HERMIONE
Ah ! fallait-il en croire une amante insensée ? Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ?
Et ne voyais-tu pas, dans mes emportemens, Que mon cœur démentait ma bouche à tous momens ?
Adieu, Tu peux partir. Je demeure en Epire :
Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire, A toute ma famille ; et c’est assez pour moi, Traître, qu’elle ait produit un monstre tel-que toi,
Oreste est accablé. Il n’en peut croire ses
oreilles. Il s'imagine qu'il est halluciné, que
c’est un cauchemar qu’il vient d’avoir.
Soudain, Pylade vient lui annoncer qu'Hermione a couru vers le temple, qu’elle a rencontré des soldats qui portaient le corps de Pyrrhus, et qu’elle s’est poignardée sur son cadavre.
Alors le malheureux Oreste devient fou furieux ; et, se sentant écrasé par la Æafalité, à laquelle croyaient et ses pères et lui-même, il blasphème, il crie, il écume :
Où sont ces deux 1mants ? Pour couronner ma joie, Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie ; L'un et l’autre en mourant je les veux regarder : Réunissons trois cœurs qui n’ont pu s’accorder..
Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ? De quel côté sortir? D'où vient que je frissonne ? Quelle horreur me saisit ? Grâce au ciel, j’entrevoi... Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi!
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Le malheureux ne voit plus que des fantômes.
Son fidèle ami, Pylade, lui parle; maisil le prend pour l’ombre de Pyrrhus :
Quoi! Pyrrhus, je te rencontre encore !
Trouverai-je partout un rival que j’abhorre ?
Percé de tant de coups, comment t’es-tu sauvé ? Tiens, tiens, voifa le coup que je t’ai réservé.
Mais que vois-je ! A mes yeux Hermione l’embrasse ! Elle vient l’arracher au coup qui le menace !
Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi ! Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ? Hé bien ! filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes ? Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? A qui destinez-vous l’appareil qui vous suit ? Venez-vous m’enlever dans l’éternelle nuit ?
Venez, à vos fureurs Oreste s’abandonne,
Mais non, retirez-vous, laissez faire Hermione : L’ingrate mieux que vous saura me déchirer,
Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer !
Il est temps que le rideau, en tombant, dérobe aux regards ce visionnaire enragé !
Le principal défaut de cette pièce, dont le succès a été très grand, et qui a convaincu la France que Corneille avait un successeur, c’est que la conclusion morale n’en est ni claire ni
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précise. Tout au plus pouvons-nous en déduire cette morale générale, que Pyrrhus, Oreste et Hermione sont châtiés parce qu'ils n’ont pas su commander à leurs passions.
Oreste n’a pas la grandeur que Corneille eût réussi sans doute à lui donner. Mais c’est tout de même un caractère bien étudié, et Racine se révèle dans toute cette œuvre comme un grand peintre des passions, et un fin observateur du cœur humain.
Le style, un peu déparé par la convention que l’hôtel de Rambouillet imposait, est néanmoins fort brillant, et témoigne du génie de l’écrivain.