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Lucifer qui l'emporte, grâce à la défection d'Adam.
A l’aide de Prométhée, ayant le premier | Adam pour type, Lucifer ou Zeus devient donc de le souverain des hommes. Bientôt il les tyran-
nise, et les fait gémir sous le poids des douleurs. Alors Prométhée intervient ; mais, cette fois, il prend fait et cause pour les hommes # contre Zeus et il les sauve. C’est le second ‘ Adam. Le Verbe devient alors son type, et il
raconte aux Océanides comment il a apporté la
lumière aux hommes, et comment il les a sau-
vés. En décrivant leurs misères avant sa venue,
il en parle comme le Prophète-Roi : “ Ils regar-
daient et ne voyaient pas, ils écoutaient et n’en-
tendaient pas.” Ocwlos habent et non videbunt,
aures habent et non audient.
Quand son récit est terminé, les Océanides | lui demandent : “ N’as-tu rien fait de plus pour : eux ?” Il répond: “ Je les ai empêchés de prévoir la mort.—Par quel remède les as-tu guéris de ce mal?—J'ai mis eu eux l'aveugle espérance.”
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Quel merveilleux écho des promesses de l’'Eden ! Quelle annonce prophétique de la rédemption !
Les Océanides ne comprennent rien à cet amour extraordinaire de Prométhée pour les hommes, et elles le lui reprochent : “Tu les as aidés plus qu’il ne convenait. Tu as trop aimé les mortels. Vois le salaire ingrat de tes bienfaits...”
Prométhée répond : ‘ J'ai eu pitié des hommes, c’est pourquoi l’on n’a pas eu pitié de moi...” David (ps. 108) fait dire au Christ : “Ils m'ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour l’amour dont je les entourais.”
Réponse mystérieuse et sublime, dont la
tristesse rappelle la grotte de Gethsémani et le Calvaire ! Car le Christ aussi a eu pitié des
hommes et l’on n’a pas eu pitié de lui, ni Dieu qui l'a soumis à toutes les souffrances de la passion et de la croix, ni les hommes, qui ont été ses bourreaux, et qui le sont encore. Il me
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semble évident qu’une pareille idée, exprimée
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ESCHYLE 31 par un païen, cinq siècles avant Jésus-Christ, dépasse l’imagination même du génie.
Et Prométhée ajoute: “ Pour secourir les mortels, je me suis perdu moi-même. Je n'ignorais rien, j'ai voulu, sachant ce que je voulais.” Jésus n’a pas parlé autrement.
Ici survient Océanos, touché comme ses filles du sort de Prométhée. Il lui fait des remontrances d’un ton bonasse. Il est le type de ces sages et de ces prudents qui ne comprennent rien aux œuvres du génie, ni de la Providence,
et qui ne s'élèvent jamais au-dessus du terre à terre.
Prométhée l’'éconduit assez rudement.
C'est alors que la vierge Zo entre en scène.
Le type de la vierge Lo, c’est Eve, maudite et poursuivie par la colère des dieux. C'est la femme, traversant cette vie dans le cortège de
douleurs qui la suivaient partout, avant la venue du Christ.
Mais c'est aussi Marie, la seconde Eve, car vous allez voir que Prométhée lui parle, comme l'ange Gabriel à la vierge de Nazareth cinq cents ans plus tard.
Elle se lamente, et vient se plaindre à Prométhée, vers lequel un châtiment commun, ayant le même auteur, l’attire :
“ C'est par Zeus, lui dit-elle, que je suis malheureuse ! ”
Alors Prométhée lui prédit la chute de ce dieu, dans des termes que l'on dirait copiés de la Bible :
‘“ Sois-en sûre, il sera dépouillé de son
sceptre royal ; wne femme enfantera un fils qui
le détrônera.
— Cette révolution, reprend Io, est-elle donc inévitable ?
— Zeus ne l’évitera pas. Il faut que je sois délivré,
— Qui donc te délivrera, malgré lui ?
— Femme, un fils de ta race.
— Que dis-tu? Mon fils te délivrera !”
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ESCHYLE 33 ve, Car C'est la pudeur de la vierge qui s’alarme et comme s'étonne. Prométhée répond : ‘ Il est une terre th cinq | promise par les destins, à toi et à tes descen-
LA dants, pour de longues années ; c’est là, dans à Pro- 4 cette région triangulaire que baigne le Nil ommun, | sacré, que doit s’'accomplir la parole prodigieuse
de l’oracle, qui naguère t'appela franchement je suis | future épouse de Dieu. C’est là qu’une main | divine te touchera seulement, et tu deviendras
te de ce mère sans avoir connu l’homme, Ô vierge d’Inaopiés de “+1 chus... Puis de ta race naîtra un Æorf qui sera 4 mon libérateur... (1) de son De ce Zort, qui, suivant les prédictions de fils qui 4 Prométhée, devait le délivrer, les païens, avec | { leurs idées matérialistes, ont fait Hercule. C’est ! lle donc 4 lui en effet qui, d’après Eschyle, vint délivrer | Prométhée.
je sois Pous nous, chrétiens, qui dédaignons la force
matérielle, le Fort nous est apparu sous l’appa-
(1) Isaïe avait dit à Israël: “Ton Rédempteur est le Fort de Jacob.”
L FRET ARE 2 x $ ORNE LATE RUTATREN Es. | à ; … APPRIS RARE à Ole DRE j Ô AÉRUE A At e adie e Lape ee BR M n 2E
rence de la faiblesse. Au reste l’épithète de Fort convient également à Jésus, et il est vainqueur du serpent, comme Hercule est vainqueur de l’hydre.
Après le départ d’Io, Prométhée répète aux Océanides ses prédictions de malheurs contre Zeus, et l’on croirait entendre Daniel expliquant au roi Balthazar la terrible inscription qu’une main mystérieuse avait tracée sur la muraille.
‘ Qu'il siège maintenant sur les hauteurs, confiant dans le fracas des nues qu'il agite, fier de lancer le trait enflammé. Ces armes ne défendront pas sa chute misérable. Voici venir un adversaire invincible qu'il se prépare contre lui-même.” a.
Ces prédictions sinistres pour Zeus, si souvent renouvelées avec une énergie croissante, finissent par troubler la paix de l'Olympe. Zeus s'émeut, il eroit déjà son trône ébranlé, et il envoie vers Prométhéeson messager Hermès, afin d’apprendre les secrets du supplicié, et comment le pou-
voir de Zeus pourrait jamais être détruit.