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H. Lenient, Satire au moyen âge. Hachette

ÏNTHO&UCTÎON XIU

mité vaincue, à la recherche des effets artificiel*, à la gymnastique puérile des tour» de forée. Pourtant, ne soyons pas trop dédaigneux de ces délassements ; car les rondeaux et les ballades , ou s'exerçait alors l'adresse des ingénieux, furent un$ école de facture, et assouplirent la rigidité du vers primitif; il fallait bien forger le dur métal pour le rendre malléable et ductile. Ces épreuves de longue patience seront profitables à l'avenir. L'instrument rebelle aux emplois délicats perdit enfin sa rouille, et apprit à obéir à l'artiste.

Nous en avons déjà la preuve dans les harmonieuses complaintes de Charles d'Orléans (1391-1465). Mais, si nous aimons sa grâce, nous chercherons ailleurs la verve, l'originalité , la puissance et la vie. Noos la trouverons enfin dans le génie heureux de Villon (1431-1484), cet initiateur d'une inspiration cordiale, humaine, sincère et toute moderne. Pour rencontrer son égal, il nous faudra désormais aller jusqu'à Rabelais (1483-1553). Aussi restera-t-il voisin de nous; son talent lai fera pardonner ses misères, et la postérité n'oubliera pas plus ses touchantes ballades que la farce anonyme de Maître Pathelin (xv* siècle), chef-d'œuvre impérissable comme une page de Molière.

U prose abonde dans ce siècle vulgaire, dont la fin est assombrie par l'ombrageuse, mais habile tyrannie de Louis XI, ce Tibère bourgeois qui sut régner parce qu'il savait dissimuler. On y voit partout foisonner les sermons, les romans et ces fabliaux dérimes qui vont s'appeler Contes et nouvelles. Mais dans ces improvisations diffuses,. la langue est indigeste et surchargée de mots latins ou italiens qui ont brutalement envahi notre vocabulaire, et l'encombrent de leur cohue tumultueuse. Si l'on excepte quelques discours éloquents de Gerson (1363-1429), ou les écrits inégaux, mais relevés de Christine de Pisan et à' Alain Chartier, un seul nom mérite une longue mémoire dans la foule de ceux qui jargonnent des patois de toute provenance. Nous voulons parler de Philippe de Comines (1445-1509), esprit robuste qui devance les temps, politique sage comme l'expérience, moraliste trop accommodant, mais d'autant plus vrai dans le récit et l'appréciation des faits qu'il est moins sévère sur les principes, et confond trop volontiers le juste aveo l'utile. Son livre est un monument qui nous rappelle Vesuvre principale du XVe siècle, V unité de la France conquise enfin par la victoire définitive de la monarchie, dont les destinées furent intimement liées à celles de notre langue et de notre littérature.

BsiUisSAifCE. — Le moyen âge est fini, les temps modernes commencent. Mais avant de nous engager dans le xvi« siècle, qui en est comme le vestibule, arrêtons-nous un instant pour considérer le mouvement qui suivit la prise de Constantinople (1453), et qu'on est convenu d'appeler la Benaissance. Ce mot exprime bien l'idée d'un ftge nouveau

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que les arts et les lettres, après dix ifèeles de ténèbres ou de olarté douteuse, réjouissent tout à coup de leur lumière désirée. C'est du moins l'aurore d'une civilisation disparue que retrouve avee une sorte d'enthousiasme une société ravie par la découverte d'un monde inconnu.

Pourtant, il serait injuste de croire que cette révolution fut un accident subit et inattendu. H est plus vrai de dire que la nature ne procède jamais par coups de théâtre» et brusques surprises. Chaque événement se produit à l'heure marquée par une logique providentielle. Outre que le moyen âge a son originalité rare, il a fait ce qu'il a pu pour préparer le réveil des esprits. Ckarlemagne y avait déjà contribué par de sages institutions. Fondateur de l'université de Paris ou du moins de ces écoles qui en furent le germe, protecteur des savants, patron d'une académie à laquelle il avait ouvert son propre palais, il eût restauré les traditions du monde romain, dont il se portait l'héritier, si la barbarie de son temps l'avait permis. Mais, parmi les catastrophes qui suivirent sa mort, ees faibles rayons s'éteignirent dans une nuit dont l'obscurité ne fut traversée que. par dos lueurs vacillantes. Elles partaient de oes monastères où les reliques de l'antiquité trouvèrent un asile hospitalier. Le règne de saint Louis n'a pas été moins favorable à l'essor des intelligences. Ce fut alors qu'enfermées jusque-là dans l'ombre des cloîtres, les sciences devinrent séculières, et se produisirent au grand jour, grâce à l'initiative libérale du souverain qui les encourageait à se répandre, les croisades avaient encore contribué puissamment à raviver quelque* souvenirs antiques, et la fondation d'un empire latin à Constautinople rétablit des relations fécondes entre l'Orient et l'Occident. Mais éclatèrent ensuite des guerres séculaires et des disoordes civiles qui devaient retarder pour nous la résurrection accomplie déjà depuis longtemps au delà des Alpes, chez un peuple heureusement doué pour les arts, et qui semblait le dépositaire naturel des trésors Qubliés.

