‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 51 sur 96 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

On connaît le fameux combat des Horaces et des Curiaces. Albe et Rome étaient en guerte, et les deux armées allaient en venir aux mains, lorsqu'il fut convenu d’en finir par un combat singulier. Trois frères romains, les Horaces, lutteraient contre trois frères albains, les Curiaces, et la ville dont les combattants seraient vaincus subirait la loi de celle des vainqueurs.

On sait quelle fut l'issue de ce combat, et comment Albe devint ainsi la sujette de Rome.

Voilà le fait historique d'où le poète à tiré son drame, et il a su y déployer des ressources dramatiques et une puissance créatrice qu’on ne saurait trop admirer.

Le jeu des passions, et l’antagonisme des sentiments y sont mis en mouvement avec un art infini, et y produisent les plus grands effet

Le poète y met en présence, d'un côté, le viril

Horace et son fils, et de l’autre, Sabime et Ca-

274 LES GRANDS DRAMES mille ; la première, femme d’'Horace et sœur de Curiace, la seconde, fiancée de Curiace et sœur d'Horace ; il en résulte un choc de sentiments et de passions, de patriotisme et d'amour, qui A4 produit les effets les plis paihétiques.

Au moment où le drame commence, les armées sont en présence, et n’attendent plus que le signal de la bataille.

Sabine, qui est Albaine par sa famille, mais qui, comme femme d’Horace, devrait aimer Rome et désirer sa victoire, est dans la plus grande perplexité, et elle peint à Julie, sa confi-

dente, les sentiments contraires qui l'agitent :

Je suis Romaine, hélas ! puisque Horace est Romain :

J'en ai reçu le titre en recevant sa main ; Mais ce nœud me tiendrait en esclave enchaînée, k S'il m'empéchait de voir en quels lieux je suis née, Albe, où j'ai commencé de respirer le jour,

Albe, mon cher pays et mon premier amour,

Lorsque entre nous et toi je vois la guerre ouverte,

Je crains notre victoire autant que notre perte, Rome, si tu te plains que c’est là te trahir, Fais-toi des ennemis que je puisse hair.

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eur de Quand je vois de tes murs leur armée et la nôtre, t sœur Mes trois frères dans l’une, et mon mari dans l’autre, Puis-je former des vœux, et sans impiété Importuner le ciel pour ta félicité ?

ur, qui nl Je sais que ton État, encore en Sa naissance, Ne saurait, sans la guerrre, affermir sa puissance ; Je sais qu’il doit s’accroître, et que tes grands destins Ne le borneront pas chez les peuples latins ; s que le Que les dieux t'ont promis l'empire de la terre, Et que tu n’en peux voir l’effet que par la guerre : Bien loin de m'opposer à cette noble ardeur,

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les ar-

e, mais Qui suit l’arrêt des dieux et court à la grandeur, aimer Je voudrais déjà voir tes troupes couronnées, D'un pas victorieux franchir les Pyrénées.

a plus Va jusqu’en l'Orient pousser tes batailons, a confi- Va sur les bords du Rhin planter tes pavillons ; anit : 4 Fais trembler sous tes pas les colonnes d’Hercule, Mais respecte une ville à qui tu dois Romule. ÿ Ingrate, souviens-toi que du sang de ses rois bre à Tu tiens ton nom, tes murs et tes premières lois. | Albe est ton origine ; arrête et considère sig Que tu portes le fer dans le sein de ta mère, * née.

Julie s'étonne de ce langage, et lui rappelle sé: qu’elle a manifesté naguëre plus d’indifférence.

Sabine lui répond qu’alors il n’y avait entre

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* Romulus, fondateur de Rome, était Albain,

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les deux villes que de légers combats, qui ne pouvaient entraîner la ruine ni de l’une ni de l'autre.

Mais aujourd’hui qu'il faut que lune ou l’autre tombe, Qu’Albe devienne esclave, ou que Rome succorabe,

Et qu'après la bataille il ne demeure plus

Ni d’obstacle aux vainqueurs ni d’espoir aux vaincus, J'aurais pour mon pays une cruelle haine,

Si je pouvais encore être toute Romaine,

Et si je demandais votre triomphe aux dieux,

Au prix de tant de sang qui m'est si précieux,

Je m’attache un peu moins aux intérêts d’un homme : Je ne suis point pour Albe et ne suis plus pour Rome ; Je crains pour l’une et l’autre en ce dernier effort,

Et serai du parti qu'affligera le sort.

