NÉARQUE
Nous pouvons tout aimer, il le soufre, il l’ordonne ; 1 Mais à vous dire tout, ce Seigneur des seigneurs LH Veut le premier amour et les premiers honneurs, ÉA Comme rien n’est égal à sa grandeur suprême, “ J1 faut ne rien aimer qu'après lui, qu’en lui-même,
Négliger, pour lui pre, et ferme, et biens, et rang,
Exposer pour sa gloire et verser tout son sang,
Polyeucte est gagné, et, après avoir dit adieu à Pauline, il se rend au temple pour être fait chrétien. Pauline est à la fois irritée et affigée ; elle raconte à Stratonice, sa confidente, le songe qu’elle a fait quelques jours auparavant, et dans lequel elle a revu Sévère, son premier amour.
Son récit témoigne de la vivacité de ce pre-
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308 LES GRANNS DRAMES
mier sentiment, et fait voir que cette flamme n’est pas encore complètement éteinte dans son cœur. Elle se complaît à faire son éloge, et à rappeler le sentiment qui les unissait jadis :
Jamais notre Rome N'a produit plus grand cœur ni vu plus honnête homme, I] possédait mon cœur, mes désirs, ma pensée ; Je ne lui cachais point combien j'étais blessée ; Nous soupirions ensemble et pleurions nos malheurs ; Mais au lieu d'espérance il n'avait que des pleurs ; Et malgré des soupirs si doux, si favorables, Mon père et mon devoir étaient inexorables.
Enfin je quittai Rome et ce parfait amant, Pour suivre ici mon père en son gouvernement ; Et lui, désespéré, s’en alla dans l'armée Chercher d’un beau trépas l'illustre renommée, Le reste tu le sais. Mon abord en ces lieux Me fit voir Polyeucte, et je plus à ses yeux.
STRATONICE
Vous faites assez voir à que: point vous l’aimez, Mais quel songe, après tout, tient vos sens alarmés ?
PAULINE
Je l’ai vu cette nuit ce malheureux Sévère, La vengeance à la main, l’œil ardent de colère ;
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