Si V Italie fut, elle aussi, en proie aux luttes intestines, elle avait du moins le privilège d'être voisine des sources sacrées, De beaux génies y puisèrent l'inspiration. Dante avait pris Virgile pour maître et pour guide en son pèlerinage de la Divine Comédie, Pétrarque éorivit des lettres sur la recherche des manuscrits ; il retrouva lui-même 17»wtitution oratoire de Quintilien, une partie de la Correspondance de Cicéront et quelques tragédies de Sophocle. Dès 1360, Boccace fit établir à Florence une chaire de langue grecque, en faveur de Léonce pilât*, qui rendit Homère à ses contemporains. Ces petites républiques ou cités rivales mettaient leur gloire à se disputer les talents, à les honorer, à leur offrir un refuge contre la persécution ou l'envie. Les souverains pontifes, comme las princes» étaient pour eux des Mécènes

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tosWiet généreux, Ajoutent que les invasion* des Turcs apprirent bwetôt le chemin de l'Italie aux savants de l'empire grec. En 1396, Ckr^mhra» misait à Florence ses premières lectures publiques, et parmi loi proscrite consolés par l'eooueil des courte on vil BuêaH— PMevoir la pourpre romaine.

81 h Btnaiisancë avait eu tes lignée avant-coureurs, elle mpUndii «mm tm fecer 4e soJttt if jour où la eawls * lyeeftet précipite Vémijrs/fo» dit glorieum fvgitifi 4«< appariai— t à Uur pitriê edeptto fat «frwfllts d'Atkèn*9% au moment même où, par une fortune Inespérée, ' fteweftoa dé Vimprimtriê allait multiplie» et perpétuer eee chefs* d'oeuvre. Entre les années 146T et 1600, plus de treise eents auteure anciens furent livrés ainsi à l'ardente et studieuse curiosité d'une féal* qui était un* élite. Elle dure encore la renommée de cet «Vit- Iww principes que publièrent alors toi Jwtie et les ifcnues. Ce fut somme la ferveur d'un culte religieux. Pour célébrer la neissanee de Platon, £a«r*ni df Médici* n'efrait<4l pas à ses amie et fameux tas**! dont Jfewfr Fioin a consacré la mémoire T Sent parler de W* £#e* X» qui fonda la bibliothèque I*urentienne^ et donna ses nom au siècle de i'Arioate, de Berni, do Freoastor, de Sanneaer , de Vida, de afaohiavel, de Guiohardw, de Sadoltt, de MioheMuge, de Benhaël, d'André dei Sarto, do Caravage et de Joies Romain» noue rappellerons que le cardinal Jfcmoe eeuft do lire son bréviaire cj* latin, de peur de gâter ton style, qu'^roime appelait Cieérou un «emt, et qn'd!fi*e*M d\a>aaeo, roi de Naples, fit la paix avec les Floivatins en échange d*on manuscrit de Tite-Uve, plue précieux pour lui qu'une province.

Mais revenons «a F«me#. A début de solides conquêtes» lee «e*** (evfassf expédition* ênlnprisn m Italie par 4h rets trop eA#«ai#reieoef mitai d« tnofnt i'aeonfaee de propajer «asti jurait ne** J# e*JJ# det s*****. Notre sol n'attendait que la semenoe. Le climat était propos; aussi, combien la moisson ne fut-elle pas féconde! N'en dé» plsise à oea amie du paradoxe qui déplorent lee conséquences de cette invasion grecque et latine, nous ne regretterons pas que le xvi* sic* oie tout entier ait été transporté d'une admiration presque superstitieuse en face des modales qui révélèrent enfin* avec l'idéal trop ignoré jusqu'alors» les secrets perdus de la haute poésie et de la véritable éloquence. Outre que les événements suivent un cours irréels* tible, gardons-nous de dire que l'indépendance de notre génie national en a souffert, et que lu servitudee de l'imitation ont compromis le libre développement de nos instincts natifs. Autant vaudrait pré* tendre que les Ghreos avaient été jadis pour le rude Latium des mettras funestes, et que la prise de Corintho fut un malheur pour Home, sésame œil* do Gonetantinople un fléau pour les peuples qui hérite-

