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manquait pas de vraisemblance, et il maudit, à part lui, son peu de prévision et de prudence, car, de toute façon, il eût été plus convenable de se procurer de l'or, et de ne pas venir faire sa restitution en la manière d'un fermier^ comme le lui avait dit si aristocratiquement la marquise. Ne pouvant pas toutefois rester sous le poids d'une inculpation qui annulait pour lui tout le résultat d'un grand sacrifice :

— Vous avez torl, madame, — dit-il,

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de faire fi de cet argent; il est noble ;

c'est de Targent du roi.

— Que voulez-vous dire, avec votre argent du roi ?

— Cela signifie que Thomme d'hier recrute pour Sa Majesté, et c'est des deniers royaux que ce rouleau a été formé.

— Vous êtes bien sot de me faire cette confidence, — répliqua aigrement la marquise, abondant toujours dans son idée; — elle prouve que ce militaire, qui puise

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ainsi dans sa caisscjcstun maître fripon, et vous...

— Et moi, je suis sa victime, — interrompit vivement Dupuis; — le misérable avait dépensé ce qu'il vous avait soustrait, et comme, a tout prix, madame, il fallait vous le rendre, je me suis vendu.

— Vous vous êtes fait soldat? — demanda la marquise avec un ton de surprise qui n'avait plus rien de désobligeant.

— Oui, madame ; je ne sauterai plus devant le roî^ je me battrai pour lui.

— Mais quelle folie î dit madame de Flavacourl de plus en plus adoucie, — était-il besoin de recourir à une pareille extrémité?

— Vous me méprisiez bien assez comme cela, pour une chose qui n'était ni de mon fait, ni de ma volonté, sans que, par une infamie où j'eusse eu l'apparence de participer, j'achevasse de m'aviiir à vos yeux.

— Mais vous ne serez pas soldat, — dit

la marquise avec vivacité, -" se faire soldai, un si dur métier... k cause de moi... Je ne le veux pas, monsieur; votre engagement n'aura pas de suite...

Encore si c'était pour être officier!

— Peut-être le deviendrai-je, — répondit Dupuis d'un air d'assurance, qui pourtant ne manquait pas de modestie.

— Officier ! Pauvre garçon ; ce n'est pas sans doute la bravoure qui vous manquera, car ce que vous venez de faire est d'un noble cœur, — dit la belle Italienne d'un accent a montrer combien

elle était touchée ; -~ mais que sert la la bravoure, sans la naissance ?

— • J'y aurai sans doute un peu plus de peine qu'un autre, mais enûn il n'est pas sans exemple qu'un roturier...

— Oui, un sur mille, — fit Ja marquise en l'interrompant, — je vous dis que c'est insensé, et qu'il faut absolument que vous vous rachetiez. Combien cela peut-il coûter, un congé ?

— Moi? prendre de vous... — dit Dupuis sans achever.

— C'est juste ! jamais vous ne vou-

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ciriez; mais je sais un autre moyen : je vais écrire à M. le maréchal de Biron ; je le connais beaucoup^ et très-certainemenlil ne me refusera pas de vous libérer.

— De grâce, madame, n'en faites rien; je n'accepterais pas cette faveur, quand même M. le maréchal me raccorderait.

— Parce qu'elle vous serait venue a

ma reconmiandation, n'esl-il pas vrai ?

-— demanda la marquise d'un ton de reproche. — Ah ! vous êtes rancunier ,

monsieur Dupuis, et il ne fait pas bon vous offenser, si peu de réflexion et de volonté que l'on y ait mis.

— Ainsi donc, vous ne me méprisez pas autant que j\ii pu le croire, — demanda le danseur, que cette espèce de lointaine justification apaisa un peu.

— Moi? vous mépriser! repartit madame deFlavacourt, — quand vous faites paraître une si louable délicatesse de senliments!

— Mon Dieu, j'ai peut-être tort de me montrer aussi susceptible, — dit alors le

danseur ; — mais ma profession m'expose à tant de dédains, et vous aviez si bien l'air de me jeter a ia face de votre mari comme le dernier des hommes !

— Mais n'avez-vous donc pas vu qu'en ce moment j'étais folle? Allons, je vais écrire, n'est il pas vrai ?

•— Vous pourriez toujours le faire, même quand je m'y opposerais, — répondit Dupuis assez jésuiliquement.

— Et puis, il faudra revenir nous voir, — ajouta la marquise, croyant achever de bien faire sa paix. — Je veux conter

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à mon mari votre belle conduite, et nous tâcherons de vous trouver une position un peu meilleure que celle où vous regrettez d'être aujourd'ui.

Cette promesse de mettre le marquis de moilié dans la protection qui lui était offerte ne fut pas, a ce qu'il paraît, du goût de Dupuis, car, a l'instant même il

se rembrunit considérablement, et se

mettant en devoir de sortir :

— J'ai bien des excuses a faire a madame la marquise, — dit-il d'un ton sec

et pincé, — pour l'avoir importunée si longtemps.

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Madame de Flavacourt, qui s'était déjà installée devant son écritoire, ne fut pas frappée de la nuance d'amertume qu'elle aurait cependant bien pu remarquer dans la manière dont le danseur prenait congé d'elle; loin de la, continuant de lui vouloir être parfaitement bonne et

gracieuse :

— Sans rancune au moins, — lui ditelle de sa voix la plus douce, et elle alla jusqu'à lui tendre sa belle main.

Dupuis^ fit involontairement quelques pas pour profiler de celle faveur insigne; mais calculant rapidemenl qu'au fond elle était d'une profonde insignifiance, il s'arrêta tout court, s'inclina respeclueusemenl d'un air de Domine^ non mm dignus , et sortit aussitôt de l'appartement.

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