‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 14 sur 96 · Mais l’esclave a pitié de l’enfant, et le confie à · texte numérisé non relu

Mais l’esclave a pitié de l’enfant, et le confie à

un berger qui en prend soin. Plus tard, l'enfant est adopté par Polybe, roi de Corirthe, et il est

élevé dans la croyance que Polybe est vraiment

son père.

Quand il est devenu grand, il apprend des terribles oracles qu’ii doit tuer son père et épouser sa mère,

Il est épouvanté, et s'enfuit de Corinthe pour n'y jamais revenir. Il se dirige vers Thèbes qui est alors en proie aux afflictions qui lui viennent du Sphinx. Au carrefour de trois chemins, il est assailli la nuit par un voyageur conduisant un char, et il le tue; or cet assaillant inconnu qu’il a tué est Laïus, son père. |

Il rentre dans Thèbes. Il répond aux énigmes du Sphinx, il en délivre la ville et il est proclamé roi. Enfin, il épouse la reine veuve, sans savoir qu’elle est sa mère, et de cette union naissent deux fils, Etéocle et Polynice, et deux filles, Antigone et Ismène.

Telle est l’horrible histoire d'Œdipe, et c’est au moment qu'il vit heureux, puissant, honoré, loué de tous, sur le trône de Thèbes, dans l’ignorance absolue de la vérité de son passé, c’est à

nt ce moment, dis-je, que le poëte a placé le début de son drame.

les Il s'ouvre avec une majesté sans égale.

dÉ Sur la grande place publique de Thèbes, autour d’un autel où fume l’encens, devant le pa-

dl lais du roi, une troupe de vieillards, de femmes

qui et d'enfants est agenouillée.

nt

Accompagné du prêtre de Jupiter et des sacrificateurs, Œdipe apparaît sous le portique de son palais, il en descend majestueusement les degrès pour se rapprocher de son peuple, et il dit :

Enfants, du vieux Cadmus jeune postérité, Pourquoi vers ce palais vos cris onttils monté,

Et pourquoi ces rameaux suppliants, ces guirlandes ? Toute la ville est pleine et d’encens et d’offrandes, Pleine de chants plaintifs, de sanglots et de pleurs ! — Ne voulant point d’un autre apprendre vos malheurs, Je suis venu moi-même, enfants, moi, votre père, Œdipe dont la gloire emplit toute la terre !

Parle donc, Ô vieillard ; il te convient, à toi, De répondre en leur nom.—Que voulez-vous de moi ?(1)

(1) Nous empruntons cette belle traduction à M, Jules - Lacroix.

Alors, le prêtre de Jupiter expose au roi que l'antique cité de Cadmus est ravagée par une peste épouvantablé, et que les malheureux habitants échappés au fléau ont recours à lui, et le supplient de détourner les colères célestes :

Quand le Sphinx nous dictait son effroyabte loi, —

La ville de Cadmus, qui l’affranchit ? C’est toi !

Sans nul secours humain.—- Aussi chacun répète Qu’avec l’aide des Dieux tu sauvas notre tête !

Et maintenant encor, tremblants à tes genoux, Œdipe, Ô notre espoir ! sauve-nous, sauve-nous.… Viens donc, à le plus grand des hommes, le meilleur ! Relève cette ville en deuil et considère

Qu'elle t’a proclamé libérateur et père !....

Œdipe répond :

O malheureux enfants, croyez-vous que j'ignore Vos larmes... et pourquoi votre bouche m'implore ? Vous souffrez tous, hélas ! je le sais, je le vois ; Mais je souffre encor plus que vous tous à la fois! Chacun de vous ne sent dans la tic commune Que sa propre douleur 1) le est mon infortune ! Moi, je pleure sur L sur vous, ** sur moi...

