GARE IS
Il n'était point couvert de ces tristes lambeaux Qu’une ombre désolée emporte des tombeaux ; 6 Il n'était point percé de ces coups pleins de gloire 14 Qui, retranchant sa v'e, assurent sa mémoire, È 11 semblait triomphant et tel que sur son char Victorieux dans Rome entre notre César,
Après un peu d’effroi que m’a donné sa vue : : ‘“ Porte à qui tu voudras la faveur qui m'est due, 1 ‘ Ingrate, nv'a-t-il dit ; et, ce jour expiré, 4 ‘ Pleure à loisir l'époux que tu m'as préféré.” LÉ À ces mots, j'ai frémi, mon âme s’est troublée : Ensuite, des chrétiens une impie assemblée, 1j Pour avancer l'effet de ce discours fatal, “à A jeté Polyeucte aux pieds de son rivai.
Soudain, à son secours j'ai réclamé mon père ; ; Hélas ! c’est de tout point ce qui me désespère ; #4 J'ai vu mon père même, un poignard à la main, ai j
Entrer le bras levé pour lui percer le sein : à
Là, ma douleur trop forte a browllé ces images ;
Je ne sais ni comment ni quand ils l'ont tué,
Mais je sais qu’à sa mort tous ont contribué.
Voilà quel est mon songe,
A peine a-t-elle fini ce récit, que son père vient lui annoncer que Sévère n'est point mort, comme on l'avait cru d’abord, qu'il est devenu le favori de l'empereur, et qu’il vient d’arriver à Mitylène, pour épouser Pauline dont il ignore le mariage.
310 IES GRANDS DRAMFS
Félix, homme ambitieux et faible, craint que Sévère ne soit fort irrité en app” ‘ant ce mariage, et ne le discrédite auprès ae l’empereur.
Pauline voit dans ce retour imprévu de Sévère le commencement de la réalisation de son horrible songe. Elle «st informée que Sévère et Polyeucte vont se rencontrer au temple. à l'occasion d'un sacrifice que Félix doit offrir aux dieux. Que résultera-t-il de cette rencontre, et que va-t-il se passer entre les deux rivaux ?
Elle tremble pour la vie de son époux, lorsque sa confidente accourt vers elle, tout épou-
vantée.
PAULINE, L’ont-ils assassiné ?
STRATONICE
Ce serait peu de chose :
Tout votre songe est vrai, Polyeucte n’est plus...
PAULINE, Il est mort !
STRATONICE, Non, il vit; mais, Ô pleurs superflus !
Ce courage si grand, cette âme si divine, N'est plus digne du jour, ni digne de Pauïine.
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Ce n’est plus cet époux si charmant à vos yeux ; C’est l’ennemi commun de l'Etat et des dieux,
Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide, Un traître, un scélérat, un lâche, un parricide,
Une peste exécrable à tous les gens de bien, Un sacrilège impie, en un mot, un chrétien !
PAULINE
Ce mot aurait suffi sans ce torrent d’injures, STRATONICE,
Ces titres aux chrétiens, sont-ce des impostures ?
PAULINE
Il est ce que tu dis, s’il embrasse leur foi ; Mais il est mon époux, et tu parles à moi,
STRATONICE, Ne considérez plus que ce Dieu qu’il adore, PAULINE,
Je l’aimai par devoir, ce devoir dure encore,
STRATONICE
11 vous donne à présent sujet de le haïr ; Qui trahit tous nos dieux aurait pu vous trahir.
PAULINE
Je l’aimerais encore, quand il m'aurait trahie, Et, si de tant d'amour tu peux être ébahie,
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Apprends que mon devoir ne dépend point du sien : Qu'il y manque, s’il veut ; je dois faire le mien,
Quoi ! s’il aimait ailleurs, serais-je dispensée
A suivre, à son exemple, une ardeur insensée ? Quelque chrétien qu’il soit, je n’en ai point d’horreur ; Je chéris sa personne et je hais son erreur.
Mais quel ressentiment en témoigne mon père ?
Stratonice lui raconte alors que le gouverneur est furieux, qu'il a condamné Néarque à la mort, et qu’il espère que Polyeucte, en voyant mourir son ami, reviendra à de meilleurs sentiments.
Bientôt Félix lui-même vient confier ses desseins à sa fille, et Pauline implore la grâce de SON ÉPOUX :
PAULINE
Ne l’abandonnez pas aux fureurs de sa secte, FÉLIX, Je l’abandonne aux lois qu’il faut que je respecte,
PAULINE
Est-ce ainsi que d’un gendre un beau-père est l’appui ?
FÉLIX
Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.
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PAULINE. ; 44
Mais il est aveuglé.
FÉLIX
Mais il se plaît à l'être.
Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître,
PAULINE
Mon père, au nom des dieux...