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rent de ses nobles dépouilles. La gloire-européenne d*tmè littérature que nous envieront toujours nos ennemis les pins arrogants ne prouvet-elle pas avec évidence que l'esprit français n'a point renié ses vertus propres , pour avoir si merveilleusement profité des leçons et des exemples qui le rendirent à la conscience de lui-même ? Loin d'étouffer ou de tarir ses ressources, cette éduoation n'a fait que hâter la maturité des fruits excellents qui conserveront le goût du terroir sous la saveur qu'ils doivent à une culture savante. Pour le démontrer, il faudrait sortir de notre sujet. Hâtons-nous d'y revenir, en terminant cette rapide étude par l'esquisse des caractères particuliers au xvi« siècle : ce sera notre conclusion.

xvi9 siècle. — Le tableau de la Renaissance est déjà celui du xvr» siècle ; car ce fut, avec la Réforme, la cause maîtresse qui agit alors sur la société. Mais les conséquences de cette double révolution n'apparaissent pas tout d'abord ; et la première impression que produise en nous le spectacle de cette époque est le sentiment d'une anarchie qui décopcerte l'analyse. Le schisme est alors partout, dan* Vart comme dam le» croyance*, dan* le* esprit* comme dan* les cœur*. Les philosophes y coudoient les fanatiques; le scepticisme y avoisine les fortes convictions; l'ironie s'y mêle à l'enthousiasme; tous les contrastes s'y heurtent au milieu d'une effervescence où le moindre choo d'opinions provoque des explosions redoutables.

Cette confusion est déjà manifeste dès l'avènement de François /«* (1515-1548), dont le règne, suivant l'expression de Brantôme, fat ■ une magnifique et superbe bombance, » troublée par des querelles théologiques, et interrompue par d'inutiles exploits ou de désastreuses défaites. Prince « plu* spécieux que solide, » comme disait Henri IV, il alliera la bravoure irréfléchie des anciens ohevaliers à une volonté despotique et étourdie ; Ame fastueuse tan* être grande, il associera le bruit des armes à l'éclat des tournois , des mascarades et des fêtes. Politique peu loyal, il éblouira les imaginations par les dehors qui séduisent ; et ce luxe qui alimente les arts épuisera son peuple. Protecteur des lettres , il proscrira les jeux de la scène, et mettra un jour l'interdit sur toutes les presses de son royaume. Il sera surtout un héros de théâtre, jaloux de paraître et non d'être. Le mélange d'élégance et de grossièreté que nous offre sa cour se réfléchira dans la littérature de son temps. Énigme inexplicable, monstrueux assemblage d'une morale ingénieuse et d'une débauche cynique, chimère étrange où s'asseoient la raison et la folie, les fictions de Rabelais (1483-1553) seront l'épopée satirique d'un Homère aviné qui donne le signal de l'affranchissement à des esprits impatients du joug. Sous son masque barbouillé de lie parlera pourtant le bon sens d'un indé-

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pendant qui feint la démence de peur d'irriter les puissants. S* prose précédera celle à'Amyot (1513-1593), qui tempère l'exubérance d'une verre trop turbulente par les grâces attiques, l'aisance et la naïveté i qu'il emprunte ou plutôt qu'il prête à Plutarque dans une traduction originale, dont la clarté toute française vulgarise les beaux exemples de la morale antique en un siècle affolé d'intolérance.

La leçon ne fut pas perdue, et parmi les fureurs qui attristent des années à jamais néfastes, nos regards se reposeront avec respect sur de nobles figures, le chancelier de VHospital (1505-1573), aussi grand citoyen qu'éloquent orateur, et le président de Thou, dont la gravité' rappellerait Thucydide s'il n'avait pas écrit en latin son impartiale histoire. Tandis que la guerre civile ou religieuse met la France en feu, nous sommes aussi tentés d'appeler sagesse la modération souriante que Montaigne (1533-1592) oppose au dogmatisme hautain d'où procèdent les excès et les violences. S'il les pacifie trop volontiers par le doute, et ne remplace pas tout ce qu'il détruit, ses confessions sincères vivront autant que la langue française par . l'originalité pittoresque d'une imagination incomparable.