Comme un vrai pere du peuple, il n’a pas at-

tendu ses supplications pour agir. Il a envoyé

ENVTI TEE te CETTE AR, col | MATE

que Créon, son beau-frère, consulter l’oracle de Delune | phes, et il attend son retour avec impatience. \abi- | Enfin, Créon arrive, et rapporte au roi la réet le ponse de l’oracle :

‘* Purgez le sol thébain du monstre qu’il nourrit ! L'incurable fléau demande qu’on l’expie,

ŒDiPE.

Quelle expiation ?

CRÉON

Il faut chasser l’impie, Et que le meurtre soit par le meurtre lavé, #4 C'est du sang qui déborde et rougit le pavé !

ŒDIPE, ” De quel meurtre le Dieu parle-t-il ? De quel homme ?

CRÉON

© prince, il fut un roi— c’est Laïus qu’on le nomme— Qui jadis gouvernait cette ville avant toi, Œprre.

On me l’a dit. Mes yeux n’ont jamais vu ce roi, CRÉON.

Il fut tué ! Le Dieu sur les auteurs du crime Nous enjoint clairement de venger la victime. at | ŒDLPE,

ais Mais où sont-ils ?— Comment suivre dans le passé y | ; D'un crime ancien déjà le vestige effacé ?

2e) » 4 À PT is curadé à gore et Seront dant lues Dial és het a

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CRÉON

Ils sont ici, le Dieu l’affirme,— ici, te dis-je ; Ce qu’on cherche on le trouve.

Œdipe cherchera, et cet assassin qu'il maudit, il le trouvera. Il jure que le pays et Dieu seront

veagés. Il y est lui-même intéressé :

La cause de Laïus est la cause des rois !

Tous les Thébains sont convoqués en assemblée, et le noble roi leur adresse ce discours, terrible pour l'assassin de Laïus, fils de Labdacas, rempli d'anathèmes qui retombent sur sa propre tête comme des traits de feu :

Celui de vous qui sait par la main de quel homme Le fils de Labdacus a péri, je le somme

De me révéler tout, de ne rien déguiser !

S'il tremble et ne veut pas lui-même s’accuser, Qu'il délivre en fuyant ce pays qu’il opprime : Nul autre châtiment ne poursuivra son crime.

Si par un étranger le meurtre fut commis,

Au dénonciateur mes bienfaits sont promis ;

Qu'il parle !— Mais rebelle à mon ordre suprême, Craignant pour un ami peut-être, ou pour lui-même, Si l'homme qui pourrait parler ne parle pas, Apprenez le destin que j’attache à ses pas!

audit, seront

assem- COUTS,

abdasur sa

Quel qu’il soit, je défen:s à tout ce qui resnire

Dans cette région soumise à mon empire,

De parler à cet homme, opprobre des mortels,

De l’admettre au foyer, de l’admettre aux autels,

De souffrir qu'avec nous jamais il sacrifie,

Et qu’il trempe sa main dans l’eau qui purifie !

Mais tous de vos maisons, loin du seuil paternel, Comme un fléau vivant chassez le criminel !.….

Je maudis l'assassin dans l’ombre enveloppé ;

Je le maudis, qu’il ait ou n’ait pas de complice,

Dieux! que ses jours proscrits ne soient qu’un long sup- Et si je consentais qu’à mon propre foyer [plice. 11 vint jamais s’asseoir—puissent me foudroyer

Les maux que ma prière appelait sur l’infâme…

Et le malheureux Œdipe continue sur ce ton, accumulant sur sa propre tête les plus terribles malédictions, et jurant de venger Laïus comme on venge son père! Quel mot dans sa bouche ! Il termine enfin:

Ceux qui nous braveraient et que nous maudissons, Puissent-ils voir, grands Dieux ! leur terre sans moissons, Leurs femmes sans enfants !.. Qu'un fléau sur eux tombe, Plus cruel que celui qui nous jette à la tombe !—

Pour vous qui respectez nos ordres, que toujours La justice etles Dieux accompagnent vos jours,

Hélas ! l’infortuné roi s'engage dans la plus

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