ŒDIPE
La grandeur est un destraits caractéristiques du Beau, celui qui séduit les esprits supérieurs, et qui fait pardonner les fautes de détail.
C’est la grandeur qui distingue Eschyle ; c'est la perfection de la forme qui fait la gloire de Sophocle. k
Les personnages d’'Eschyle sont plus grands que nature et se meuvent dans un monde surhumain. Ceux de Sophocle sont hommes et vivent de notre vie. Le premier a plus de force, le second a plus de grâce. L'un semble dédaigner la beauté des formes, tandis que l’autre la recherche.
Eschyle fut malheureux, et sa patrie ne reconnut pas suffisamment ses mérites.
Sophocle fut heureux : 1l n’eut qu’à se montrer pour recevoir des couronnes. Sa vie fut une
série de triomphes, depuis l’âge de 25 ans jusqu’à 90 ans. La gloir ‘:umina son adolescence, et couronna sa mort.
Il vint à son heure, à l’époque la plus brillante de l’histoire de sa patrie, alors qu’Athènes, victorieuse de l’Asie, marchait à la tête de la civilisation et se couvrait de monuments et de statues.
La poésie de Sophocle reflète la gloire et la beauté de sa patrie. Ses tragédies sont à l’art dramatique ce que sont les statues de Phidiss à ka sculpture, et le Parthénon à l’architecture.
Abandonnant les règles antiques, qui jetaient mille entraves sous les pas d'Eschyle, il fait des innovations qui métamorphosent le drame. Il rajeunit la scène, il lui donne plus de vie, et surtout plus d'action, en augmentant le nombre des personnages.
I] crée des situations, invente des péripéties,
varie les scènes, ajoute des incidents, et soutient l'intérêt.
Le drame d’Eschyle ressemble au Caucase
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sauvage où son Prométhée est crucifié. Celui de Sophocle est tantôt un palais, tantôt un tem-
ple, où tout est symétrique, proportionné, harmonieux.
S'il était permis de comparer les choses saintes aux profanes, je dirais que l’œuvre d'Eschyle ressemble à l’ancien Testament, et celle de Sophocle au nouveau.
Le premier représente les Dieux sous un aspect terrible, au milieu des horreurs de la vengeance et de la tyrannie. Le second les montre plus soucieux de la justice, moins acharnés à la perte des mortels, tout en sillonnant la terre des éclats de leurs foudres.
Tous deux sont d'ailleurs les échos des croyances antiques ; car selon ces croyances les Dieux sont toujours des Vengeurs ; et quand on les prie, quand on leur offre des sacrifices, c’est toujours pour les apaiser.
H semble que Jupiter soit constammentirrité.
Eschyle le représente même comme un Mauvais
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