‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 13 sur 96 · DEN À · texte numérisé non relu

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Œil toujours ouvert sur les hommes et tout rempli d'éclairs.

C’est pourquoi la Vengeance estdivinisée par les poètes sous le nom de Némésis ; et les châtiments sont personnifiés dans les Erynnies.

Dans toutes les grandes calamités la main de Némésis ou des Erynnies se montre, et l’humanité tremble.

Pour échapper à Némésis, il n’y avait qu'un moyen, le sacrifice; et encore fallait-il que ce sacrifice fût accepté. Car s’il plaisait aux Dieux de le rejeter, la vengeance était inévitable.

Hérodote en raconte un exemple très curieux.

Polycrate, roi de Samos, avait eu tous les.

succès et tous les bonheurs. Témoin de cette fortune constante et invraisemblable, son ami Amasis, roi d'Egypte, s'inquiète de son avenir et craint pour lui quelque catastrophe prochaine, parce qu’il est incuï qu'un bonheur si constant ne soit pas suivi de quelque malheur effrayant.

Il lui écrit donc pour l'en prévenir, et lui

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mande de sacrifier aux Dieux ce qu'il possède de plus précieux, afin de détourner les revers qui doivent être imminents.

Polycrate est convaincu que son ami a raison, et, comme sacrifice expiatoire de son bonheur, il va lui-même jeter dans la mer, bien loin du rivage, un joyau qui lui était très cher, une émeraude splendide enchâssée dans un anneau d’or.

Mais, cinq jours après, un pêcheur vient lui vendre un poisson, dans le corps duquel il retrouve son anneau, qu'ii avait regretté amère. ment.

En apprenant ce prodige, son ami le roi d'Egypte rompt avec lui, parce qu’il le croit condamné par les Dieux.

Peu de temps après, un Satrape perse s’empare de.la personne de Polycrate, et le malheureux roi est écorché vif et cloué sur une croix.

Ces croyances des païens ne sont pas sans harmonie avec les nôtres.

Nous aussi nous regardons notre Dieu comme

le grand Vengeur, et nous l’invoquons même à ce titre contre l’iniquité et contre les impies.

Job s'exprimait presque comme Eschyle lors-

qu'il disait :

Dieu réserve à ses fils des châtiments amers : Ses yeux seront témoins de leur propre ruine, Et lui-même boira la vengeance divine,

Nous aussi nous croyons que nos sacrifices ne sont pas toujours acceptés, et Caïn en est

le premier et le plus lamentable exemple.

Nous aussi nous savons que le bonheur en ce monde ne peut pas durer bien longtemps, et que le malheur finit toujours par nous atteindre, les uns plus tôt, les autres plus tard.

Autres harmonies entre les croyances païennes de la Grèce et les nôtres :

Le plus grand crime, aux yeux des païens,

celui qui suscitait la plus grande fureur des

Dieux, c'était la tentative de l’homme de

se faire leur égal. C'est pour ce crime que Prométhée, Hercule, Bellérophon et d’autres

“furent punis.

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Notre croyance sous ce rapport est identique, et nous savons que ce trime fut puni dans Adam, dans les géants qui construisirent Babel, et dans bien d'autres depuis.

Du moment qu’un homme s'élevait au-dessus des autres, les sages de la Grèce croyaient qu'il excitait la jalousie de Jupiter, et Némésis était chargée de l’abaisser.

C'est ce qui faisait dire à Esope que l’occupation de Jupiter était d’hwmilier ce qui est élevé, et d'élever ce qui est humble.

Et nous, chrétiens, ne disons-nous pas de notre Dieu, avec la Vierge Marie : “ Deposuit superbos et exaltavit humiles ?

Ici, pourtant, il y a une nuance qu’il faut remarquer : notre Dieu n’abaisse pas les é/evés,mais les superbes; ce n'est pas l'élévation maïs orgueil qu'il punit.

Les païens se rendaient-ils compte de cette distinction importante ? Comprenaient-ils la douleur souvent infligée par Dieu à l’innocent lui-même ? S'expliquaient-ils que le malheur en

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ce monde n'est pas toujours un châtiment,

mais qu’il est parfois une épreuve, un mérite acquis, et non une expiation ?

Je ne le crois pas, et c'est pourquoi ils avaient recours à la Fatalité pour expliquer certaines infortunes fameuses.

Cependant, il me paraît évident que Platon, Socrate, Eschyle et Suophocle ont eu sur ce point d’autres notions que le vulgaire, et qu’ils ont entrevu presque toute la vérité.

Nous avous vu comment Eschyle a représenté sur la scène, dans Prométhée,des variantes de nos deux grands dogmes chrétiens : la chute originelle et la promesse d’un Rédempteur.

Cette émouvante tragédie qui s’accomplit à l'aurore dela vie humaine, comme un orage vient obscurcir l’aube d'un beau jour, explique déjà les ombres qui nous enveloppent et les douleurs qui nous assaillent.

Mais nous allons faire un pas de plus avec Sophocle, et scruter plus profondément les mystérieux rapports de Dieu avec l’âme humaine.

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a Nous allons trouver dins Œdipe une victime apparente de la Fatalité, un innocent qui paraît D coupable, et sur la tête duquel la main de Dieu s’appesantit. Mais ce qui paraît être un châtijy ment n'est en réalité qu’une épreuve, comme celle que Job a subie, et cette grande figure du ré juste persécuté, ŒEdipe, sort triomphante de cette de épreuve qui fait place à la plus gloricuse des réhabilitations. ré- Il es | à On connaît l’histoire ou plutôt la légende d’Œdipe. ‘ à Il est le fils du roi et de la reine de Thèbes, FR Laïus et Jocaste. Or un oracle a prédit à Laïus ja qu’il serait tué par son fils. Pour échapper à ce Fe sort funeste, le roi livre son enfant à un esclave qui garde les troupeaux sur le mont Cithéron, et cb qui est chargé de le faire mourir.

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