‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 32 sur 96 · HAN · texte numérisé non relu

HAN

fait faire un acte de foi. Cela suffit pour assurer sa victoire sur le démon.

Au seul point de vue de l’art, ce dénouement répugne, parce qu'il blesse la justice naturelle.

Que Marguerite, naguère si pure et si innocente, entraînée par l'amour et succombant dans un moment de faiblesse, mais se relevant par le repentir, puisse être pardonnée, cela se comprend et rentre dans les vues ordinaires de la miséricorde divine. Mais que Faust, le grand coupable, le séducteur qui a ravi l'honneur d’une vierge, l'assassin qui a tué le frère de son amante et empoisonné sa mère, l’impie qui blasphème Dieu, qui maudit les dons qu'il en a reçus, et qui signe de son sang un pacte avec le démon, que ce Faust n'ait qu’à formuler un acte de foi pour être sauvé, cela répugne non seulement à la

justice naturelle, mais aux lois éternelles de l'Art. | Alors, conclurez-vous, Gœthe aurait dû condamner Faust? Sans doute il l'aurait dû. Mais d'abord le grand dramaturge allemand ne me

con- Mais

me

à 5 « à aisdiséhens

paraît guère convaincu qu’il y ait vraiment un enfer.

Ensuite, et c'est là surtout qu’il faut chercher, e crois, la vraie réponse à la question posée, en condamnant Faust, Gœthe se serait condamné lui-même.

L'histoire des amours de Faust et de Margue-

rite, c'est l’histoire de Gœthe et des femmes

qu'il a aimées, séduites et abandonnées. Marguerite c'est Frédérique, c'est Lili, c’est Charlotte, que le poète égoïste et sans cœur a trahies et livrées au désespoir.

- Voilà sans doute pourquoi Gœthe n’a pas voulu condamner Faust.

Le dénouement fait encore défaut sous un autre rapport.

‘On se rappelle le pacte conclu entre Faust et Satan : sur terre le démon sera le serviteur de Faust, et /4-bas Faust sera le serviteur de Satan.

On se rappelle aussi la condition, et le terme de la prise de possession de Faust par le démon

HAS RC?

He AA * ñ

si jamais Faust est assez héureux pour supplier le temps de suspendre sa course, sa dernière heure doit sonner à l'horloge de la vie, et le démon doit l’entraîner dans l’abime.

Or le drame finit sans qu’il soit plus question ni de ce pacte ni de cette condition.

” Pourquoi donc alors avoir créé cette situation si elle devait rester sans issue ? Pourquoi avoir noué une intrigue et ne l'avoir pas dénouée ?

On me dira peut-être que le dénouement est contenu dans le second Æuwsf; mais, encore une fois, nous ne voulons étudier que le drame joué au théâtre.

D'ailleurs on admettra qu’il est pour le moins étrange de la part d’un auteur dramatique de dire à son auditoire : veuillez lire telle autre de mes œuvres, et vous aurez le dénouement du drame que vous venez d'entendre. Ce qui ajoute encore à la bizarrerie, c’est que ce dénouement, que nous apprécierons plus loin, fut publié plus de vingt-cinq ans après le drame lui-même.

Donc le drame reste sans conclusion. Mais

PA

CASE PEUR EE Ÿ ANA 054 r. HAE de

RME CAR | te EL

cette lacune extraordinaire, et les hors-d'œuvre

dont Faust est émaillé, s'expliquent plus ou moins quand on sait de quelle manière et dans quelles circonstances le drame a été composé.

C'est ce que nous allons maintenant étudier, et nous devrons pour cela suivre le poète non seulement dans son travail mais dans sa vie privée.

On a été bien dur pour Lamartine parce qu’il a mis le public au courant de ses jeunes amours, et raconté les faiblesses de Graziella, de Régina et de Julie.

Sans doute on a eu raison, mais il faut bien reconnaître que d’autres l’avaient fait avant lui, et qu’il pouvait s'autoriser d’illustres exemples, en remontant seulement jusqu’à Pétrarque et Dante.