FÉLIX
Ne les réclamez pas, Ces dieux dont l'intérêt demande son trépas.
PAULINE
Ils écoutent nos vœux, FÉLIX, Eh bien, qu'il leur en fasse.
PAULINE
Au nom de l’empereur dont vous tenez la place. .
FÉLIX
J'ai son pouvoir en main ; mais s’il me l’a commis, C’est pour le déployer contre ses ennemis.
PAULINE, Polyeucte l’est-il ?
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; FÉLIX
Fous chrétiens sont rebelles,
PAULINE, N'écoutez point pour lui ces maximes cruelles ; En épousant Pauline il s’est fait votre sang. FÉLIX, Je regarde sa faute et ne vois plus son rang : EU Quand le crime d'Etat se mêle au sacrilège, Le sang ni l’amitié n’ont plus de privilège, PAULINE, Quel excès de rigueur !
FÉLIX, Moindre que son forfait.
PAULINE, O de mon songe affreux trop véritable effet ! Voyez-vous qu'avec lui vous perdez votre fille ? FÉLIX.
Les dieux et l'empereur sont plus que ma famille, LRRRRLERE PL LLRLELERERLLILLIRELLERLRELIEELRELLRLENIPILIEEERIARLELALLELELELLELZ)
Vous aimez trop, Pauline, un indigne mari,
PAULINE
ë Je l’ai de votre main : mon amour est sans crime ; Il est de votre choix la glorieuse estime ; ; hi |
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Et j'ai, pour l’accepter, éteint le plus beau feu Qui d’une âme bien née ait mérité l’aveu,
Au non de cetie aveugle et prompte obéissance Que j'ai toujours rendue aux lois de la naissance, k k Si vous avez pu tout sur moi, sur mon amour, ï Que je puisse sur vous quelque chose à mon tour ! Par ce juste pouvoir à présent trop à craindre, pe Par ces beaux sentiments qu'il m'a fallu contraindre, | Ne m'ôtez pas vos dons ; ils sont chers à mes yeux, Et m'ont assez coûté pour n'être précieux,
Mais Félix reste inflexible. Au fond de son
cœur, il regrette maïacenant d'avoir donné sa : A
fille à Polyeucte, et voudrait la voir l'épouse de
Sévère ; son ambition en serait mieux servie. pi
Ecoutez-le confier à Albin, l'un de ses officiers,
ses pensées les plus intimes
Te dirai-je un penser indigne, bas et lâche ? Je l’étouffe, il renaît, il me flatte, et me fâche :
L’ambition toujours me le vient présenter, LM Et tout ce que je puis, c’est de le détester. Polyeucte est ici l'appui de ma famille ;
Mais si par son trépas l’autre épousait ma fille, J'acquerrais bien par là de plus puissants appuis, Qui me mettraient plus haut cent fois que je ne suis, Mon cœur en prend par force une maligne joie : Mais que plutôt le ciel à tes yeux me foudroie,
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316 LiS GRAND DRAMES
Qu’à des pensers si bas je puisse consentir, Que jusque-là ma gloire ose se démentir !
Des tentations d'un ordre plus élevé tourmentent en même temps le cœur de Polyeucte.
Ce n’est pas sans lutte qu’il va dire adieu à son
amour et à son bonheur, sacrifiés à sa foi:
Source délicieuse, en misères féconde, Que voulez-vous de moi, flatteuses voluptés ? Heureux attachement de la chair et du monde, Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés ? Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre :
Toute votre félicité,
Sujette à l'instabilité,
En moins de rien tombe par terre ;
Et, comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité.
Ainsi n'espérez pas qu'après vous je soupire, Vous étalez en vain vos charmes impuissants ; Vous me monirez en vain par tout ce vaste empire Les ennemis de Dieu pompeux et florissants,
Cependant il se rend auprès de Pauline qui l’a fait mander, et il lui dit :
Madame, quel dessein vous fait me demander ?
Est-ce pour me combattre ou pour me seconder ?
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CORNEILLE 317 À à Cet efort généreux d: votre amour parfaite Vient-il à mon secours, vient-il à ma défaite ? Apportez-vous ici la haine ou l'amitié, Comme mon ennemie, où ma chère moitié ?
