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saïUerj je ne me rappelle pas trop m'êlre fait d'ennemis.
— Ce n'est pas a votre vie, madame, c'est a votre cœur qu'en veulent de bien
vilaines gens.
— Diable! — fit la comtesse, — c'est encore pis, donne-moi donc voir cette lettre que je voyeun peu ça.
Pendant que Dupuis cherchait la lettre dans sa poche et qu'il la faisait passer de ses mains dans celles de la favorite :
— J'aurai, ~^(H|-iL — l'honneur de
faire remarquer a madame la comtesse
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qu'une personne compromise dans celte inlriguey est restée entièrement étrangère et que ce li'est qu'a son corps défendant...
— Bien, bien, — fît la comtesse, — laisse-moi lire, et toi prends un siège en attendant.
Dupuis s'étant assis sur un pliant, la comtesse lut par deux fois la lettre, et deux fois arrivée a l'endroit où il était question de l'archange saint Michel et du diable, son beau front plissa d'une façon menaçante; a la fin, reprenant la
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parole et ne témoignant pas être fort inquiétée de Ja révélation, puisqu'il lui resta du loisir pour donner cours a sa curiosité de femme :
— Ah ça! dis donc, — demanda-t-elle, — le nom de cette dame qui te veut du bien, la lettre ne le marque pas.
— Aussi n'est-il pas nécessaire que madame la comtesse le sache, — s'empressa de répondre le danseur. — Par la lettre même, ainsi que j'avais l'honneur de le dire, il ^reste prouvé que tout se fait en dehors de cette personne , et
qu'elle ne prête aucunement les mains k
l'infernal arrangement.
— C'est vrai, — remarqua la favorite, — et je lui fais mon compliment d'avoir eu l'idée de ne pas s'y frolter ; mais enfin pour t'avoir sacrifié cette lettre, il faut qu'elle soil du dernier bien avec toi, et ça m'amuserait de savoir un peu..^
Dupuis fit une inclination de tête respectueuse, indiquant son regret de ne pouvoir satisfaire sa fantaisie.
— Ne peux-tu pas seulement, — reprit
plaisamment la comtesse, — me dire le nom du mari ?
— Madame la comlesse se trompe, — reprit Dupuis avec gravité, — la maréchale interprète les choses a sa manière, mais le fait est que je ne suis rien pour celte dame, et que la lettre ne m'a point été sacriûée.
— Tu la tiens donc de la femme de chambre ? les drôlesses sont bien capables de ces tours-la.
^ pupuis ayant fait un geste de dédain.
— Allons, tu ne veux pas parler, — conlinua la favorite, — et^ au fait, je t'en loue ; la discrétion sur le chapitre des femmes, c'est la vraie vertu de hommes et tu as mon estime, aussi bien que ma reconnaissance; quoique, vois - lu bien, la maréchale et toule son intrigue, je m'en soucie comme de mes vieilles mitaines, vu qu'elle ne sera ni la première ni la dernière à venir papillonner autour de ma chandelle qui leur brûlera les ailes à tous.
— 11 ne faut que voir madame la com-
tesse, — répondit le danseur se faisant courtisan, — pour s'assurer qu'elle n'a rien à craindre ; mais néanmoins un bon averti...
— Fait toujours plaisir, — interrompit la favorite^ — d'ailleurs j'aime les gens qui m'aiment, moi, — continua-telle. — Voyons, j'ai un peu de crédit, et que veux-tu pour ta récompense de te
dévouer ainsi à moi ?
— Madame la comtesse est bien bonne,—répondit Dupuis commençant a s'é
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pouvanter a Tidée de révéler son ambFlion secrète.
— Je ne l'offre pas de l'argent, — reprit la favorite, — lu n'es ni valet ni g-rand seigneur, — et par une allusion toute gracieuse du passé, — lu es com- Die les enfants, — ajouta-t-elîe, — tuaimes mieux les bonbons.
— Mon Dieu, — dit alors Dupuis, — chacun a bien ses petits désirs secrets.
— Dis-les donc, mon fils, car je puis peut-être mieux les satisfaire que les deviner.