Cependant il est peu d'écrivains qui aient plus exploité leurs amours que Gœthe, Chacune de ses maîtresses lui fournissait le sujet d’un drame, d’un roman, ou d’un poème, et comme

| ANS FO Et K Fi QE: GARE 10 \l SR PUR RARES OTE, MEUR) SL AT AR ER A Ar Rp ol SE pe ON RARE ARNO 1 Bond ve

le

ver édlirniathdntenn: tuant dei 2 de is

items mt anintenie ne een Mile re 4 LANTA TT RARE AO TRE DÉTENUS € AU Le Fra LES SUR JE AVES r CUP OR ES CREPAR Oe 0 rte (0. QUE NE ES LE 0 Pa te ES Cu st f

il a été débauché sans vergogne ni pudeur, jusqu’à un âge très avancé de sa vie, un grand nombre de ses œuvres ne sont que des confidences, des confessions (sans contrition), ou plutôt des études psychologiques et physiologiques justifiées par des expériences i# anima vili.

Sa première passion a été Frédérique Brion, fille d’un ministre protestant, ce qui prouve qu’on peut appartenir à la religion réformée et avoir encore quelques réformes à faire, même dans sa famille. Grâce à l'Eglise catholique, nos prêtres n'ont toujours pas ce souci, d'avoir des filles à réformer.

La pauvre Frédérique avait dix-huit ans. Elle avait été pure jusque-là. Elle se donna tout entière avec la téméraire confiance que l'on a toujours à son âge ; et quand elle se vit trahie et abandonnée, elle mourut.

Peut-être Gœthe s'est-il imaginé qu’en l’immortalisant sous les traits de Marguerite, ilavait réparé ses torts envers elle. Mais quand il a comparu au tribunal de Dieu, il a dû s’aperce-

r, jusgrand nfidenplutôt giques TR

Brion, > qu'on t avoir lans sa prêtres filles à

is. Elle a tout l'on a trahie

J'imilavait dila aperce-

voir que l'immortalité qu'il lui avait donnée n'avait pas cours d ‘autre côté de la mort.

Au reste, Gœthe n pas fait comme Dante, qui n’aima que Béatrix, et l’infortunée Frédérique pourrait bien lui reprocher de ne pas l'avoir

egrettée.

Le poète trouverait une excuse dans la nécessité de terminer son drame. Æwws/ commencé depuis longtemps, n'avançait pas vite, et il fallait au poète des émotions nouvelles et de fraîches inspirations. En un mot, pour achever de peindre Marguerite, il lui fallait un second modèle : il le trouva dans Lili Schœnemann.

Lili n’était pas la fille d’un pasteur, mais d’un banquier, ce qui est un avantage quand l’amoureux veut se marier.

Mais Gœthe n'était pas de ces amoureux-là.

Le mariage n’était pas le but de ses aspirations, “et l'amour légitime n’eût pas inspiré le poète libre penseur. Pour secouer la torpeur de son génie allemand il lui fallait, comme dit le directeur de théâtre dans le prologue de Faust, des liqueurs fortes.

RTE RD DA RLPR SR PONT TPS Ne dei jr4 ERA EAP ADN AU EE DS PRE SIA (EEE LI RARE RE PPS PSE ARRET SRE A EG ME

C’est pour cela, j'imagine, que tout en ayant des rendez-vous très tendres avec Lili, chez un compositeur d’opéras comiques, il écrit les lettres les plus passionnées à la comtesse Auguste ; et dans le même temps la malheureuse Frédérique se meurt de chagrin.

Tel est l’homme qu’il faut connaître quandon a étudié le poète. Est-il nécessaire d'ajouter que sa belle passion pour Lili ne dura pas longtemps? Les feux de paille qui n’enflamment.

que les sens et laissent le cœur froid, s'éteignent toujours très vite, et Gœthe n’avait pas encore abandonné Lili qu’il faisait la cour à une autre qu'il déclare être la plus singulière créature ‘ qu’il ait connue.