PAULINE, Vous n'avez point ici d'ennemis que vous-même, Seal vous vous haïssez lorsque chacun vous aime, ÿ Seul vous exécutez tout ca que j'ai rêvé : 44 Ne veuillez pas vous perdre et vous êtes sauvé, Wa A quelque extrémité que votre crime passe, À Vous êtes innocent si vous vous faites grâce. + Daignez considérer le sang dont vous sortez, su Vos grandes actions, vos rares qualités ; ni Chéri de tout le peuple, estimé chez le prince, : A Gendre du gouverneur de toute la province ; à Al Je ne vous compte à rien le nom de mon époux, ‘4 C’est un bonheur pour moi qui n’est pas grand pour vous, “4 Mais après vos exploits, après votre naissance, 4 Après votre pouvoir, voyez notre espérance ; 1 Et n’abandonnez pas.à la main d’un bourreau “ Ce qu’à nos tristes yeux promet un sort si beau, à ñ -POLYEUCTE, si Je considère plus ; je sais mes avantages, Ai
Et l'espoir que sur eux forment les grands courages, 1 Ils n’aspirent enfin qu’à des biens passagers,
Que troublent les soucis, que suivent les dangers ;
La mort nous les ravit, la fortune s’en joue ;
Aujourd’hui dans le trône, et demain dans la boue ;
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Et leur plus haut éclat fait tant de mécontents, Que peu de vos Césars en ont joui longtemps.
J'ai de l'ambition, mais plus noble et plus belle : Cette grandeur périt, j'en veux une immortelle, Un bonheur assuré, sans mesure et sans fin, Au-dessus de l'envie, au-dessus du destin,
Est-ce trop l'acheter que d’une triste vie,
Qui tantôt, qui soudain me peut être ravie,
Qui ne me fait jouir que d’un instant qui fuit,
Et ne peut m'assurer de celui qui le suit ?
PAULINE
Voilà de vos chrétiens les ridicules songes,
Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensonges ; Tout votre sang est peu pour un bonheur si doux! Mais, pour en disposer, ce sang est-il à vous ?
Vous n'avez pas la vie ainsi qu’un héritage ;
Le jour qui vous la donne en même temps l’engage : Vous la devez au prince, au publie, à l'Etat,
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POLYEUCTE
Je dois ma vie au peuple, au prince, à sa couronne ; Mais je la dois bien plus au Dieu qui me la donne : é Si mourir pour son prince est un illustre sort, | Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !
: ss PAULINE.
ia. Quel Dieu !
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POLYEUCTE
Tout beau, Pauline : il entend vos paroles, Et ce n’est pas un Dieu comme vos dieux frivoles ; Insensibles et sourds, impuissants, mutilés, De bois, de marbre, ou d’or, conime vous les voulez : C’est le Dieu des chrétiens, c’est le mien, c’est le vôtre, Et la terre et le ciel n’en connaissent point d’autre.
Nous regrettons de ne pouvoir reproduire toute cette scène, qui est d’une grande beauté. Citons encore ce colloque :
isonges ; ; PAULINE,
x! ; ; Quittez cette chimère et m’aimez,
POLYEUCTE
re * :
sage : Je vous aime [même.
Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moi-
PAULIE,
Au nom de cet amour ne m'abandonnez pas.
nne ; rs, POLYEUCTE.
mart t Au nom de cet amour daignez suivre mes pas,
PAULINE
C’est peu de me quitter, tu veux donc me séduire ?
: gb dat suis mé apnnnrrpnhte mraegits berne Eure timarmee eh bnoee denrethitteinomer,, peraioertem ts terres aie oaerirtemnente etes IX FT LUCE” RAS ASP: EVA RE Cake ME te DA CLEA AS EE NAN A É RER PAR CU RES PNA EN A HAE :
POLYEUCTE, C’est peu d’aller au ciel, je vous y veux conduire. PAULINE, Imaginations !
POLYEUCTE, Célestes vérités !
PAULINE
Etrange aveuglement !
POLYEUCTE
EÉternelles clartés !
Non seulement Polyeucteest décidé à mourir, mais, puisqu'il ne peut la convertir, il veut que Pauline devienne, après sa mort, l'épouse de Sévère ; et c'est à ce dernier qu'il dit :
Vous êtes digne d’elle, elle est digne de vous ;
Ne la refusez pas de la main d’un époux :
S'il vous a désunis, sa mort vous va rejoindre.
Sévère est à la fois étonné et touché de ces sentiments. Mais Pauline ne saurait y souscrire,
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et son noble cœur n’est pas même tenté. Elle persiste dans ses efforts auprès de son mari pour le détourner de la foi chrétienne, puis auprès de son père et de Sévère lui-même, pour obtenir la grâce &e Polyeucte, s’il persiste dans son erreur.
Mais tous ses efforts restent sans succés. Polyeucte est inébranlable dans sa foi et dans sa détermination de mourir. Félix refuse de pardonner, de crainte de déplaire à l’empereur et de perdre sa position.
Sévère seul est touché, non par les paroles de Pauline, mais par la vertu admirable de Polyeucte, et par le courage des chrétiens en face de la mort. Il en vient à se demander si leur Dieu unique ne vaut pas mille fois micux que ces nombreuses divinités dont les Romains remplissent } =:
1 songe alors à sauver Polyeucte, et se -end chez le gouverneur. Mais il arrive trop tard. Pauline est devant son père, et lui adresse cette apostroyhe véhémente :
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