— Eh bien î — répondit le danseur en soupirant, — je dois l'avouer a madame la cotntesse, je ne suis pas hea»'eux de ma profession.
— Comment toi, le roi de la danse^ que les autres rois admirent et complimentent, pour qui les grandes dames soupirent , que le public idolâtre et qui n'a pas à craindre que l'on veuille te supplanter!
— Oui 5 — fit Dupuis, — mais avec tout cela, pas la moindre considération !
— La considération ! ~ s'écria la favorile, une belle viande creuse! Mais moi, telle que tu me vois, et le roi luimême , crois-tu que nous soyons déjà tant considérés par messieurs nos sujets ?
— Au moins, ne vous jelte-t-on pas chaque jour le mépris a la face, — dit le danseur en s'animant, — a vous madame la comtesse, un sergent de gardes françaises ne viendrait pas vous dire qu'il refuse de se battre avec vous, parce que vous êtes un sauteur de chez NicoleL
— L'insolent ! — dit la favorile en prenant parti pour son protégé, — veux-tu
que je le fasse casser, ce mal appris, et qu'on l'envoie pour une année ou deux a la Bastille, afin de lui enseigner un peu
l'égalité ?
— Bien obligé, madame la comtesse, j'espère un jour ou l'autre me venger moi-même, et je parle de cet affront entre mille, parce que justement j'aurais beaucoup aimé l'état militaire, el qu'il m'a surtout été pénible d'être insulté par
cet uniforme que je me fusse trouvé si heureux de porter.
— Eh bien ! mais on peut toujours servir le roi, et si une fois tu prenais ce parti, je pourrais te donner un bon coup d*épaule pour Ion avancement.
— Sans doute, — repartit Dupuis avec embarras, — mais, servir comme soldai, c'est bien dur; et si le coup d'épaule de madame la comtesse avait pu venir plutôt avant. . qu'après...
— J'entends, — dit la du Barry en riant, — il te faudrait comme qui dirait
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une sous-lieulenance pour commencer.
— N'étant pas gentilhomme, - reprit le danseur, — je sais combien cela serait difficile, mais il est toujours permis de rêver.
— Mais, au fait, - dit la favorite, — un Poisson de Malvoisiii^ qui battait la caisse dans le régiment de Piémont, est bien par le crédit de madame de Pompadour, sa cousine, devenu maréchal-de camp (1) I Pourquoi donc, d'un joli garçon qui se
(l) Historique. Son notn Rg^ure dans VEtai militaire de
dévoue a mon service, ne ferais-je pas un sous-lieutenant? D'ailleurs, cela fera enrager d'Aiguillon (l), que je soupçonne d'être dans le tripotage de la maréchale, vu la grande liaison qu'il y a entre eux. Ça va, garçon, — ajoula-t-elle, j'en fais mon affaire, et tu seras officier.
— Quoi! vraiment, vous daigneriez?...
s'écria Dupuis avec joie.
— Oui ; mais, — dit la favorite, mon-
('l) An portefeuille des affaires étrangères, le due d'Aijjuillon réunissait celui de la guerre
trani bien rancienoe modiste en ce souci, — il faut choisir un joli uniforme ; je veux me faire honneur de mon protégé.
— Et une garnison pas trop loin de Paris ou de Versailles, s'il était possible, — ajouta timidement Dupuis.
— Ah ! gaillard, — repartit la comtesse en le menaçant, — tu veux te faire voir a ta grande dame, orné de tous les rayons !
Les femmes sont vraiment admirables a tout deviner dans les choses du cœur,
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cl le futur sous-lieulenaat élail percé a jour malgré toutes ses protestations.
— Voyons, revers et parements bleu céleste, cela ('arrangerait-il ? — conlinua la du Barry, -- je vois de cette couleur Ib par les rues de Paris.
— Mais, oui, — répondit Dupuis^ — bleu céleste sur blanc, cela doit bien faire.
— Hum! " fil la comtesse, — il y a seulemeut une chose h dire, c'est que le bleu est le fard des blondes, et que tu es brun d'écidé.