‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 67 sur 96 · LES C ‘4 DRAMES · texte numérisé non relu

LES C ‘4 DRAMES

met en relief les fortes passions et les fiers sentiments, l'ambition, l’orgueil, le patriotisme, læ gloire et la grandeur idéale. Corneille est de ceux qui émerveillent et que l’on admire : Racine est de ceux qui charment et que l'on aime.

Racine excelle dans ses créations féminines : sous ce rapport il est supérieur à Corneille. Seshéroïnes sont admi' ment dessinées, et leurs passions sont fineme... et profondément analygées.

Koxane, Hermione, Clytemnestre, Tphigénie, Phèdre, Monime et Athalie sont des créatious psychologiques d’une grande beauté.

Quant au style, il est bien près de la perfection, sauf les exagérations de ton et de pose qui sont la faute commune de tous les écrivains de cette époque.

Corneille ressemlie à Eschyle, et Racine à

‘ Sophocle : l’un vise surtout à faire grand, et l’autre à faire beau. Mais ni l’un ni l’autre n’ont cette puissance d'imagination dont Shakes-

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Qu'on se représente Shakespeare dramatisant Britannicus / Quel personnage il eût fait de Néron |! De quels terribles coups de pinceau il eût peint ce mirliflore sinistre, ce baladin lugubre, devenu le maître du monde! Quel tableau effrayant il eût fait de cette époque néfaste, où Rome était devenue un cloaque de boue et de sang ! Quels contrastes il eût su faire naître entre l’histrion couronné et l’horrible Locuste, son exécutrice des hautes œuvres, entre Ja Maison d'Or des Césars et le laboratoire ténébreux de l’empoisonneuse !

Rien de cela n'apparaît dans la tragédie de Racine. Au lieu d’un drame tumultueux, effrayant, mouvementé, comme le sujet, le poète A fait une tragédie harmonieuse, dont les lignes correctes et les périodes étudiées respectent l'étiquette et les bienséances.

Mais, en revanche, il est juste de dire que Racine a traité Afhalie comme Shakespeare

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n'aurait pas su le faire. Ce qu’il fallait pour représenter ces grandes et belles scènes qui ont le temple de Sion pour théâtre, ce n’était pas le ciseau hardi et tourmenté de Michel-Ange ; c'était le pinceau lumineux et mystique de Raphaël, et c’est à ce pinceau que le génie de Racine ressemble.

Je ne sais quelle mystérieuse harmonie rapproche ces deux grands génies, et place au même rang dans les œuvres de l'Art la Zransjiguration et Afhalie.

Le style de Racine n’a ni la force de Corneille, ni la hardiesse de Shakespeare ; mais il est moins rude, moins heurté que celui de ses deux grands rivaux. Peut-être même pourrait-on soutenir qu’il a su déployer une vigueur cornélienne dans Withridate.

Nous lui reprochons de n’avoir pas été aussi national que Shakespeare, et d’avoir chanté l'antiquité païenne au lieu de glorifier la France chrétienne. Mais il faut reconnaître que ses pérsonnages grecs parlent bien comme les Français

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du siècle de Louis XIV,.et que son Athènes ressemble beaucoup à Versailles.

C'est une faute sous le rapport de la vraisemblance littéraire ; mais c’est une excuse au point de vue national.

Nous pourrions multiplier ces rapprochements et ces contrastes pour mettre en pleine lumière les génies dont nous étudions les œuvres. Mais nous croyons en avoir dit assez pour. l'appréciation des beautés littéraires que

nos analyses vont maintenant faire ressortir. Nous bornerons notre travail à trois tragédies, qui, suivant nous, font le mieux connaître le poète: Andromague, qui fut son premier grand succès, Zphigénie qui marqua le milieu de sa carrière dramatique, et Afkalie qui fut son adieu au théâtre, et qui est la plus parfaite de

ses œuvres.

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ANDROMAQUE

Andromaque est la veuve de l'illustre chef des Troyens qu'Homère a chanté. Hector était un héros qui avait sacrifié sa vie pour sa patrie. Tué par Achille, roi de l’Epire, sa mort avait entraîné la chute de Troie. Les Grecs vainqueurs s'étaient partagé les dépouilles, et les vaincus avaient été emmenés en captivité.

La veuve d'Hector était échue en partage au fils d'Achille, Pyrrhus, qui l'avait conduite en Epire, avec son fils Astyanax.

Mais la Grèce, qui a si difficilement triomphé d'Hector, s'inquiète de voir élever ce rejeton d’une race fière et ennemie. Elle envoie donc Oreste, fils d’Agamemnon, roi d’Argos, auprès de Pyrrhus, pour lui représenter qu’Astyanax, enfant d'Hector, doit périr, la mort de cet enfant étant nécessaire à la sécurité de tous.

Pyrrhus fait à la sommation des Grecs cette fière réponse :

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La Grèce en ma faveur est trop inquiétée :

De soins plus importants je l’ai crue agitée,

Seigneur, et, sur le nom de son ambassadeur,

J'avais dans ses projets conçu plus de grandeur.

Qui croirait en effet qu’une telle entreprise

Du fils d'Agamemnon méritât l'entremise ;

Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant,

N’eût daigné conspirer que la mort d’un enfant ?

Mais à qui prétend-on que je le sacrifie ?

La Grèce a-t-elle encore quelque droit sur sa vie ?

Et seul de tous les Grecs ne mw’est-il pas permis

D’ordonner d’un captif que le sort m’a soumis ?

Oui, seigneur, lorsqu’au pied des murs fumants de Troie

Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie,

Le sort dont les arrêts furent alors suivis,

Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils.

Hécube près d'Ulysse acheva sa misère ;

Cassandre dans Argos a suivi votre père :

Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits ?

Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits ?

On craint qu'avec Hector Troie un jour ne renaisse :

Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse.

Seigneur, tant de prudence entraîne trop de soin :

Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin

Je songe quelle était autrefois cette ville,

Si superbe en remparts, en héros si fertile,

Maîtresse de l’Asie ; et je regarde enfin

Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin ;

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes,

Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes,

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Un enfant dans les fers ; et je ne puis songer Qué Troie en cet état aspire à se venger.

Ah! si du fils d'Hector la perte était jurée, Pourquoi d’un an entier l’avons-nous différée ? Dans le sein de Priam n’a-t-on pu l’immoler ? a Sous tant de morts, sous Troie, il fallait l’accabler. Tout était juste alors : la vieillesse et l’enfance En vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense ; La victoire et la nuit, plus cruelles que nous, Nous excitaient au meurtre, et confondaient nos cuups. Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère. Mais que ma cruauté survive à ma colère, Que, malgré la pitié dont je me sens saisir, Dans le sang d’un enfant je me baigne à loisir ? [proïe ; 4 Non, seigneur : que les Grecs cherchent quelque autre a Qu'ils poursuivent aillenrs ce qui reste de Troie ; De mes inimitiés le cours est achevé ; L'Epire sauvera ce que Troie a sauvé,

Mais ce n’est pas seulement l'honneur et la bonté d'âme qui font ainsi parler Pyrrhus ; c'est aussi l'amour.

Pyrrhus aime Andromaque, et il va s’efforcer de gagner son cœur, en lui montrant le péril qui menace son fils, et sa détermination de le sauver :

Tous les Grecs demandent qu’il périsse,

* dit-il à Andromaque ;

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