Les luttes de doctrines ont du moine aguerri la parole et la plume . elle est maintenant une arme faite pour l'action. C'est le temps où les livres remuent le monde. Sobre, précis et rapide, le style de Calvin (1509-1564) reforme l'esprit français plus heureusement que la croyance, et son imposante sévérité commande l'estime même à ses adversaires. C'est encore en pleine tempête que la Satire Ménippée (1593) prélude aux Provinciales de Pascal par la vigoureuse souplesse d'une dialectique acérée, dont le tranchant s'est aiguisé dans les conflits même du combat. Désormais, le français peut suffire à tous les 6ewt'fw de la pensée. Introduit par Louis XII dans les tribunaux, d'où il chasse le latin , prescrit par François I** comme le seul organe des arrête et actes publics , il n'aura plus qu'à fixer sa syntaxe pour devenir l'interprète de toutes les idées universelles qui feront à jamais le tour du monde.

L& poésie n'eut pas aussi brillante fortune. Sous Louis XII, roi grave, réfléchi, pieux, simple et sage, la muse moralise, enseigne et prêche, non sans ressembler au maître qui la fait servir à ses vues, par une bonhomie matoise qui donne à ses arrière-pensées l'air de la franchise. Mais si l'on excepte Pierre Gringoire (mort en 1539), et qui est de race bien gauloise, tous les versificateurs de ce temps-là ont une physionomie un peu vieillotte et provinciale. Il faut aller jusqu'à Marot (1496-1544) pour retrouver le charme. Lui seul saura plaire tout ensemble aux petits et aux grands. Inimitable dans l'épttre légère et l'épigramme, tendre et délicat dans l'élégie , il fait la chaîne entre Villon et La Fontaine* Mais les héritiers de son école ne tarderont

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pfet a tourner ee§ qualités en défauts. Saint-Gelais (1491-1558) énerve ta gr&ee, affadit si douceur ; ot In pauvreté correcte do les bagatelles frivoles nous rend, malgré nous, sympathiques à l'entreprise de IA Puêiadb, qui lance son manifeste en 1549, et promet trop ambitieusement d'illustrer la langue française. Oui, il y eut une incontestable opportunité, dans cette insurrection qui, comme toutes les autres, dépassa le but, ne profita point à ses auteurs, et aboutit à la licence, puis au despotisme, tout en faisant espérer la liberté. Si cette ligne de talents généreux ressembla trop a une coterie, si elle fit plus de bruit que de besogne, et se préoccupa de ses intérêts autant quo de ses doctrines, cependant soyons équitables, et gardons quelque gratitude à ses efforts impuissants, mais méritoires.

Chea Ronsard (1524-1585), du moins , il y eut des pressentiments de patriotisme littéraire dont il ne faut pas médire. Ce fut son système qui égara son talent, et le poëte valut mtoux que le docteur. Son tort fut de croire que l'imitation est timagination , et qu'une langue s'improvise du jour au lendemain. Il en fut puni par le dédain qui suivit sa renommée viagère. Il faillit gâter ainsi l'ingénuité du langage national, et les plantes étrangères qu'il avait voulu acclimater périrent faute de racines. Mais toutes les fleurs de son Parnasse ne furent pas artificielles, et ses méprises mêmes stimulèrent une émulation vaillante. Nous lui devons un courageux exemple, et il fraya la route aux maîtres qui le firent trop injustement oublier.

Les exagération» de ses disciples rendaient nécessaire la venue d'un réformateur ; car l'italianisme avait aggravé la manie du latinisme, et la plaisanterie de Rabelais sur l'écolier limousin qui pérégrine par Us compiles de Vurbe, ne fut qu'une caricature pleine de vérité. — En attendant les rigueurs parfois impertinentes de Malherbe , qui doit épurer la barbarie savante &e ses devanciers, Agrippa d'Aubigné (1550- 1530) nous fera regretter les sublimes témérités de ses Tragiques, et Mathurin Régnier (1573-1613) la force comique d'une verve qui annonce Molière et se souvient de Panurge,

Un siècle qui nous offre de pareils noms a préparé d'avance l'heure privilégiée où le génie français, fidèle à sa nature, formé par la religion, la philosophie et l'antiquité, conservant de ses agitations civiles une émotion sans trouble, et fort de sa foi politique , aura cette heureuse proportion, ce parlait équilibre de hardiesse et de prudence, d'imagination et de raison, qui est le caractère ominent d'une grande époque littéraire.

GUSTAVE MEItLftT*

ÉTCDB LITtfBUH KT PHILOLOGIQUE

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