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me de la société de la raarquise, et que l'on dût introduire d'emblée.
Sommé de dire son nom et le sujet de sa visite, Dupuis eut heureusement le secours d'une assez adroite inspiration ; il répondit que soii nom n'aurait aucun sens pour madame de Flavacourt, mais qu'il lui apportait de l'ar^^ent.
En tout lieu du monde, celle raison de vouloir èlre reçu est toujours assez accueillie ; ici, soutenue d'un petit mensonge, elle détermina le succès.
— Est-ce de la part du notaire de mada-
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me? — demanda le laquais, qui prit l'acrobate pour quelque clerc ou homme, d'affaires, Dupuis ayant le bon goût d'affectionner dans ses vêtements les couleurs «iévères comme moins dénonciatrices de sa profession.
— Oui, de la part du notaire de madame, — répondit le danseur, qui ne faisait que la moitié du mensonge, puisque l'autre le lui avait soufQé.
— C'est bien ! — dit alors le laquais, — je m'en vais vous conduire a M. l'intendant.
Voilà Dupuis bien chanceux, et une belle partie qu'on lui proposait la de lui faire voir la figure de cet intendant !
Par bonheur , en développant celle idée de notariat qui lui avait été si officieusement inspirée, il trouva à parer le coup.
— Indépendamment de l'argent que j'apporte, — répondit -il — j'ai une signature a demander à madame la marquise, c'est pour un acte qui presse, et s'il faut passer par votre Glliere d'intendant, autant dire l'affaire manquée.
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— Entrez donc par ici, — dil le laquais au prétendu clerc, ea lui donnant accès dans l'antichambre, et, un instant plus tard, après avoir été prendre les ordres de sa maîtresse, il ouvrit la porte du boudoir que nous connaissons déjà.
On remarquera qu'a l'introduction de Dupuis, qui était censé venir de la part d'un tabellion, les gens de la marquise mirent beaucoup moins de cérémonial qu'il ne s'en étail fait pour l'envoyé prétendu de M. le maréchal duc de Biron, le digne M. Pompée.
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Contre l'usage des grands seigneurs d'alors , madame de Flavacourt s'était montrée facile a donner celte signature que Ton voulait d'elle, parce qu'à l'instant précis où l'on venait lui témoigner celte ambition, elle se trouvait la plume a la main; elle était alors occupée a finir une lettre pour son amie la duchesse, celle chez laquelle s'était passée sa pâmoison, lors des révélations de la maréchale.
Le sujet de son épître l'intéressait fort ; c'était l'éclatante justification de son ma-
ri dont elle faisait l'histoire. Lors donc que Dupuis entra, elle ne leva pas les yeux de dessus son papier^d'autant mieux que la Ogure d'un.clèrCj elle se représentait d'avance assez bien ce que cela pou*vait être.
— Je suis a vous, mon ami, — dit-elle pourtant avec affabilité. — Asseyez-vous un moment.
Dupuis ne profita point de la permission, et il trouva son compte à demeurer debout; car^ dans celle position, planant sur la marquise , tout le temps
qu'elle le fit attendre, il eut un vrai plaisir de sculpteur a considérer la délicieuse aUache de son cou de cygne, que mettait en un charmant relief, son attitude penchée pendant qu'elle écrivait.
La lettre achevée, ponctuée et relue, la belle cliente de Dupuis se souvint enfin de Texistence de celui-ci, et daignant je-
ter sur lui un regard :
— Que faut-il donc que je signe? — dernanda-t-elle sans l'avoirreconnu.
— Avant tout^ madame, — répondit Dui)uis d'une voix qui aurait pu être
uiieux assurée, — j'ai de l'argent a vous reraetlre.
Celte voix, cette émotion, éveillèrent alors l'attention de la marquise, dont l'œil devint scrutateur et pénétrant; cependant, n'étant pas encore sûr de son fait :
— Mais je ne reçois pas d'argent, moi, — dit-elle, — il faut porter cela au marquis ou a son intendant.
— Non, madame, — répondit le danseur, — c'est a vous que je dois payer ; il s'agit d'une somme de vingt pistoles...
