Oe et oil veulent dire oui. (Hoc-illud, c'est cela
8. Le français qui appartient à l'Ile-de-France se distingue par la dipk-
INTRODUCTION
mni, le Bourguignon et le Français, qui, confiné modestement dans Vile de France t «uivra là fortune de nos rois. Dès l'abord, à la faveur des progrès accomplis par une dynastie nationale, il prétend au premier rang, et il je garde jusqu'au jour où, dépouillés de leur autonomie et déchus de leur dignité littéraire, les dialectes voisin* dégénéreront en patois, vers le temps où les grands feudataires, eux aussi, deviendront à leur tour vassaux des Capétiens. Mais cette orise ne s'accomplira pas sans des transactions et des compromis qui attestent des affinités natires ou des échanges amiables. C'est ainsi que les Français diront rot avec les Bourguignons, et reyne avec les Normands. C'est ainsi que le ch des Picards se retrouve dans les mots champ, char, charte, chanter, chastel, sans exclure toutefois l'usage d'écrire également camp, car, carte, conter, casteK Les deux habitudes persistant côte à côte, chacune prendra bientôt nu sent spécial, et le trésor eommun n'en sera que plus riche.
Dans l'espace qui sépare le Xe siècle du xit* s'achèvera le travail qui assure au dialecte d$ Vile de France sa suprématie reconnue. Ses conquêtes sont parallèles aux progrès du pouvoir monarchique, s'annexant tour à tour les territoires des fiefs voisins : le Berry Sjfcheté en 1001 par Philippe Ier, la Touraine confisquée en 1208 par Philippe- Auguste, puis la Picardie, enfin le Languedoc en 1272, et la Champagne en 1361.
Nous voudrions analyser en détail la grammaire de cette langue ; mais le plus sûr est de renvoyer nos jeunes lecteurs à l'excellent ouvrage de M. Brachet *. Bornons-nous à l'indispensable, et indiquons sommairement les lois qui présidèrent à la formation du vocabulaire primitif que le latin nous a transmis, et que nous avons accommodé à notre génie.
Cette métamorphose, qui fut l'œuvre de l'instinct, eut pourtant la -sûreté d'un calcul. Car si l'on compare entr'eux tous les mots dus à U forée créatrice de la sève populaire, on s'assurera qu'ils obéirent au lois suivantes :
1° La plus manifeste fut la persistance de l'accent latin, qui est toujours sur la pénultième, si elle est longue, (vocâre), ou sur l'antépé-
thongne ci .* roi, roine, cstroit, espoi*, il lisoit, que je' sois, etc. Le picard change le ch en k, un cat, un kemin, une kose ; il confond l'article féminin irec l'article mascalin, disant : le femme, le maison; c'est de là que viennent par apocope plusieurs noms propres , Delpierre , Delfosse , qui se disent en faocais de la Pierre, de la Fosse. Le normand, an lieu de oi% met ci : que je trie, reU reine, estreit, tspeis, il liseiU etc. ; de plus, il coujugue l'imparfait de la première conjugaison autrement, disant i'amowe, ta amowee, il amot, au lieu is'i'amoies, tu amoies, U amoit. » (Littbé.) i Grammaire historique par Auguste Brachet. Hetzbl.
fi ÏNÎRODUCTION
Huitième, si rayant-dernière est brèrt (frigUus). Or, ehet nous, l'negesrt, qui est l'âme du mot, dit M. Littré, occupe deux places t !a dernière, quand la tennlnaieen est masculine (chanteur amcantôrem) l'avant-dernière, d la finale est féminine, (porche mrportïcue).
$• Remarquons de plus qn*en français, fa voyelle brève ou atone, Mllt qni précède en latin la voyelle longue, demeure constamment supprimée. Par exemple bla*ph(ï)mârt est devenu Marner ou
8* Enfin, la eoftsemif médiane, qui se trouve entre deux voyelles, comme 0 dans advo(e)atus — . avocat, disparaît, elle aussi, dans la combinaison des voyelles sonores qu! se confondent en une seule par leur rencontre et leur choc.
