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de parler. Il serait toujours bien temps de lui faire un mauvais parti, si Ton n'était pas conlent des raisons qu'il paraissait vouloir donner, a la décharge de l'accusation portée contre lui.
îl s'établit donc un grand silence, et après que le calme eut encore été un moment troublé par un plaisant du paradis, qui profita de celle éclaircie pour faire montre de son talent a imiter le chant du coq, Dupuis, dans une altitude a la fois ferme et respectueuse, put
prendre la parole, et il s'exprima à peu près comme il suit :
« Messieurs,
ft Le nommé Nicolet (juste représaille « du nomme Dupuis) vous a fait connaî- <( tre ma résistance a continuer mon ser- « vice ; mais il a eu soin de vous lais- (( ser ignorer les motifs que je pouvais « avoir pour eu agir ainsi. 11 est impos- « sible que le public, qui ui'a toujours « traité avec tant de bienveiliauce, « puissemesupposer lapenséede vouloir
« lui manquer. (Ici quelques applaudis- « sements.) Mais j'ai maintenant des de- « voirs a remplir vis-a-vis d'une person- « ne qui n'est pas moins quelui,considé- « rable et dignede tous mes respects: les <( circonstances m'ont décide aujourd'hui « même, et a l'improvisto, a enlrer au « service du roi, et a contracter un en- « gagement pour le régiment de mes- <( sieurs les gardes françaises. Mon seul « tort, comme mon grand regret, est de « n'avoir pas pu prévenir a temps M. le 4 direcieur, pour faire disparaître mon
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« nom de raffiche, el je prie l'honorable <( assistance de vouloir bien recevoir « mes 1res -humbles excuses à ce su- « jel. )>
Ce que c'est que la différence des temps? Que Ton vienne donc dire aujourd'hui à un parterre que le service du roi empêche un acteur de remplir ses devoirs envers sa majesté le public, et Ton verra comment cette excuse sera reçue ! A l'époque où se passe notre récit, et quoiqu'il y eût déjà en l'air bien de la senteur de 89, l'explication qui venait
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(l'être donnée parut sans réplique, et pas une voix ne s'éleva pour réclamer contre la prépondérance que le danseur n'hésitait pas a admettre de l'un de ses maîtres sur l'autre. Au lieu de renouveler le tumulte, l'annonce du départ de Dupuis causa dans toute la salle une morne stupeur, et l'on put remarquer qu'a l'idée de perdre le danseur chéri, quelques mouchoirs avaient été tirés et entraient enjeu.
Mais tout a coup, d une loge de l'avant-scène, dont la grille élait soigneu-
sèment levée , tombe un papier , que s'empresse de ramasser M. le commissaire, son devoir étant de rien laisser lire sur la scène, ^qu'il ne l'eût préalablement contrôlé.
Pendant qu'il prend connaissance de récrit, cbacun peut remarquer sur le visage du magistrat cette sorte d'épanouissement qui ne manque jamais de procurer la révélation de quelque bonheur imprévu. Presque au même moment, l'bomme de la loi s'approcbe de Dupuis, et, en lui remettant le papier, il
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est facile de voir qu'il ne dédaigne pas de le féliciter; car il faut dire la vérité, Tacrobate n'avait pas de plus chaud admiraieur que ce M. le commissaire.
Le digne homme fait plus encore ; il s'avance pour haranguer, et en quelques mots il annonce que Dupuis vient de recevoir la nouvelle de son congé; en sorte que le délai seulement nécessaire pour aller s'habiller, et l'on va le voir à son rôle.
Noire héros cependant ne semblait pas aussi empressé qu'on le disait de rentrer
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dans la vie dansante. Pendant qu*un tonnerre d'applaudissements ébranlait la salle, les yeux avidement fixés sur la
loge dont la bonne nouvelle lui était ve-
nue, il semblait chercher a pénétrer le grillage de son regard, et il faut ajouter que, dans ses traits, ne se lisait point cette béatitude qu'exprimait la figure du magistral, moins intéressé que lui cependant à l'heureux dénouement qui venait d'être proclamé
C'est qu'en effet, dans le moment^ au cœur de Dupuis se livrait un combat. Ne
doutanl pas que la marquise ne fût la présente, sa fierté se révoltait a l'idée de se montrer devant elle dans rexercice de son misérable métier , et, d'autre part, ayant, comme tous les artistes distingués, un grand respect pour le public, il sentait qu'a refuser maintenant de danser, il se donnait vis-a-vis des spectateurs , qui lui avaient témoigné tant (ie sympathie, un tort qui ne serait point pardonnable. ^
Nicolet coupa court, au reste, à cette délibération intérieure, en venant pren-
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dre le rêveur par le bras^ et en lui disant qu'on n'atlendait plus que lui pour commencer. Comme a la toilette de théâtre qu'il devait faire, Dupuis se sentait encore du délai pour se décider, il ne résista pas a l'intimation du directeur et après un dernier et long regard jeté du côté que l'on peut imaginer, il se
mit en devoir de gagner sa loge.
