‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 45 sur 96 · SR EST ES DR TEA · texte numérisé non relu

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242 LES GRANDS DRAMES donner à ce puissant esprit, et c’est en la suivant qu’il trouva le cher‘ de la gloire.

L'étude des grands mutres espagnols ouvrit à Corneille de nouveaux horizons. Un champ plus vaste et plus élevé s’offrit à son génie, qui prit soudainement un sublime essor, et qui tira du drame chevaleresque de Guillen de Castro, le chef-d'œuvre qui a fait sa gloire, le Ci.

Dans notre étude sur Shakespeare, nous avons dit que Macbeth est le drame de la conscience : nous pouvons dire ici que le Ci# est le drame de l'honneur. Le nœud du drame, c’est l’honneur. Le fond du drame, la clef de ses situations dramatiques, le mobile des actions de ses personnages, le sentiment qui les anime, le mot qu'ils ont sans cesse à la bouche, c’est l’honneur, toujours l’honneur.

Il n’est. pas un drame peut-être qui mette er scène plus de personnages honorables et nobles ; et c’est une lutte d’honneur qu'ils sou-

tiennent les uns contre les autres. C’est à qui

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placera ‘plus haut ce sentiment, le poussera plus loin, et en sentira mieux toutes les délicatesses.

Le roi et l’infante, le Cid et Chimène, don Diègue, don Gomez, et don Sanche, et les gouvernantes elles-mêmes parlent le langage de l'honneur et de la plus exquise distinction.

Si l’on ajoute à cela que les situations dramatiques dans le Ci sont les plus saisissantes que l’on puisse voir au théâtre, on comprendra l’immense succès qu’il obtint.

En vérité, ce ne fut pas seulement un succès, mais un triomphe ; car le Cid fut attaqué de toutes parts, et critiqué comme jamais pièce ne le fut peut-être, et cependant il sortit vainqueur de la lutte, et fut bientôt joué dans toute l’Europe. Il fut même traduit en allemand, en anglais, en flamand, en espagnol et en italien.

Tout le monde voulut le voir jouer, et les Parisiens plaignaient les provinciaux de ne pouvoir entendre le Cid. Les femmes surtout en raffolaient, et l’on raconte que les plus vieilles, après l’avoir entendu, se mettaient l'amour en tête.

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On ne pouvait s’en lasser, on l’apprenait par cœur, et quand on voulait exprimer toute son admiration pour une œuvre quelconque, on disait : C’est beau comme le Ci.

Les critiques attribuërent ce succès inouî au jeu des acteurs, et malmenèrent très fort le poète: épigrammes, sonnets, satires, épîtres, brochures, ouvrages volumineux furent lancés à ia fois contre le C4, et le bruit qui se fit autour de cette œuvre semble aujourd’hui incroyable.

Scudéry, qui avait tant admiré la Veuve, écrivit en parlant du Cid: “Il est de -eertaines pièces, comme de certains animaux qui sont en la nature, qui de loin semblent des étoiles et qui de viès ne sont que des vermisseaux.” Quel beau mépris d’un bel esprit !

Pendant quelque temps, on put croire que la question du C4 primait toutes les autres en France, et Richelieu y prit le même intérêt qu’à

. une affaire d'Etat.

I] paraît certain qu’il inclina fortement du

côté des critiques, et qu’il influença le jugement

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