‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 11 sur 559 · LA LANGUE DU XVI" SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA LANGUE DU XVI" SIÈCLE

« «TesorU, dit Montaigne, un livre à peu d'hommes et à peu d'an* nées. Si c'eust esté une matière de durée, il l'eust fallu oommettre à un langage plus ferme. Selon la variation continuelle qui a suivi le nostre jusques à eeste heure, qui peut espérer que sa forme présente soit en usage dîicy à cinquante ans? Il escoult tous les jour* (h «m mains , et depuis que je vis s'est altéré de moitié. » Cet aveu nous avertit que le xvi* siècle fut pour la langue française une époque de crises dont l'histoire ne saurait tenir dans le cadre d'un résumé rapide. Il faudrait un volume pour raconter toutes les transformations subies alors par un idiome encore indécis et flottant , qui comptait presque autant de vocabulaires qu'il y eut d'écrivains ambitieux de l'enrichir ou de le fixer. Ici, commô dans l'ordre politique, nous voyons agir cet esprit d'inquiétude et d'indépendance qui provoque les réformes ou les aventures. Nous assistons tantôt à des invasions étrangères, tantôt à des querelles intestines. Aux folies de la mode se mêlent les utopies des novateurs. Le zèle d'une louable émulation finit même par se tourner en péril ; et l'anarchie devint telle qu'il y eut un jour/ dit Monteil, huit ou dix alphabets différents, quarante traités d'orthographe, trente systèmes de prononciation ou d'étymologie, et autant de grammaires. C'est que l'unité de la langue française devait être aussi laborieuse que celle de la nation. Ces efforts tentés en tous sens, nous ne saurions ici les étudier eu détail. Bornons-nous donc à signaler les principales influences dont la trace disparut ou subsista, suivant qu'elles étaient contraires ou sympathiques à notre tempérament. L'Italie et I'àntiquité grecque ou latine , voilà les trois écoles dont relevèrent plus ou moins les poètes ou les prosateurs du xvi* siècle. En faisant a chacune sa part, nous apprendrons quels écueils doit éviter, ou quelles traditions doit suivre de préférence l'écrivain soucieux de rester fi-

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