Tels sont les principes qui, à première rue, nom permettent de reconnaître tans la moindre hésitation les termet populaires, ceux qni furent improvisés par Voreille, suivant l'expression de M. Braohet. Cette puissance d'invention inconsciente ne s'épuisa qu'au xiii* siècle* A dater de cette époque, nous ne rencontrerons guère que des néologtsmes savants, c'est-à-dire des mots composés par les yeux, et qni semblent ttre entrés d'emblée dans notre dictionnaire, sans autre modification que celle de la désinence. Ceux-là, (retenons-le bien), ne te conforment jamais aux trois règles que nous venons de formuler.
Constatons encore que cette langue trahit son tempérament analu*. tique dès ses plus lointains préludes. L'ordre logique s'y substituera peu à peu au tour raversif, et les particules isolées aux flexions grammaticales. L'article se montre déjà vers le x* siècle, et le nombre des cas se réduit alors de six A deux, le sujet et le régime, venus l'un dn nominatif, l'autre de l'accusatif usité dans la première déclinaison latine en us. Voilà pourquoi la lettre «, employée comme désinence dans le substantif, marque U sujet de la phrase si le nom est singulier, le régime lorsqu'il est pluriel. Si le nominatif pluriel est privé de Vs, c'est qu'il se modèle sur la deuxième déolinaison latine où Ys fait défaut. Quant à l'orthographe, elle n'est pas fixée: on trouve le m6me mot écrit de vingt manières différentes, parfois dans le mSroe manuscrit. Le XIVe iiècle verra s'effacer ce rudiment de déclinaison, et inaugurera Vusage du cas unique adopté par le français moderne. Contemporain de notre unité territoriale et politique, U sera définitivement constitué vers le règne de François I«r, on un siècle ou on ne lit plus Joinville que dans une traduction, et où Marot, rééditant Villon, né soixante ans auparavant, jnge nécessaire d'en expliquer le texte par des notes marginale*,
INTRODUCTION TU
Histoire de* progrès littéraires accomplis par notre » langue Jusqu'à la un au XVIe eiéble
II convient maintenant de rétamer l'Histoire littéraire de le fanent roman* t jusqu'à Phenre décisive où «lie devient le français.
!•, xi« et xn« siècles. S'il était permis d'écrire, en quelque aorte, sa biographie, nous dirions volontiers que l'on mil fut le date de m miuance, et que ses premiers bégaiements se tirent entendre h l'époque infime annoncée par de sinistres prophètes comme devant être la fin du monde. Encore faut-il attendre le «• siècle, et YutfdUion de Guillaume 1$ Conquérant , pour rencontrer dans le texte de ut toU le témoignage des progrès accomplis par l'idiome barbare que nous faisaient entrevoir le Serment des fils du Débonnaire, 1$ Chant SEulaUe et le fragment de VaUncitnmt. Mais vienne la crise féconde des croisade* , et alors, la fervenr religieuse s'allient à la bravoure chevaleresque, l'héroïsme chrétien deviendra l'inspiration des puisisntes ébauches qu'on appelle Chansons d$ geetee9 et parmi lesquelles l'épopée de Ronceveaus brillo en pleine lumière.