J'oubliais un détail, c'est que dans ses ‘lettres amoureuses Gœthe parle toujours des bons dîners qu’il prend, et qu’il interrompt souvent ses tirades les plus ardentes pour allér se mettre: à table ; puis il dit : ‘ J'ai mangé une douzaine de petits oiseaux, aussi. vrai que Dieu les a créés.”

ayant lez un les letguste ; Frédé-

andon jouter s longmment.

ignent encore

autre éature

lettres bons puvent mettre:

uzaine les a

soda te DA LL Di

Pendant ce temps-là le Faust avance bien lentement, et Gœthe ne fait que des pièces détachées qui entreront dans le drame plus tard, s’il est possible de leur trouver une place.

Il est assez curieux de remarquer que la ballade du Roi de Thulé est le premier morceau que le poète ait écrit pour son drame. ‘ Etrange procédé, dit un de ses critiques, de cet esprit sans méthode qui commence une œuvre de cette importance par le détail le plus inutile | Tout une forêt greffée sur une fleur ! ”

Il écrit plus tard le premier monologue de Faust, puis le dialogue avec Wagner ; de là il passe aux amours de Marguerite, il ébauche quelques autres scènes, et décrit celle de la prison, qui servira de dénouement.

Le reste fut écrit plus tard soit en Suisse, soit en Italie, soit à Francfort. Il est d’ailleurs aisé de voir en le lisant que ce drame a été fait par fragments et à diverses époques.

Ce fait explique les hors-d'œuvre qu’on y rencontre. Quoique le drame ait un double

cadre, la légende du docteur Faust et les amours de Marguerite, tout n’y pouvait pas entrer, et Gœthe n’a pas réussi à rattacher à la trame de la tragédie les scènes de la cave d'Auerbach, de la nuit du sabbat, des noces d'Obéron, et Titania.

Quoi qu'il en soit, ce n’est qu'en 1790 que Gœthe publie un fragment de drame intitulé Faust. Il y avait seize ans qu’il avait commencé par la ballade du Æoi de Thulé. Ce fragment ne contenait qu’un tiers environ de ce qui compose aujourd’hui le drame.

D'où venait donc cette lenteur de travail?

Faut-il l’attribuer uniquement au défaut d’invention, à la difficulté de conception du poëte? Non, pas uniquement. Ilest vrai que l’invention est une faculté qui paraît avoir man- Qué au génie de Gœthe ; mais cela ne suffit pas à expliquer la stérilité intellectuelle dont Gœthe semblait frappé à cette époque. Ii y avait. une autre cause, et cette cause nous la trouvofs dans les mœurs du poète.

et les it pas cher à la cave s noces

90 que intitulé nmencé agment

ce qui

avail?

t d’inju poëe l’inr manfit pas nt Gœ-

y avait .

ouvois

L'amour sous toutes les formes légitimes est une source d'inspiration pour le génie. Il l’est encore dans certains cas où la légitimité lui manque, mais c'est à condition qu'il garde quelque chose de son caractère éminemment idéal, qu'il reste un sentiment élevé de l’âme

et ne devienne jamais une vile satisfaction des

sens.

Or, à cette époque de sa vie, Gœthe avait déserté les régions de l'idéal ; il se traînait misérablement dans les bas-fonds de la volupté.

Ce n’est jamais impunément que l’on trahit, que l’on foule aux pieds, que l’on avilit ce noble et immortel sentiment, mobile de toutes les grandes actions et de tous les dévouements.

Si vous le respectez, il vous élève, mais si vous le souillez, il vous avilit; il devient votre tyran et il exige le sacrifice de l’honneur, de la réputation, de la vertu, du génie et de toutes les forces physiques et morales,

C'est ainsi que Gœthe était devenu l’esclave de Vénus. Après les amours volages que nous

Page 1