Madame deFlavacourt ne le laissa pas achever. Elle se leva avec vivacité, vint le considérer de plus près, et une fois assurée de ne pas se tromper :
— Mais vous ne venez pas de la part de mon notaire ! — Vous êtes cet homme de l'autre jour, le nommé Dupuis.
— Le nommé Dupuis, en effet, — répéta le danseur avec amertume, — celui qui saute devant le roi,
— ÉIi bienl que voulez-vous encore ?
j'ai prévenu l'autre jour votre digne acolyte que je ne me proposais pas de pron-
dre rhabilude de vos visites et des siennes; j'a même donné ce qu'il m'a demandé pour que vous voulussiez bien m'en dispenser k l'avenir; que signifie donc un peu celle nouvelle obsession ^
— Celui que vous appelez mon acolyte, — répondit Dupuis en modifiant quelque petite chose à la vérilé, — est un misérable qui, abusant d'un secret qu'il m'avait surpris^ est venu pratiquer ici en mon nom une exaction infâme ; il a levé sur vous une contribution que vous avez eu la patience de subir; je
viens, madame, vous Taire la reslitutioUj parce que si ma profession est méprisasabie, ce n'est pas une raison pour que je veuille l'être aussi.
Cela dit, il tira de sa poche la somme en écus de six livres, très-proprement arrangée en un rouleau, et la déposa sur la table a écrire.
Madame de Flavacourt le regarda faire
avec un certain étonnement, car la fer-
meté de cette parole, aussi bien que le procédé, étaient pour elle également inattendus, puis elle répondit :
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— Mais que voulez vous me rendre cet argent ? ce que j'ai donné, je ne le reprends pas.
— Donné n'est pas le mot, — reparlit le danseur; — il vous a élé indignement extorqué. Pour ce qui est de ne pas reprendre vos générosités, je ne sais pas bien, — conlinua-t-il, — si cela est exact; je trouve même que vous mettez parfois a ces sortes d'avarices plus de dureté qu'il ne conviendrait.
Dupuis avait cédé a la pente d'une transition qui était venue s'ofFrir d'elle-
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même, et il croyait avoir fait merveille en saisissant celte occasion d'exposer ses
anciens griefs.
Mais ce souvenir fut loin de plaire a la marquise; il lui parut même impliquer pour une démarche, dont elle était disposée à mieux juger d'abord, une interprétation fort peu honorable; s'animant donc sous cette pensée :
— J'ai déjà dit, à l'homme que vous m'avez envoyé, — reprit-elle, -- que si j'entendais encore parler de lui ou de vous, j'aurais recours a une lelfre de ca-
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chefc; ainsi, croyez-moi, brisons-là, reprenez votre rouleau, et sortez d'ici.
— Je sortirai, — répondit Dupuis, — car je n'ai pas le droit, dans le rôle liumiliant que l'on m'a fait auprès de vous, de vouloir vous imposer ma présence ; mais, pour l'argent, je le laisse; il est a vous.
— Je vous dis que je vous l'ai donné, — répliqua la marquise en frappant du pied, — et d'ailleurs, croyez-vous que je sois dupe de votre désintéressement, qui
est tout simplement un prétexte devons remontrer chez Dioi?
— Cependant, si je me retire et n'emporte rien, il faudra bien croire que ma démarclie avait le but que je vous ai dit.
— Habile homme ! il ne fallait pas commencer par en disposer, de la somme, avant de me la rapporter.
— En disposer? — fit Depuis avec étonnement, — car il ne comprenait pas ou allait l'idée de la marquise.
— Et oui sans doute, en disposer, — répondit madame de Flavacourt. - Est-
ce que je paie les gens en écus, moi, comme mes fermiers ; j'ai donné de Tor a ce soldat, vous avez commencé par en faire sans doute quelque débauche, et puis pour revenir, sous un prétexte honnête, me faire une nouvelle visite, vous vous serez procuré ceUe belle monnaie, que peut être seulement vous avez empruntée en vue de la spéculation nouvelle que vous avez arrangée sur moi.
Une vive rougeur couvrit le visage de Dupuis, quant il entendit cette accusation, qui, toute subtile qu'elle fût, ne