(Test dono par la poésie que se révèle le génie de notre rtoe , si éminemment douée pour la prose. La strophe monorime tt irrigulière est la première forme musicale rencontrée par les trouvent. Ne sachant pas écrire, ils empruntèrent un secours mnémotechnique à la simplicité du mètre et de l'assonance , qui servit de moule à leurs fictions. Un Ennius anonyme , le rapsode de Roland, sera le patriarche do ces aèdes * qui allaient de ville en ville, de château en
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t% Le mot de trouvères (inventeur?), qui ftit donné aux poètes da Nord, et correspond 1 l'expression méridionale de troubadours, (do provençal troubar* trouver), caractérise les auteurs des chantons 0*0 gestes % de» romans (fortstares, des contes, fabliaux, laie, ballades on chantons. ,
Us }$*§U*rs (de joeulatores, faiseurs de tours) tenaient un rang inférieur. Originaires de la société romaine, ils composaient denx e'asses : les unt, simples bateleurs, ressemblaient à nos saltimbanques de foire ; les entres, protégés par l'Église et par les princes , étaient les éditeurs on les propagateurs des poèmes populaires qu'ils chantaient, avec accompagnement de viole on tiolon, sur une mélopée analogue au récitatif de l'épitre ou de l'Évangile. Ils disparurent ou tombèrent en décadence quand s'épuise l'inspiration héroïque, et avec elle l'intérêt du vieux répertoire. Us avaient fini par s'organiser en corporation.
les mènettrçlt (de minitterialit, serviteur, valet) furent d'abord des jongleur» attachés en qualité de serfs à la personne des seigneurs. Ce mot, pris dans le sens de jongleur de gestes* ne fut en usage que dans le seconde moitié on xne siècle. Il désigna de préférence les chuntenrt de fabliaux ou les poètes musiciens. Ce sont les ancêtres de nos ménétriers de village.
VIII INTRODUCTION
château, réciter des aventures transmises comme un trésor sans cesse enrichi par la fantaisie de ceux qui se le passaient de mains en mains.
Ces œuvres où l'art individuel jouait un moindre rôle que la tradition furent une création collective et continue, plutôt orale qu'écrite, et à laquelle collaborait l'esprit des générations successives. Il est du moins constant que chaque jongleur embellissait ou altérait la donnée primitive pour l'approprier aux goûts de son auditoire.
Le xii« sràciiB sera l'adolescence de cette littérature. Alors apparaîtront enfin des manuscrits, longue chaîne dont les anneaux se tiennent. C'est de cet âge que datent la Geste des Saxons , le Poëme de Raoul de Cambray, la Chanson du sire de Coucy, le Martyre de saint Thomas de Cantorbéry, les traductions des Psaumes , de Job, des Bois, des Machabées, les Sermons de saint Bernard, Benoist et sa Chronique de Normandie, Bobert Wace et ses Poëmes de Brut et de Bou.
C'est alors aussi que, dans le voisinage de la Chanson de gestes, proposant les grands exemples du temps passé, et se déroulant majestueusement en vers de dix syllabes, nous voyons naître le Boman d'aventures parmi les loisirs de la vie seigneuriale. Il charmera les imaginations avides de merveilleux par des fables tragiques ou touchantes, qui attestent déjà des instincts élégants et les vagues réminiscences de l'antiquité. La cour anglo-saxonne de Guillaume le Conquérant et de ses successeurs devient le principal foyer de ces récits empruntés, pour la plupart, aux légendes bretonnes, et connus sous le nom de Bornons de la Table-Bonde * (1154-1183, Henri II Plantagenet). Inspirés par le culte de la courtoisie, de la vaillance et de l'amour, ces contes sont un divertissement aristocratique destiné aux raffinés de la vie féodale bien plus qu'à des auditeurs populaires. Sous les auspices dt Quinte-Curce, Lambert le Court et le sire de Bernay s'engagent «aussi dans se cycle nouveau, dont Alexandre est le héros, et qui rivalise avec oelui 4s Charlemagne ou du rot Ârthus. Nous lui devrons le vers de douze pieds, l'alexandrin, qui deviendra le mètre français par excellence. A la môme famille se rattacho le lai proprement dit, sorte de complainte sentimentale, dont le cadre plus étroit M réduit à un
1. Les romans de la Table-Ronde, qui commencèrent à être populaires surtout dans la seconde moitié du xin* siècle, n'appartenaient pas aux sources germaines, devenues françaises et chrétiennes. Ils se rattachaient aux traditions celtiques, dont le merveilleux était local, païen et romanesque. L'invasion à'Artus et de Percerai précipita la décadence de nos grandes épopées, qui dégénérèrent en roraaug d'aventures. Ce fut le commencement de la fin. Dès lors, le temps approche où ces poèmes seront mis en prose et aboutiront à la Bibliothèque iheue qu'on lit encore dans nos villages.