Egale à tous les deux jusques à la victoire,

Je prendrai part aux maux sans en prendre à la gloire, Et je garde, au milieu de tant d’âpres rigueurs,

Mes larmes aux vaincus, et ma haine ux vainqueurs.

Cette lutte intérieure n'est-elle pas admirablement peinte ?

Camille a-t-elle les mêmes sentiments ? Elle est Romaine, mais elle aime Curiace. Julie l’interroge, et Camille répond :

De pareilles frayeurs mon âme est alarmée ; Comme elle je perdrai dans l’une et l’autre armée.

mime :

Rome ; rt,

a gloire,

nqueurs .

admira-

s ? Elle lie l’in-

mée.

Je verrai mon amant, mon plus unique bien, Mourir pour son pays, ou détruire le mien ;

Et cet objet d'amour devenir, pour ma peine, Digne de mes soupirs, ou digne de ma haine,

Hélas !

Puis, elle rappelle à Julie le jour qu'elle a été fiancée à Curiace,

Admirez cette suite d’antithèses :

Ce jour nous fut propice et funeste à la fois ;

Unissant nos maisons, il désunit nos rois ;

Un même instant conclut notre hymen, et la guerre

Fit naître notre espoir et le jeta par terre,

Nous ôta tout, sitôt qu’il nous eut tout promis,

Et, nous faisant amants, il nous fit ennemis.

Mais, au moment qu’elle se désole, et croit que*son amour est à jamais brisé, Curiace arrive, et lui apprend qu’un armistice est conclu ; que les deux armées, sur le point de se jeter l'une sur l’autre, ont décidé d'en finir par un combat singulier, et que des deux côtés on est à choisir les combattants.

La joie des deux amants est grande. Enfin, leurs soucis et leurs angoisses vont donc finir! Espoir trompeur, hélas !

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Les combattants choisis sont les trois Horaces et les trois Curiaces.

C’est ici que le poète révèle tout son art dans le dessin des caractères.

Horace est entièrement dominé par l'honneur qui lui est fait, et par la gloire qu’il attend. Le patriotisme et le courage sont les seules voix qu’il entende, et il semble oublier les liens qui l’unissent à Curiace :

Rome a trop cru de moi ; mais mon âme ravie Remplira son attente, ou quittera la vie.

Qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement.

Curiace, au contraire, laisse parler son cœur. Il est bien décidé de sacrifier son amour et sa vie pour le salut de la patrie, rnais il s’afflige d’être réduit à cette extrémité :

Encor qu’à mon devoir je coure sans terreur,

Mon cœur s’en effarouche et j'en frémis d'horreur... Je crois faire pour Albe autant que vous pour Rome, J'ai le cœur aussi bon, mais enfin je suis homme :

Je vois que votre honneur demande tout mon sang, Que tout le mien consiste à vous percer le flanc,

mn

Lo Près d’épouser la sœur qu’il faut tuer le frère. Ce triste et fier honneur m'émeut sans m’ébranler, ans | J'aime ce qu'il me donne et je plains ce qu’il m’ôte ; Et si Rome demande une vertu plus haute, Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain

\on- Pour conserver encor quelque chose d’humain.

at- si Le farouche Horace lui répond :

les

plier Si vous n'êtes Romain, soyez digne de l'être ; Et, si vous m'égalez, faites-le mieux paraître, La solide vertu dont je fais vanité N'admet point de faiblesse avec sa fermeté.

Contre qui que ce soit que mon pays m’emploie, J'accepte aveuglément cette gloire avec joie. Et, pour trancher enfin ces discours superflus, Albe vous a nommé, je ne vous connais plus.

œur.

, F —]Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue,

fige | réplique le bon et touchant Curiace.

Mais cette sensibilité, qui est plus dans la nature que la valeur un peu sauvage d'Horace, ne l’empêchera pas de faire son devoir ; et lors-

1, que Camille, sa fiancée, vient le supplier de ne pas aller combattre, Curiace lui répond fière-

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