendre, trois ou quatre bons baisers d'adieu.
Aussilôl que Zamore fut sorti.
— Eh bien! garçon, parle, — continua t-eîle, — car ton secret doit être dans les terribles, à la manière dont lu viens de me l'annoncer.
~ Une lettre, — dit Dupuis, — madame la comtesse, est toîiibée entre mes mains.
— Ah ça ! lu ne cumules pas la danse, j'imagine, avec un emploi au cabinet noir^
reprit gaîment la favorite sans marchander autrement les secrets d'Etat.
— Cette lettre, — continua le danseur, sans trop savoir ce que signifiait ce mot de cabinet noir, vu qu'il ne s'occupait guères de politique, — contient en eîîet la révélation d'une noire intrigue et intéresse la sûreté de madame la comtesse au plus haut degré.
— Tiens, tiens, on en voudrait a ma vie, — dit la comtesse, — je ne suis pourtant méchante pour personne, et excepté Choiseuî et Praslin que j'ai fait