INTRODUCTION ÎX
simple épisode, par exemple les Amours de Tristan et <TY$euU. En un temps où les genres se confondent souvent , il ne sera pas rare non plus de voir l'ironie gauloise se jouer déjà sous la crédulité naïve du conteur : c'est le fabliau qui s'annonce, mais furtivement ; car si l'enthousiasme chrétien n'a plus la candeur de l'enfance , si l'élan des croisades se ralentit, la chevalerie est encore bien vivante, et c'est seulement à la fin du siècle suivant que s'enhardiront les au* dacieux.
xm« siècle. En relevant la royauté, Philippe-Auguste avait donné aux esprits une impulsion qui ne s'arrêtera pas dans le cours du xm« siècle. La langue vulgaire profita du progrès des études qui florissaient dans les écoles. Plus disciplinée, elle tend à prendre des habitudes qui deviendront des règles. Avec les Normands , elle s'est répandue en Sicile et en Angleterre ; aveo les croisés, elle a visité la Grèce, l' Asie-Mineure et la Syrie. Le nom des Francs représente déjà dans V Orient toutes Us nations de V Occident. En Allemagne , tout un essaim de minnesinger, les Gottfried de Strasbourg , les Ulrich de Zarichoven , les Wolfram d'Eschenbaoh vulgarisent nos légendes. En Suède, nos romans reçoivent aussi hospitalité; en Irlande, ils propagent des germes de civilisation naissante. En Italie, sous le frère de saint Louis, Charles d'Anjou , Naples va faire acoueil à notre idiome. Martino da Canale traduira l'histoire latine de Venise en français, « parce qu'il oort parmi le monde et est plus dé li table (délectable) à lire et à oïr que nul altre. » L'Anglais Mandeville racontera ses voyages en notre langue. Bref, la France est déjà reconnus dans le monde comme la patrie privilégiée « ds la clergie et de la gaie science*. » Un trouvère dira : « Dieu fasse que le savoir y soit retenu, et que nul lieu ne lui plaise davantage ! » Enfin, nous lisons dans le poëme d'Adénès, Berte aus grans pies :
Avait une coutume erfs el Tyois (Teuton) pals Que tout li grant seignor, li comte et li marchis Avaient entonr eux gent française tous dis (toujours), Rrar apprendre français. leur s filles et leur lits.
la première partie du xni» siècle fourrait être considérée comme la saison privilégiée du moyen âge. C'est alors que tous les sentiments héroïques s'épanouissent en une sorte de floraison printanière. Dans iMchansons de gestes qui éclatent à l'envi, les types sont encore grandioses, mais ont moins de raideur et de monotonie : assouplis, ils so compliquent de nuances ; le drame s'anime, il s'embellit de descrip*
« Chrétien de Troyes.
t leur vient de Ulorum, et ne prend pas d'à au pluriel.
1 INTRODUCTION
tiens gracieuses; on sent que les mœurs s'adoucissent. L'homme â9 guerre est devenu chevalier ; son épée semble moins lourde, son armure moins impénétrable. Un cœur bat sous l'acier. Aussi est-ce le moment où paraissent les personnages féminins; leur voix domine lé bruit des armes ; des héroïnes interviennent parmi les preux avee leurs vertus, leurs séductions et parfois aussi leurs faiblesses.
Aux épopées nationales et locale*, inspirées soit par l'invasion normande, soit par le souvenir de Charlemagne, soit par la guerre sainte, comme la Chanson d'Antioche , se mêlent aussi , de plus en plus, les Romans i' aventures t où la fantaisie la plus invraisemblable » donne libre carrière. Ils sont peuplés de nains, de géants, d'ermites et d'enchanteurs. Parmi les surprises , les enlèvements , Iqs prodiges et les coups.de théâtre brille un rayon d'idéal qui éclaira ces fables attrayantes, dont la profusion atteste le besoin universel des plaisirs choisis que permet l'imagination.