A ce qu'il paraît, il finit par prendre sa détermination dans le sens le plus raisonnnable,car bientôt après, l'orchestre annonça son entrée, et, montant sur le
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théâtre ordinaire de ses exploits , il souffrit qu'en la manière accoutumée, un garçon de coulisse, affublé d'un costume a la turquCj frottât de blanc d'Espagne la semelle de ses brodequins.
Au commencement, sa danse sembla se ressentir de sa situation morale; elle fut, comme il avait été lui-même, un peu découragée et indécise, et ce n'était point le Dupuis que l'on connaissait.
Mais peu a peu le rhylhme ardent de la musique, qni le soutenait, finit par lui communiquer son animation, et l'artiste
arrivant a dominer l'iiomme, il reprit beaucoup de sa verve. Quelques instants plus tard, la réaction acheva de se faire, et telle fut sa puissance et son énergie, qu'un moment le grand danseur oublia et l'univers entier et sa marquise, ou, pour mieux dire, s'il se rappela celte chère présence, ce fut pour y trouver un nouvel élément de vigueur et d'inspira lion. Une fois son Rubicon passé, il eut, ma foi! l'idée de faire son chemin par cette même illustration qui, un instant plus tôt, lui paraissait menacer de le
perdre. Risquant les plus périlleuses choses, bondissant sur sa corde 'comme si ses muscles eussent été des ressorts de l'acier le plus fin, il se montra h la fois si gracieux, si énergique, si aérien, et au milieu de ses audaces les moins ménagées, si maître de lui-même, que la salle entière le salua de ses acclamations. En un moment, tous les bouquets qui paraient les corsages volèrent pour faire autour de ce triomphateur, quand il descendrait de son ciel, une glorieuse et odorante jonchée.
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Mais il était écrit que cette soirée, déjà fci pleine d'émotions diverses, se terminerait par une vive péripétie.
Au moment où avait éclaté le tumuKe si heureusement apaisé par le discours de Dupuis, des filous, espèce de gens qui abondent toujours aux lieux de réu • nions publiques . avaient compté lirer bon parti du désordre qui commençait.
La prompte paciOcation survenue ayant empêché ces messieurs d'opérer comme ils l'entendaient, ils ne voulurent point en avoir le démenti, et comme
l'émotion causée parFadmirationleur parut aussi bonne a mettre en œuvre que rémotion causée par la colère, ils curent la lumineuse idée de l'exploiter sous forme de contraste ; voila donc, qu'au milieu de renivrement général, commence a retentir, sur plusieurs points de la salle, le cri terrible : Au feu! au feu!
On sait, dans un théâtre^ reiïet de cette sinistre clameur ; personne ne songe a constater la réalité du danger; une terreur panique s'empare de l'assistauce , on se précipite en masse vers les issues
OÙ Ton s'écrase, el c'est a ce bon moment que les gens de rapine font leur moisson de bracelets, colliers, pendants d'oreille, riches mantelets de dentelle, et autres objets de leur industrie.
Dupuis venait de sauter lestement a terre, et il était entrain de faire son salut au public, quand les premiers cris commencèrent à être poussés.
Vu rétat de vive émoliou où il se trouvait alors, il était moins en mesure que tout autre de sainement apprécier les choses; il jugea donc le péril très-sé-
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rieux sur parole. Alors, tandis que, sur la scène comrae dans la salle, chacun s'occupe égoïslenient de pourvoir a sa sûreté, s'élançani vers la loge d'avantscène d'où lui était venue la nouvelle de sa liberté, en un tour de main, il brise le grillage, et aperçoit une iemnie qui essaie vainement de pousser ia porte, dont le jeu est empêché par ki foule extérieure.
— Madame, — lui crie-t-il, — je sais une issue qui sera plus libre; veuillez, de ffràce. vous confier a raoi.
A celle invitation, la dame se retourne, monte lestement sur uq tabouret, et franchit avec l'aide du danseur, l'appui de la loge ; pendant que les deux fugitifs traversent rapidement le plancher du théâtre, Dupuis songe un peu k regarder sa proie...
Lui, vous et moi sommes étrangement dupés : ce n'était pas la marquise 1