‹ Les grands drames [microforme]Chapitre 82 sur 96 · PR TR UE PRIE MES RE · texte numérisé non relu

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Dans une poésie intitulée ‘“ Pyéissance égale Bonté,” Y'auteur de la Zégende des Siècles a imaginé une joute entre Satan et Dieu : à qui crée-

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rait la chose la plus belle.

Moi, dit le démon au Créateur :

Moi, je prendrai ton œuvre et la transformerai, Toi, tu féconderas ce que je t’offrirai ;

Et chacun de nous deux soufflera son génie Sur Ja chose par l’autre apportée et fournie,

Dieu accepte le défi, et il fournit à l’ange | rebelle tout ce que celui ci estime le plus beau dans la création. Satan se met à l'ouvrage, et après un long et pénible travail il croit avoir "à produit un chef-d'œuvre.

Or, savez-vous ce qu'il a créé, cet infirme

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effrayant ?—La sauterelle.

Triomphant, il prend alors une araignée, et la remet à Dieu comme matière première de son œuvre. Et pendant qu’il ricane du bon tour qu’il croit avoir joué, l’œil de Dieu contemple l'araignée. Sous ce regard créateur et tout-puis- ‘sant la bête infime et monstrueuse se transforme, grandit, s’illumine, devient un globe immense tout rayonnant de flammes, et Satan, ébloui, s'enfuit épouvanté,

Car Dieu, de l’araignée, avait fait le soleil,

Cette puissance créatrice infinie est telle que Dieu n’a pu la retenir toute entière en lui-même. Elle a débordé de son être, et s’est répandue dans toute la création. Chacun des êtres créés a reçu du Tout-Puissant une fécondité plus ou moins merveilleuse, et devient créateur à son. tour.

Les créatures les plus infimes en sont douées, et produisent parfois des œuvres admirables.

C’est à l’huître que nous devons la perle, et c’est du fumier que la rose tire son parfum.

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Mais si Dieu n’a pu refuser la fécondité à la nature matérielle, à plus forte raison il a dû la communiquer à ses créatures spirituelles, et c'est de ce don merveilleux que procèdent les œuvres du génie humain.

Cependant l'esprit de l’homme ne peut créer de rien. Dieu seul a cette puissance souveraine, et nous savons que pour faire le soleil il n’a pas eu besoin d’une araignée, comme matière première,

Le génie de l’homme, au contraire, a besoin de matériaux pour en façonner ses œuvres ; et la beauté de ses ouvrages ne dépend pas seulement de sa puissance, mais encore de la matière première qu’il a choisie.

I ne lui suffit donc-pas d’êt:e grand lui-même pour produire de grandes choses ; il faut que le sujet sur lequel il travaille contienne aussi des : éléments de grandeur. C'est en vain qu'il épuisera ses forces sur un morceau d'argile, il n‘en fera jamais une pierre précieuse,

L'affirmation de cette vérité nous paraît ici à

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sa place, car il nous semble que Victor Hugo l'a souvent méconnue.

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digieux, il s'est imaginé qu’il pouvait créer à la façon de Dieu, et transformer une araignée en soleil,

Après avoir lu ses œuvres, on est tenté de croire qu’il a voulu soutenir une joute comme celle de Dieu contre Satan. Il a pris toutes les laideurs physiques et morales, et il a prétendu les tran<former en beautés.

Il a choisi des monstres, Han d’Islande, Quasimodo, l’'Æomme qui rit, etc., etc., et il les a transformés en héros.

Il a pris un bouffon, Triboulet, infirme et vicieux, et le plaçant à côté d’un des plus grands rois de France, il a fait du bouffon un martyr touchant, et du roi, un infâme et sinistre débauché.

Il a pris une courtisane, Marion de Lorme, ‘et il l’a présentée au public comme un ange de pureté, entre un roi idiot et un cardinal sangui-

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