Mais la seconde partie du siècle n'aura plus le même caractère 5 et , par un contraste singulier , c'est précisément dans le voisinage de Saint louis que se ralentit la production des œuvres animées du pïur esprit chevaleresque. Alors, et peut-être sous l'influence des désastres qui attristèrent les derrières croisades, Vinvention originale se porte de préférence vers un genre nouveau, le fabliau, dans lequel la malice gauloise va prendre sa revanche d'un long silence,— V épopée ironique de Renart inaugure la satire populaire de la société religieuse et féodale, Si RuHbeuf* de nobles accents lorsqu'il songe aux revers des armes chrétiennes, et au Saint-Sépulcre resté aux mains des infidèles, les amers sarcasmes de sa verve hardie contre les puissants nous avertissent pourtant que le jour approche où le relâchement des mœurs , la rivalité des pouvoirs spirituel et temporel , l'ambition de l'Église ou des souverains, la misère publique, l'affranchissement des communes, et la décadence d'institutions impuissantes enhardiront les indépendants ou les téméraires. En même temps, Guillaume de Z^prrts, qui commence le Roman de la Rose, sans l'achever, représente bien Vinvasion des procédés seolostiques, introduisant, jusque dans le domaine de la poésie galante, les pâles fantômes de l'abstraction. Mais si le fonds de l'inspiration s'altère et se dessèche, la forme se dégage, s'épure et s'affine. C'est en cette œuvre que se rencontre pour la première fois le croisement des rimes masculines et féminines; et ce sera plus tard une des lois de notre prosodie. La prose enfin commence à nous montrer ses titres. Virile et sobre chez Villelîardouin (1160-1213), naïve et claire dans Joinville (1224-1317), elle
1. Composée par le troqvsrs Aichirf» qui avait assiité k une tsptdiUoa A'outrs-mtf.
INTRODUCTION XI
tesngure l'histoire par la chronique, en un siècle que oemine la pieuse figure de Louis IX, fondant la Sorbenne, faisant traduira les livres ssints, ouvrant la première bibliothèque publique, organisant les anivtrsltés provinciales, encourageant la fabrication du papier, et publiant ses établiêeemente, où brille le génie patriotique de l'homme d'étal sous les vertus d'un Saint.
xiv« siècle. — Lee croisade* avaient eu des conséquences imprévues. Suscitées par l'élan de la foi, recrutées par le malaise des peuples que rançonnait la féodalité, terminées par des mécomptes, elles étaient laiesé le champ libre au tiere-état et à la royauté, qui se fortifièrent simultanément. Cependant, la papauté, dont les domaines l'étaient agrandis» devenait on prétendait devenir l'arbitre de l'Europe; ses milices, répandues partout, faisaient la loi au clergé séculier: Boniface VIII allait bientôt proclamer qu'il tenait légitimement les deux glaives, et pouvait à son gré disposer des couronnes. Hais an obstacle se dressa contre cette ambition altière ; ce fut l'impérieuse politique de Philippe le Bel (I28Ç-13M), prince avisé, jaloux de son autorité, favorable è la bourgeoisie, mais déloyal, besogneux» tyrannique, et auquel ne coûtait ni la Yiolenoo ni 1» rusa pour s'assurer la victoire, Ce (ut lui qui coneomma la ruine de {<* chevalerie et 4e ta féodalité.
Pour 7 réussir, |) lui avait fallu, le concours do l'opinion» et il trouva des auxiliaires dociles, dont le zèle alla même au delà de ses désirs. Tel fut le çoMinuaitur du Roman de la Jfow, Jean de Jfamg, dont l'œuvre résume les doléances plébéiennes , les sourdes rancunes, les âpres oonvoitiseï, en un mot toutes les agitations séditieuses de son temps. Ce fut Téoepée des haines et des révolte* » le chant funèbre du moyen âge agonisant* Désormais, c'en est fait de* poème* héroïque*. Épuisé, le chêne antique peut à peine produire des rejetons malingre, qui s'étiolent sous un ciel ingrat, et l'ironie s'acharnera contre ces pousses maladroitement attardées en plein hiver. Il faudra que la guerre contre les Anglais fasse saigner la France au cœur pour que des cris ohevalçresqties lui échappent encore, comme le dernier soupir de la muse épique. C'est ainsi que le combat dee Trente fera vibrer un instant le mètre pesant, mais sonore des trouvères. Dans les dernières années de Charles VI, « le pouvre homme Cimelier » rimera aussi la Chronique de Duguesclin, Ce matois et intrépide capitaine de routiers sera le digne héros de ce patriote bourgeois , dont les vers ne sont qu'un regain d'arrière-saison, les petit* genre* , le* pièce* de cour deviendront de plue en plu* à la mode ; la ballade préparera les voies au eonnei. Au lieu d'être impersonnelle, comme jadis, et de traduira les instincts de la foule, la poéete tend à ee faire tetdhiduelle;
XII INTRODUCTION
c'est affaire de rhétorique et passe-temps d'oisiveté. Elle ne « cultive plus que le jardin de plaisance, » comme on disait alors.
Maintenant', c'est le tour de la prou. Elle a pris le pas sur sa rivale; elle la laisse ciseler ses objets de luxe, et se charge du solide, du nécessaire. Déjà Brunetto Latini, le mattre de Dante, avait préféré notre « parleure » à la langue de la vita nuova. Cette prédilection est justifiée par un écrivain 'de profession, Froissart (1333 1400), qui, s'emparant de l'histoire, nous enseigne l'art de plaire sans le secours de la mesure et du rhythme. S'il ne se montre pas assez français par le cœur, il l'est du moins par l'esprit, et son livre sera V adieu, le testament de la chevalerie qui va disparaître. La période romane est à peu près close.
xv« siècle. — « C'est au milieu d'un concert de plaintes et de malédictions, à la lueur du bûcher de Jean Huss, et au cri de sauve qui peut que s'ouvre le xv« siècle*. » Dans cette triste période, la vie semble s'arrêter, tout s'éteint et se dégrade. Étouffée par l'excès des maux publics, la gaieté française s* exaspère en pamphlets violents, ou s'égare en inventions plates et grossières. Un vent aride souffle alors sur toute l'Europe. On dirait qu'avant de se raviver aux sources antiques, l'esprit humain hésite, et se tient en suspens. Pourtant, ne * nous laissons pas tromper par oes apparences; car elles recouvrent un travail d'activé fermentation. Cette époque, qui achève la ruine de la féodalité, consacre le triomphe de la monarchie, invente l'imprimerie et découvre l'Amérique , est la transition qui nous conduit du moyen âge à la renaissance, snr le seuil d'un nouveau monde.
Le goût des modèles anciens, les traductions qui se multiplient, la vogue de la mythologie et la fureur de l'érudition sont déjà des symptômes précurseurs de la crise qui se prépare. Mais, en attendant que cette effervescence d'un chaos devienne féconde , il nous faut franchir des années stériles. La poésie dramatique, protégée par les princes qui la prennent à leur solde , sera seule vraiment populaire; enoore, pour se faire agréer, devra-t-elle endosser le costume à la mode et payer tribut à l'abstraction ou à l'allégorie ; car le Roman de la Rose est le prototype de toutes les doctes viséei. Son moule s'impose à qui prétend être écouté. En dehors des moralités , des soties et des farces qui servent de refuge à la malice de nos aïeux, les mieux doués sont comme opprimés par un pédantisme ambitieux. Alain Chartier (1386-1458) et Christine de Pisan (1363-1415) n'en triomphent qu'à grand'peine, et leurs émules finissent par renoncer aux genres nobles pour se vouer exclusivement aux jeux de la diffi-